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Mes études de médecine

Nos capacités mnésiques sont limitées – Bloguer, archiver – Relire, se souvenir

 

Coming soon 18 décembre 2011

Classé dans : Non classé — admin @ 9:59

La Gynecologie-obstrique et moi
Petites réflexions à mi-parcours (peut être même pas parce que 5 et 5 ne font que 10 ans !)
Mon premier cerveau et les suivants
Et quelle spécialité ?…

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Sunday creation 6 novembre 2011

Classé dans : Non classé — admin @ 12:42

http://bloodyparadise.tumblr.com/

Is it right ? Is it wrong ? Fixing bodies can be a real bloody pradise…

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And a big big bonus 12 octobre 2011

Classé dans : Non classé — admin @ 22:12

Intership for 4 weeks with the Red Cross Air Mercy Service, Durban – Kwazulu-natal.

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Leave

Classé dans : Non classé — admin @ 22:09

Monsieur le Doyen de la Faculté de Médecine Lyon – Est
Professeur Jérôme ETIENNE

Lyon le 10 septembre 2011,

Monsieur le Doyen,

Tout d’abord je tiens à vous remercier d’avoir rendu possible la réalisation de mon stage d’été de DCEM2 en Argentine. Je vous sollicite à nouveau mais cette fois pour un autre continent : l’Afrique du Sud pour l’été 2012.

C’est bien sûr sans dénigrer l’excellence des stages Lyonnais que je tente au plus possible de m’évader vers des destinations atypiques. Avant tout pour privilégier au maximum une expérience internationale qui m’apparait primordiale. Aussi bien dans la vision à long terme de mon projet pédagogique que dans la richesse qu’apporte une telle expérience. Mais aussi pour recevoir humainement d’un rapport au soin et d’une médecine d’une intensité hors du commun. Enfin mais surtout car cet hôpital a cruellement besoin de médecins. En juin dernier ils n’étaient que dix permanent pour les 200 000 âmes que compte la région ! J’y ressens alors comme une nécessité impérieuse plus forte que la consommation d’un confort métropolitain Français.

Cet hôpital, COSH pour Church of Scotland Hospital, je le connais bien pour y être allé chaque été ces trois dernières années dont un mois l’an passé en fin de DCEM1 indépendamment de la faculté de médecine.
La très accueillante population Zoulou et leur joie de vivre remarquable n’empêchent pas la région de se trouver dans une réelle catastrophe sanitaire. Pour dresser un bref bilan : cette province est d’une pauvreté extrême avec un taux de criminalité effroyable, le taux de séropositivité est le plus élevé du pays et pour couronner le tout, il se trouve à l’épicentre mondial de la tuberculose et en particulier de souches résistantes aux traitements conventionnels. Dans la petite ville de Tugela Ferry, au beau milieu du Kwazulu Natal, l’hôpital tient donc une place centrale !

C’est avec un des médecins que j’effectuerai mon stage en service de chirurgie générale mais en tant que « sénior » il est appelé plusieurs fois par jours dans les différents autres services. Allant par exemple de la psychiatrie à la pédiatrie en passant par le service des tuberculeux.
Je possède une maitrise excellente de l’anglais et du vocabulaire médical. En ce qui concerne le Zulu, langue maternelle des patients, de mon expérience précédente je garde la plupart des expressions nécessaires à un bon examen clinique et je disposerai d’infirmières pouvant traduire le cas échéant.

Sur un plan plus accadémique je n’oublie pas ma formation pour l’examen classant national. Malgré que ce soit un hôpital rural, l’Afrique du Sud possède des moyens largement supérieur au reste de l’Afrique et la médecine, plus clinique certes, y est comparable à celle pratiquée en France.
Pour l’étude du VIH et de la tuberculose de nombreux étudiants et médecins viennent y faire des stages en recherche clinique, biologique ou épidémiologique. Ils sont logés dans des petits bungalows dans l’enceinte de l’hôpital. Je pourrai en bénéficier. Les journées se finissant vers 18 heures, cela me laisserait un temps satisfaisant pour étudier le soir dans de bonnes conditions.

L’hôpital possède par ailleurs de multiples partenariats avec de prestigieuses universités américaines ou anglaises comme par exemple Yale University School of Medicine, Albert Einstein College of Medicine, Stanford University, King’s College London… C’est une autre raison majeure de ma motivation pour effectuer ce stage. J’avais pu rencontrer des personnes de différents horizons et je dois avouer que l’émulation positive au contact de médecins et d’étudiants de grande qualité fut extrêmement motivante et très appréciable.

En somme ce serait une expérience formidable à laquelle je tiens un intérêt fervent et déterminé. J’espère vous avoir communiqué ma motivation.

Je reste à votre disposition pour de plus amples renseignements.

Je vous prie d’agréer mes salutations distinguées.

Benoit COULIN

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to leave or not to leave 8 octobre 2011

Classé dans : Non classé — admin @ 19:59

That is the question.

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Stage d’été 11 juillet 2011

Classé dans : Non classé — admin @ 23:35

Fin des examens fin mai, après deux superbes semaines en Afrique du Sud suivies par une formation médecine d’expédition/médecine de l’extrême à Chamonix puis par une agréable virée à la mer… Départ pour l’Argentine ce 14 juillet. Belle aventure à venir !

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Extrait – Mourir

Classé dans : Non classé — admin @ 23:17

Long, très long texte mais encore trop brouillon pour y être entier, en voici l’introduction elle aussi assez brouillon :)

Avant de commencer prenez cette belle chanson, Somewhere over the rainbow… “and I think to myself : what a wonderful world !”

En guise d’introduction, commençons par quelques généralités et évidences à redire :
- Nous allons en stage pour apprendre à faire : Comme cette après midi pour la pose d’une voie veineuse fémorale mais aussi, évidence à redire pour apprendre à être, apprendre à dire, à communiquer tout genre de nouvelles.
- L’hôpital peut être heureux mais dans la majorité des cas il ne l’est que peu et encore moins du coté des malades. Exceptionnels sont les patients qui se réjouissent d’une hospitalisation, et évidence à redire : si ils y sont c’est qu’ils vont mal, car dans le cas contraire ils n’y seraient présent. Sauf rares cas, on ne fréquente pas un hôpital pour y faire une fête.
- La Maladie, celle que nous apprenons dans nos bouquins peut faire mal et la douleur est d’ailleurs l’un des principaux motifs de consultation. Autre évidence à redire : notre job est d’éviter à tout prix une issue fatale mais la maladie peut aussi tuer.
- A moins d’être terriblement isolé, si la maladie m’atteint, elle atteint aussi mes proches. Ceux qui me voudraient parmi eux, ceux qui m’aiment, ceux qui tiennent à moi.
Le cerveau est l’organe maitre des actions et réactions, il est fait de lobes dont un appelé le lobe frontal qui s’occupe grossièrement de la raison, de l’initiative, de la volonté… Une autre petite partie prend le nom d’amygdale cérébrale bien caché dans la région antéro-inférieur du lobe temporal, qui est essentielle à notre capacité de ressentir et de percevoir chez les autres certaines émotions et par conséquent d’y répondre mais pouvant aussi recevoir des afférences de “création” purement interne. (Les personnes marquées par une lésion de l’amygdale perdent la signification affective de la perception d’une information extérieur) On note également le thalamus largement impliqué dans les réaction émotionnelles, non de façon autonome mais par les innombrables connections avec les structures du système limbique qui gère les émotions et ses manifestations somatiques.. En somme un peu compliqué mais particulièrement passionnant. Ainsi, figurée au plus profond de nous, quand un événement stressant nous arrive, la raison peut alors entrer en conflit avec l’émotion, c’est bien souvent cette dernière entité qui remporte la bataille car de plus, ces deux camps ne sont pas précisément distinct… Il lui en faut ensuite très peu pour activer des cascades de réactions nerveuses et s’extérioriser. En joie ou en tristesse, en rires ou en larmes… Je ne sais pas trop où est géré la composante « amour » dans ce duel mais pour sur elle y tient une place primordiale.
Si je devais dresser une liste des émotions ressenties que nous médecins devons confronter chez autrui, patient ou famille du patient, j’y placerais au en première place la mort d’un proche. Car dans ce cas la raison est chamboulée, bouleversée, troublé, bousculée, brouillée, dérangée, remuée, secouée, ébranlée… L’émotion lui dynamite son socle solide, lui vole toute fonctionnalité. Même si la raison subsiste, si elle s’accroche à quelques faits rationnels elle en perd d’ailleurs sa raison d’être. Selon la vulnérabilité de chacun, impossible à contenir, l’émotion s’exacerbera sans complexes.
J’ai vu mourir, et chez moi l’émotion est toujours à nouveau là mais c’est sans même y penser et fort heureusement que je n’associe pas la mort d’un patient de façon personnelle, en revanche je comprends cette tristesse, j’ai toute la compassion nécessaire envers les concernés sachant faire preuve d’empathie sans apathie cruelle ni sympathie excessive. Je me dis parfois simplement que cela m’arrivera quand ceux que j’aime partirons : père, mère, sœur, frère, amis…

Appelons le Mr X. Son bilan biologique montre ce matin une créatinine à 227 µmol•l-1 (N=40–80), une CRP à 550 mg/l (N=0), autrement dit : une énorme insuffisance rénale consécutive de son myélome accompagnée d’une significative inflammation, comme on dit : « la patient chauffe ». Son état est pour le moins critique. Sur le plan clinique, on note hyperthermique 41°C, tachycarde 140/min, il est polypnéique, avec une tension toutefois conservée à environ 160/100 mmHg, aucun point d’appel infectieux n’est remarqué mais il en existe surement un. Il parlait la veille, il est actuellement inconscient.
Plus jeune et sans comorbidités il aurait été transféré en urgence dans un service de réanimation.
Malgré les multiples tentatives thérapeutiques on ne note aucune amélioration de son état mais une aggravation progressive du choc.

Cette après midi, pendant la longue pose d’une voie centrale fémorale, nous avions été dérangée à plusieurs reprise par l’infirmière en charge de Mr X. : « Il est à 41,5°C, je fais quoi ? Il convulse, je donne quoi ? ». En stérile nous ne pouvions quitter la chambre, une fois terminé avec notre cuisse et nos tuyaux, nous allons enfin le voir. Effectivement il est chaud, très chaud, inconscient, aréactif, avec quelques spasmes, en respiration rapides régulières bruyantes sous 12 litre d’oxygène, apparemment non douloureux. Nous ne pouvons pas faire grand-chose de plus. Frustrant.
Sa femme est dans la chambre, assise, passive, compassionnelle, un « je suis là pour toi silencieux ». Après lui avoir brièvement expliqué la condition clinique de son mari, son pronostic très sombre et a fortiori ses infimes chances de « passer » la nuit, elle parait bien comprendre. Elle a du se faire une raison, ces moments devaient arriver un jour ou l’autre. Hier encore il parlait, répondait, était conscient, ce soir il est en phase terminale, non réversible, en aggravation exponentielle et fatale.
Nous sortons de la chambre vers un des salles de soin des infirmières discutant l’augmentation doses d’anti-inflammatoires…

Quelques minutes plus tard, la famille arrive dans le service. C’est le moment. Ils l’attendent, le savent au fond d’eux mais ne veulent pas l’entendre. Nous ne voulons pas non plus leurs apprendre. C’est de chaque côté très dur.

La scène qui va suivre est incroyablement intense. La fille du patient, une petite femme d’une cinquantaine d’année accompagné de son mari silencieux mais présent s’avancent vers nous avec un concerné et presque apeuré: “Comment va mon père ?”.
Je ne me rappelle plus des mots précis mais la réponse devait être du genre : “Son état est critique, ses fonctions vitales son gravement corrompues… il ne passera surement pas la nuit.” Comme nous l’apprennent nos cours magistraux : une information simple, claire, compréhensible, précise, loyale et appropriée.
Autant avant d’entendre cette réponse elle était presque sereine. Autant après l’avoir entendu elle en fut profondément pulvérisée, intérieurement atomisée ! Je l’ai vu se métamorphoser pendant l’annonce, s’enfoncer, se décomposer en apprenant son état. Son adoré père meurt et c’est la vrai vie ! Comme si cette annonce pesait des tonnes qui venaient de l’écraser, elle est sans forces, ses jambes ne la tenant plus elle tomba dans les bras de son mari explosant de sanglots, de larmes qu’elle ne pouvant contenir…

Physiologiquement cela s’explique, commandé de façon centrale : Suite à cette “agression”, il en résulte une monstrueuse décharge du système nerveux autonome sympathique activant de façon systémique et générale des réactions de défense et des bouffées de sécrétion hormonale, d’adrenaline & co : accélération de la fréquence respiratoire, rythme cardiaque qui s’emballe, sueurs… Stress devant une situation à laquelle on ne sait comment répondre de façon approprié. Je suis ici spectateur et plutôt que des réactions physiologiques je vois une femme qui traverse probablement l’une des épreuves les plus dures de sa vie.

La vie est parfois faite de drôles de coïncidences, derrière cette scène tragique raisonne du petit poste radio de la salle des infirmières cette belle chanson : Somewhere over the rainbow… Du fameux “the wizard of oz” magnifiquement interpretée par Israel Kamakawiwozole ou encore en medley avec What a Wonderful World par Aselin debison. À reécouter.

“Somewhere over the rainbow
Way up high
In the land that I heard of
Once, once in a lullaby

Somewhere over the rainbow
Skies are blue
And the dreams that you dare you dream
Really do come true

Someday I’ll wish upon a star
And wake up where the clouds
Are far behind me
Where troubles melt like lemon drops
Away above the chimney tops that’s where you’ll find me

Somewhere over the rainbow
Skies are blue
And the dreams that you dare to dream
Really do come true
If happy little bluebirds fly
Above the rainbow
Why, oh why, can’t I”

Tout en pleurant, elle nous demande s’il y a encore des chances de le voir revenir, ne voulant admettre une telle fatalité, consciente que ce n’est pas qu’un mauvais cauchemar.
Mr. X ne répond plus, son cœur bas mais va bientôt s’arrêter. Les dernières paroles ont été dites et ne pourront être retirés ou complétés par de nouveaux adieux. Tant d’amour et de souvenirs coupés court, net, sans préavis et fini pour toujours. Plus jamais de sourire. Dans ces moments ou l’intensité de l’émotion devrait être la plus accompagnée et soutenue justement par le mourant en question, plus rien n’est plus possible et rien ne peut s’y substituer. Je ne sais ce qu’elle devait penser au chevet de son père, sûrement une tristesse immense, pleine de regrets n’ayant pas été présente quelques heures plus tôt pour ses dernières paroles.
Quand il y a de l’amour, la mort est toujours trop précoce.
Le mari présent essaye de la réconforter mais aucun mot n’est approprié. Un “tout va bien se passer” est faux, un “il y a pire dans la vie” n’est pas de circonstance, un “au fond ce n’est pas la fin du monde” non plus, un “tout ira bien” est peut-être vrai mais pas encore juste ici, et un “moi j’ai déjà perdu le mien” est pour le moins arrogant… Je crois qu’ici aucun mot n’est convenable, un silence empathique suffit. Une embrassade compassionnelle pour accueillir les larmes entre le cou et l’épaule, soutenir le choc peut aussi être la bienvenue. Même si le vide d’amour que laisse le défunt seul le temps pourra le combler, l’affection proche et compréhensive d’un mari, d’un fils, d’un ami aide à traverser cette dure épreuve.
Pour nous soignants notre rôle est d’accompagner le mourant ou ses proches, sa famille jusqu’au dernier moment, d’être présent pour quoi que ce soit, du verre d’eau au chevet aux questions plus techniques, mettre une cause sur la mort, l’identifier aide grandement au deuil. Notre ultime mission sera de remplir le certificat décès.

On annonce une mort dans la nuit, au moment où j’écris ces courtes lignes, la famille est au chevet de son très cher, l’accompagnant dans ses derniers instant.
Le lendemain matin j’arrive en stage, sa chambre est vide. Sa famille a pu rester à ses cotés jusqu’au dernier moment. Le laboratoire appellera dans la matinée : « Attention ! Votre patient Mr X. a des hémocultures positives à une levure », (rare mais gravissime), c’est mon co-externe qui répondit : « je vous remercie, il est malheureusement décédé dans cette nuit »…

Les femmes pleurent facilement. Les hommes eux dans ces moments essayent d’être plus fort, silencieux et désemparés ils retiennent ce des larmes au mieux des larmes plus ou moins profuses. C’est encore ici physiologique.

J’ai commencé cet article il y a des mois, le soir même de la petite histoire et faute de temps je l’avance petit à petit et très lentement. Voici quelques petites métaphores notées plus tard entre Paris et Miami en février, puis relus aujourd’hui, 31 juin dans un Paris-Dubaï :
Du côté du patient:
L’annonce de mort c’est comme un scud qui t’explose en pleine figure, une arme biochimique impressionnante de puissance, démarrant à son insu une réaction en chaine potentiellement incroyablement exponentielle.
Mourir c’est comme bruler au pôle nord. On est seul, on est chaud alors que tout le monde est gelé et s’en fou presque car ne pouvant comprendre.
En anglais un “He is not going to make it through the night” comme si vivre était une action, un effort, celui de faire sa vie. Action qui nécessiterait une puissance, des ressources pour vivre qui épuisé et à fortiori mourant ne sont plus présentes.
Subsister est le réel paradoxe de la mort. Pour les vivant, ou comme disent les suisses, les survivants. Il faut alors s’y confronter sans pouvoir ni vouloir y succomber.
L’annonce de mort c’est comme un avion qui se crasherait seulement pour un seul des passagers. Incompréhensible mais fatalement tragique.

Du côté du médecin :
Annoncer la mort c’est comme shooter gratuitement dans le château de sable d’une vie volontairement et bien souvent même obligé par un devoir d’honnêteté et de vérité.
Annoncer la mort c’est comme allumer une fusée d’artifice, on sait alors qu’au bout de sa course elle va exploser on se bouche les oreilles, on s’éloigne et on attend.
Annoncer la mort c’est comme être le réalisateur d’un film où l’on maitrise le script mais pas le jeu des acteurs.
Annoncer la mort de la meilleur façon c’est comme faire le plus beau swing mais en tournant le dos au fairway.
Annoncer la mort c’est horrible mais au font ce n’est que des mots, des mots qui nous impliquent mais qui ne nous touchent pas ou de façons moindre. Ils s’en vont percer ceux qui les concernent.
Annoncer la mort ce n’est pas envoyer un boomerang mais un frisbee aux bords tranchants. C’est un jeu mortel. Il faut tout une technique pour que la trajectoire soit parfaite et atteigne la cible.
Annoncer la mort être méchant à son insu.

Annoncer la mort proche à venir à la famille c’est comme annoncer qu’il n’y a plus rien à faire, qu’ils vont rater pour sûr le plus incroyable des train, quoi qu’ils fassent ce train va partir sans eux et ils ne pourront jamais le rattraper. Ils désirent alors qu’il ait le plus de retard possible et qu’un évènement arrive pour qu’il ne quitte la gare… Annoncer par la suite la mort accomplie c’est dire que le mort a pris ce train et les a abandonné pour partir dans le plus loin et le plus bel endroit, mais point volontairement ou par manque d’amour, ni encore par envi. Non, il a été violement kidnappé, enlevé ou alors est monté doucement dans ce train qui s’est en allé pour toujours…

En avons nous les moyens, pouvons-nous nous y préparer, devons-nous apprendre à faire face à ce genre de situation.
En terme de mort, c’est peut-être en vivre une proche qui nous équipe à la suivante même si toutes et chacune sont autant tragiques et effroyable. Et pour le coup, à l’heure où j’écris, je ne suis pas très bien équipé, j’ai encore mes quatre grands-parents, mes deux parents, ma sœur, mon frère, je n’ai pas perdu d’ami proche.
Je me rappelle de ma chef de service en stage de gériatrie, au début de cette quatrième année. Malgré les nombreux décès qu’elle accompagnait dans sa pratique quotidienne, elle m’avait fait part que rien, non rien ne l’avait préparé à vivre la mort lente de son bien aimé père. Épisode horrible et injuste qui n’est souhaitable pour personne, ni pour le mort ni pour les proches. Mourir c’est dur ! Le chevet d’un mourant inspire plutôt tristesse et chagrin que joie et gaité.

De cette petite histoire deux choses sont intéressantes : l’annonce de mort ou de diagnostic fatal ou la réaction face à cette annonce.

Je pense qu’il est donc essentiel et profitable d’avoir une petite réflexion sur la mort et en particulier sur son annonce. Encore externe, je n’ai point encore été confronté seul à une consultation d’annonce. Mais en particulier pendant mon stage en hématologie, j’ai pu assister à plusieurs consultations, j’ai pu apprendre, du mieux que j’ai pu.
L’annonce d’un diagnostic fatal se fait en général en général avec le médecin accompagné parfois de son interne et d’un ou deux externes.
Me tenant en retrait silencieux,

L’annonce d’un décès ne s’improvise pas. L’approche relationnelle de l’entourage nécessite la compréhension des mécanismes psychologiques mis en jeu dans le deuil. Elle requiert un apprentissage individuel et de la préparation, les médecins ne bénéficiant à cet égard d’aucune formation dans le cursus de formation classique. Deux modes de communication doivent être employés : verbal et non-verbal. Des préceptes éthiques essentiels doivent impérativement être respectés…

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Extrait – Stage en hématologie

Classé dans : Non classé — admin @ 23:11

Article non fini, en voici un petit paragraphe
[...]
Je savais que je devais prendre une place sur le coté droit pour monter de Lyon en Allemagne et profiter de la magnifique vue sur les alpes enneigées !
Mon avion a une bonne demi-heure de retard mais qu’importe, seul le retour compte. J’ai les documents de transport prioritaire, “HUMAN PRODUCT FOR THERAPEUTIC USE”.
“LIFE SAVING TANSPLANT, To whom it may concern. Mr. Benoit COULIN is carrying human peripheral blood stem cells from FRANKFURT (Germany) to LYON (France) where a patient is awaiting a transplant. It is imperative for these blood stem cells to be transported without any delay and they remain with the courier, at all time.”
“Warning: do not irradiate (X-Ray) these blood cells, if inspection is required at security check-points, this must be dome with the utmost care. Only the container, emptied, may be X-rayed, if necessary.”
If, for any reason, the courier was unable to depart on his scheduled flight, we request that you consider this life-saving transport as most urgent and do your utmost in helping this courier to reach his destination by the quickest possible means. Thank you for your prompt attention to this matter and thank you in advance for any assistance you can give to the courier, should it be needed.”
THESE BLODD STEM CELLS HAVE NO COMERCIAL VALUE and, as mentioned above, are destinated for a patient, who is, at the moment, waiting for the transplant.

Il y a à Frankfurt un le salon européen de la tapisserie et du papier peint, les ¾ des passagers ne parlent que de ça, apparement le marron est très tendance cette année. Ce n’est sans difficulté que je trouve ma mission plus intéressante, plus utile !
[...]

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Extrait – Urgences

Classé dans : Non classé — admin @ 23:05

Pas le temps de finir, en voici un petit paragraphe :

Le mot urgence vient du latin urgens, participe présent de urgere qui signifie se presser. On en donnerait donc comme signification : ce qui est pressant, qui ne doit souffrir d’aucun retard. En France on appelle le service des « urgences », au Royaume-Uni et dans les pays du Common wealth, différement de l’emergency américain, ils disent : « casualty » du latin casualitas qui signifie : quelque chose qui arrive par hasard, en particulier un événement malheureux ; un accident, une catastrophe.
Les deux combinés, c’est l’endroit qui reçoit les évènements malheureux dont la prise en charge presse… La notion temporelle dans le soin est donc primordiale, comme le commente de belle manière Vladimir Jankélévitch « L’urgence c’est le pressant avenir immédiat… le futur en train de se faire présent ».

[...]

Dodo de garde
Entre externes on s’arrange, et le plus souvent assez bien, pour se diviser la nuit par binôme. L’activité étant plus faible à partir de deux heures du matin… Des équipes tirent au sort sur qui dormira qui ne dormira pas. Nous nous avions un planning équitable sur les 12 gardes. Sachant bien que ce sommeil n’est accordé qu’en l’absence de patients.
Quand tu dors de 6 à 8 tu rêves de patients, de médecine, d’ambulances. 20 heures de boulot c’est bien suffisant pour accumuler assez de discussions, de situations, de choses vues ou entendues pour créer des histoires incroyables. Tu mixes un peu tout, rien n’a de sens. D’habitude, je ne me souviens jamais de mes rêves mais là, presque à chaque garde, je rêvais de trucs bien bizarres, sans queue ni tête dont je me souvenais. Peut-être parce que je ne dormais jamais assez profondément, pouvant à tout moment être appelé pour retourner voir des patients.
Dans mes rêves j’étais souvent le super héros/super docteur qui vient sauver le monde…
Parfois c’était moins drôle, comme cette nuit où en période creuse je m’étais assoupis sur un brancard. Je rêve que je m’étais coupé le pied, ça saigne en abondance, il y en a partout mais je suis nu et je n’ai rien pour me faire un garrot, j’essaye alors de m’entourer la cuisse avec mes doigt, ça ne fait rien, ça saigne encore plus, je me réveille…
Ou encore celui-ci où je traverse un tunnel dans lequel a eu lieu un énorme accident avec des dizaines de voitures. A travers une épaisse fumée je peux voir les blessés dans chaque voiture se faisant des sutures entre eux, de façon grossière et sans aucune asepsie. Je crie. Ils ont les fenêtres fermées, ne m’entendent pas…
Cette autre nuit, mon dernier patient de la garde était arrivé à 5 heures. Un jeune homme d’une vingtaine d’année qui venait pour un décollement/déchirement du prépuce survenu pendant un rapport sexuel avec son amie. Ils consultent en couple. Après un interrogatoire pour le moins atypique et assez cocasse dont je vous passe les détails, je lui avais donc fait 13 beaux points à la racine d’une demi circonférence de gland… J’allais me coucher quelques minutes après, je m’endormais tranquillement pour me réveiller un peu plus tard en sursaut et en transpirant après avoir rêvé qu’il avait eu une érection et que tous mes points avaient explosés…
Après avoir discuté avec d’autres externes, je ne suis pas le seul à avoir le « syndrome du dodo de garde ».

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La chirurgie et moi (et petites pensées)

Classé dans : Non classé — admin @ 22:47

(à compléter bien sûr mais si je ne publie pas maintenant je crains que jamais il ne soit terminé)

A un lycéen on lui demande ce qu’il veut faire plus tard, pour moi c’était médecine.
A un étudiant en médecine c’est toujours la même question : « tu veux faire quoi plus tard ? ». Et à vrai dire je ne sais pas. Pas biologiste, pas anatomopathologiste, plutôt pas psychiatre. Médecin de famille ? Une spécialité médicale ? Et pourquoi pas la chirurgie ?

Que ce soit en tant que médecin ou que patient, ceux qui sont déjà entré dans un bloc opératoire le savent : c’est un endroit particulier. Je dirais plutôt clair, brillant, lumineux, blanc, accompagné de bleu ou de vert médical. Une table centrale, un tas de machine qui l’entourent.
Je me rappelle de mon stage infirmer, première réelle expérience en tant qu’étudiant en médecine en chirurgie. On m’avait appris à me laver les mains, à enfiler mes gants stériles seul, à me tenir, à ne pas faire, à faire, où me placer, à ne jamais passer entre le chirurgien et son plateau… Parce qu’au début, on ne connait pas grand-chose. Et c’est avec des yeux fascinés que je contemplais ces pose de prothèses de hanche, de genoux, de seins… tout excité quand on me demandais une simple tache comme tenir les écarteur, avoir le ciseau en main et couper à la demande, ni trop court ni trop long, refermer en fin d’opération…
Et puis il y a bien sûr les premières erreurs. Je me gratte le nez et me voilà déstérilisé ! Je pense bien faire en prenant l’aiguille des mains du chirurgien pour la poser sur le plateau mais non, ça ne se fait pas : risque de piqure ! Le chirurgien me demande de replacer la lumière sur le champ opératoire, je m’exécute : erreur ! Je ne suis plus stérile. J’aurais dû demander à une infirmière…

A chaque fois que je passe la porte d’un bloc opératoire me voilà dans mon élément… Que ce soit magnifique ou gore, de la boucherie ou de l’art, il n’y a aucun endroit où je préfèrerais être. Pour sûr, quelque chose m’y fait palpiter.
J’apprécie ce qui est beau et raffiné mais il est justifié de s’interroger sur la beauté d’une main coupée ? D’une jambe en lambeaux ? D’un crane ouvert ? Ou plus généralement du sang qui coule. Toutes ces horreurs dégoutent la majorité des gens et il faut être un peu fou pour y voir en elle la quelconque beauté ! Encore plus fou pour en apprécier la présence, pour en faire son métier, sa vie !
Et au fond nous en avons peur parce que oui : Ça fait peur ! Ça fait mal ! Ça tue ! Mais nous chirurgiens : nous rassurons, soulageons, sauvons ! C’est justement, et je le vois de la sorte, le fait d’être de l’autre côté, derrière le masque, de porter la blouse, les gants et de pouvoir agir vraiment et effectivement sur ce mal qui change radicalement l’approche ces horreurs qui n’en sont alors plus ! Transformées alors en entité curables définies et individualisés.
Bien sûr nous entendons les cris, bien évidement nous percevons la douleur mais si notre objectif sera de les faire taire et disparaître, c’est s’attaquer à leur cause qui nous importe. Tous les collatéraux divers et variés, les somatisations, les représentations du problème sous-jacent nous sont secondaires et à fortiori ne nous atteignent pas.

Le chirurgien possède le privilège extraordinaire de tenir à tout instant entre ses mains la vie et la mort, la joie et la souffrance et là est sa grandeur ; aussi longtemps que les hommes attacherons à la vie humaine quelque prix. Presque toujours solitaire, il décidera de l’opportunité d’une intervention et en assumera ensuite l’exécution. Son jugement est le plus souvent sans appel. Il est parfois critiqué par ses pairs, rarement apprécié à sa juste valeur par ses patients et exceptionnellement appelé à rendre compte de ses actes devant la Justice. Il reste le plus souvent seul à seul avec sa propre conscience et il lui faut alors porter seul de terribles responsabilités. La récompense qu’il reçoit est rarement à la mesure des bienfaits qu’il a dispensés et il est tout à fait exceptionnel qu’il soit châtié pour le mal qu’il a pu faire. Quoique parfois impuissant à guérir ou à soulager, il n’en détient pas moins d’énormes pouvoirs. De l’opportunité et de la qualité de son geste découleront d’innombrables conséquences.

Une opération chirurgicale est une succession, réfléchie, calculée, d’actes élémentaires tendant à un but déterminé et harmonieusement combinée pour l’atteindre. L’œuvre du chirurgien, comme celle du peintre, du sculpteur ou du graveur, est faite de deux éléments personnels : conception et exécution. Le résultat final dépend à la fois des ressources intellectuelles et de la perfection technique.
Le geste chirurgical est alors le résultat de l’harmonieuse combinaison d’une conception intelligente et d’une exécution adroite. Si le chirurgien, comme son nom le dit est un manuel, directement ou à l’aide d’instruments, il est aussi et surtout un homme de sciences. Il opère avec ses mains, soit, mais aussi et surtout avec son cerveau.
Même pour une intervention réputée bénigne, au milieu de manœuvres préparées peut toujours surgir l’évènement imprévu, la difficulté inattendue. Il peut se trouver en quelques secondes devant une situation immédiatement dramatique et doit alors être capable d’y faire face aussitôt avec sang-froid, précision, imagination, décision, habileté… De l’appréciation exacte de la situation, de la saine conception des mesures à prendre, de la précision de leur exécution dépend l’avenir. Presque toutes les qualités nécessaires sont du domaine de l’intelligence et  la part purement manuelle impartie à l’acte chirurgical paraît bien mince.
Mais certes, il faut des mains pour rendre efficient le cerveau et il importe que ces mains soit adroites. L’habileté est peut-être un don du ciel, l’adresse en revanche n’est pas native mais s’acquiert avec plus ou moins de talent. Elle est faite surtout de délicatesse, de précision et de sureté mais aussi de finesse et pourquoi pas d’élégance…
Il faut pour cela analyser les gestes, démonter leur mécanisme pour le comprendre ; il faut prévoir la possibilité de leur utilisation suivant les circonstances ; il faut enfin les répéter suffisamment pour qu’ils deviennent aisés et automatiques. J’essaye au mieux d’étudier les gestes les plus simples des actes élémentaires en lesquels se décompose toute opération : sections, dissociassions, ligatures, sutures. Combien de fois je me suis entrainé pour posséder le geste parfait d’un simple point de suture. (Qui je suis sûr peut encore être amélioré). Cela ne vient pas en un jour, à chaque nouvelle garde aux urgences je perfectionnais mon savoir et mes qualités manuelles. Je regarde attentivement mes ainés, chirurgiens ou médecins faire, en retrait ou en les assistant directement : tiens, il prend son aiguille de cette façon, il part sur le côté au deuxième nœud, bloque sont fil de telle manière… Il convient de faire l’effort constant de s’y entrainer. J’avais d’ailleurs trouvé amusant quand un docteur m’avait dit : L’apprentissage du chirurgien se chiffre par des centimètres !
Il y a un certain nombre de notions techniques primaires que tout chirurgien même débutant se doit s’assimiler avant de passer à l’exercice de la chirurgie. Il suffit de regarder le visage des gens, combien ont des cicatrices visibles, stigmates d’une plaie trop importante peut-être mais surement par manque de qualification ou d’application de celui en charge du soin…
À quel prix je l’ai appris de ma propre expérience ; Des grossières premières sutures sur les cadavres où l’on était plus que mal adroit aux premières sur le vivant : sur les jambes, les bras pour enfin arriver au superbement faites (dont j’étais secrètement assez fier) sur les visages de jeunes demoiselles…
Avant de s’attaquer à l’exécution d’une sonate ou d’un concerto, tout pianiste a du assouplir ses doigts, ses main, ses poignets, ses coudes, et les accorder à la pensée musicale, faire de  multiple gammes. Dans notre « concerto  opératoire », quelles tragiques conséquences pourraient résulter la fausse note, d’une mauvaise exécution !

La chirurgie c’est aussi des centaines de médecins qui ont essayé d’apporter chacun leur contribution à ce pan de l’art médical. J’ai adoré relire The Evolution of modern medicine de William Osler. Un condensé d’histoires médicales incroyable and so courageous, ingenious, fascinating, beautiful, inspirational and sometimes funny !
Après chaque noël je fais le tour de la Fnac pour trouver comment dépenser au mieux les bons cadeaux des mes chers oncles. Noël 2010, je craque sur un magnifique ouvrage d’environ 500 planches anciennes d’anatomie humaine et de chirurgie.

Le bloc opératoire est un petit royaume, avec un roi ou une reine, un prince, ses valets puis sa cour. La chirurgie c’est aussi toute une histoire d’ordre. « Scalpel ! », « pince » (de tous types), «aiguille de 3/0 ! », « tire ! », « coupe ! ». Chaque ordre devra être immédiatement accompli et sans faute. Pour ne pas s’attiser les foudres du roi d’une part mais surtout pour sauver le gentilhomme allongé inconscient sur la table d’autre part…
Ce petit royaume a définitivement quelque chose de magique. Pour emmener les enfants dans un monde irréel pour les faire rêver, on les déguise, en fée, en princesse ou en superman. Quel boulot de rêve, en chirurgie on se déguise tous les matins !

Puis dans ce bloc, tout est blanc, tout est propre.
Je me souviens d’un employé de station d’épuration qui consultait pour une éruption généralisée assez repoussante, il me disait presque sans arrêt, non en complainte sur un éventuel souci financier ou d’un autre ordre mais bien plus sur ses conditions de travail en permanence dans un état d’hygiène exécrable : « la vie est dure, si vous saviez, la vie est dure… je n’en peux plus de travailler dans la m**** ! ». Je lui avais répondu avec un poli  « je comprends ». Et au fond de moi et comme bien souvent, comme devant beaucoup d’« emplois non choisis » je me disais : « t’es quand même bien dans ta petite vie toi, dans ton bloc opératoire ». Tout est nickel, impeccable, pas de saleté, pas de problème de poussière, peu de problèmes d’odeur…

Chirurgie je t’aime !
Je ne l’invente pas, chacun d’entre nous pouvons avoir des sentiments pour quelqu’un, et de même et pour sûr, on peut en avoir pour la chirurgie. Je m’en explique :
Au début c’est soit le coup de foudre soit, comme beaucoup d’histoires d’amour, un commencement plus doux. On se rencontre le plus souvent dans un hôpital. On apprend petit à petit à se connaitre. On s’apprécie. On se rencontre encore et encore, puis on s’aime. De là nait toute la passion ; Intime ou publique, réservée ou extravagante, elle sera à sa manière s’adapter à la relation… Parce qu’il y a ce petit plus, on l’appellera comme on veut : « ça colle », on se comprend, on se correspond… Pas besoin d’en dire beaucoup plus. Certain iront jusqu’au serment « […] pour le meilleur et pour le pire… ».
Presque tous les échanges épistolaires modernes peuvent y correspondre, on pourrait envoyer des messages à miss chirurgie du genre : « Je me suis réveillé, je pensais à toi », « J’arrive, je ne suis pas loin, je ne suis jamais loin », « cette nuit j’ai rêvé de toi », « J’ai une soudaine envie de bistouri et toi ? », « Si tu as besoin de quoi que ce soit, une urgence, appel moi ! », « Ce matin je suis en stage de gériatrie et je pense à toi, tu me manque »…
Tu sais que tu aimes vraiment quand chaque élément de rappel te fait vibrer… d’une simple photo de bons souvenirs d’aventures médicales au bloc opératoire de la première la première greffe de cœur reconstitué au 4th floor d’un grand musée Londonien en passant par une vidéo d’arthroplastie temporo-mandibulaire sur youtube…
Si je ne devais n’avoir qu’un seul regret, la chirurgie et moi, on ne pourra jamais contempler un coucher de soleil ensemble. Mais il ne faut fait jamais dire jamais, qui sait, un jour à bord d’un avion, bloc opératoire mobile, opération d’urgence sur un blessé de je ne sais quelle guerre, scalpel en main, en me penchant juste un peu, magnifique vue à travers le petit hublot.
Avec la chirurgie il t’arrive toujours des trucs de fou. Avec elle tu sauves des vies, tu replace des membres, fixe et remplace des os, tu vires des cancers, tu changes des cœurs, tu répares, tu construis, tu embellis…  Tout dépend tu type de chirurgien que tu es : Il y a le chirurgien cardiaque qui fait vivre car on ne vit pas sans cœur, il y a le neurochirurgien qui donne de la vie à cette vie, qui l’anime car on ne vit pas non plus sans cerveau. – A life and then a living life bien mal traduit par une « vie vivante »… Puis le chirurgien vasculaire, le chirurgien orthopédiste, le chirurgien viscéral, le chirurgien plasticien/esthétique, le chirurgien maxillo-facial, l’ORL, l’ophtalmologiste, l’urologue…

Alors qu’est-ce que je veux faire plus tard ? Peut-être simplement suivre ce dicton : « faire ce que l’on aime et aimer ce que l’on fait. ». Ou encore, pour reprendre la réplique d’une belle scène d’un classique du cinéma américain From Here To Eternity (1953) de Burt Lancaster à Frank Sinatra : « You should be what you can be ! ». (Vue dans l’avion survolant l’Ethiopie en finissant ce petit texte).
And I can be a surgeon, can’t I ? And why not a neurosurgeon !

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Extrait – l’hopital de l’autre coté 10 juillet 2011

Classé dans : Non classé — admin @ 23:23

Je pars loin pour tout l’été où je n’aurai pas le temps de finir, en voici un début.

J’avais arrêté d’écrire pendant un petit bout de temps. Car plus le temps, plus le contenu peut être, plus la motivation, plus l’envie, … Aujourd’hui j’en retrouve l’envie, ce qui m’en redonne la motivation pour en trouver le contenu et par la même le temps pour l’écrire.
J’aimerais que ce soit aussi simple que cela mais ça ne l’est pas ! Car dans cette petite chronologie qui parait triviale on occulte le mystérieux élément déclencheur de l’envie. Bref en introduction j’ai envie d’écrire alors j’écris. J’ai su le faire. Je le fais. Je le ferai.

Au cours de ma troisième année, un grave accident de ski m’a contraint à rencontrer le milieu médical d’une façon toute nouvelle : du côté du patient…
Accident de ski, hospitalisation
Juste préciser préalablement que de ma vie, des quelques choses un peu folles que j’ai déjà faites, je n’ai jamais eu de plus grosses sensations que de sauter des big-air en ski. Comme sauter d’un pont d’une vingtaine de mètres, les quelques secondes précédant l’action, on éveil cette énorme et spéciale appréhension. Le cœur bat, je le fais, je le fais pas… Et puis on se lance, on saute…
On prend son élan de haut, de très loin pour atterrir dans la descente et ne pas se casser les genoux sur la table. On glisse sans virages vers le saut qui parait de plus en plus énorme à mesure que l’on s’en rapproche. Et on s’envole, on vole… Retombant pour toucher neige parfaitement ou alors s’exploser en bas… mais ça on ne le prévoit pas.
En ce samedi 30 janvier 2010 je partais au ski avec Papa et mon frère et jamais je n’imaginais ce qui allait m’arriver. Matinée parfaite, bonne neige, bonne poudreuse – beau soleil. Pause déjeuner au restaurant d’altitude. 14 heures, première piste de l’après-midi, nous passons non loin de la bosse hors-piste où le weekend précédent j’avais fait quelques back-flips. Quand la nature crée bien le saut, rien de dur : arriver avec assez d’élan sur la pente, se pencher en arrière, ça tourne tout seul. Sûr de moi je décide donc d’en tenter un une nouvelle fois mais grosse erreur : trop sûr de moi, je vais sauter sans avoir fait avant la reconnaissance du terrain. Il a beaucoup neigé depuis la semaine dernière et des skieurs avaient cassé la bosse, la fin de la pente n’était plus du tout raide, plus du tout appropriée aux back-flips mais je ne le savais pas encore.
Je m’élance, mon frère film, tout va bien, arrivé en haut de la bosse, je me jette en arrière mais rien à faire, ça ne tourne pas. Au lieu de partir haut, je pars loin, loin en avant et sans rotation. Je suis à l’envers, tête en bas, ski en haut. J’ai le choix, m’ouvrir et m’exploser la tête contre le sol ou grouper encore plus et essayer de tourner juste assez. Je choisi la seconde option. Il y a 20 centimères de poudreuse légère reposant sur une couche de glace. Dans le premier cas je me casse le dos en hyper-extention, j’ai choisi de grouper, dos en avant, tête entre les jambes, skis en arrière perpendiculaire. Il me manque 90 degrés et de mes 80kg, je me suis écrasé, le dos plié en deux, tête dépassant les genoux. Les skis ont de suite déchaussés, j’ai continué à rouler puis je me suis arrêté. Sur le film on entend un « ça va ? ». Non ça ne va pas, je reste au sol, je ne bouge pas, je sais que je me suis fait mal, très mal mais je ne le sens pas encore vraiment. Réflexe stupide : c’est bon, je peux bouger mes orteils !
Je m’assois, bras tendus droits et verticaux, poings dans la neige me surélevant, ma colonne extension. – ça va – Je reste immobile, je ne peux plus bouger, j’ai mal, j’ai très mal mais ça n’est pas au-delà du supportable. Je pense que ça va passer. Je dis à mon père et à mon frère descendre la piste puis de revenir, si vraiment ça ne va pas on appellera les secours. Dix minutes passent, je suis toujours dans la même position, je ne peux plus bouger, chaque millimètre sur la gauche, sur la droite ou en avant sont extrêmement douloureux. Je me dis que les secours sont pour les autre, pas pour moi. L’hélico n’arrive qu’aux autres. Je pense à papa qui m’avait dit de faire attention.
Ils reviennent, toujours pas d’amélioration, on appelle les secours. Je ne me rappelle plus si j’ai pris l’assurance en hors-piste, il me semble que non. Heureusement ma chute n’est qu’à une bonne cinquantaine de mètres de la piste et c’est sur le dos de mon frère, accroché au mieux à son cou que je rejoins doucement et difficilement le bord de la piste. Les secours arrivent avec leur traineau/barquette orange… Position assise, fesses ne touchant pas le sol surélevé pas mes bras, j’ai de plus en plus mal, mais complètement immobile c’est toujours supportable. Je peux parler, expliquer ce qui m’est arrivé. J’ai beaucoup de mal à situer ma douleur, dans le dos, diffuse. Je ne peux pas inspirer ni expirer à fond et le moindre mouvement déclenche une douleur atroce.
La plus grosse erreur de la journée fut de faire ce saut, la seconde fut d’estimer que j’étais assez bien pour ne pas demander l’hélicoptère et prendre le traineau. (Or une des seules indications de l’extraction héliportée est la fracture de colonne…)
Il a donc fallut m’allonger, gonfler le matelas, et me ligoter. Même en essayant très fort je n’arrive pas à me souvenir la douleur que je ressentais mais n’ayant jamais eu aussi mal de ma vie je la cote facilement à 10/10.
De là commençait un quart d’heure de descente, quinze minutes d’agonie. Je rempli mes poumons à fond pour être calé au plus possible mais chaque millimètre d’irrégularité de la piste est insupportables, le moindre saut me transperce le dos. J’ai mal, j’ai très mal. Chaque respiration n’a pour seul et unique but : rester le plus gonflé possible, impossible de vider mes poumons, c’est trop douloureux et ça n’a pas de fin… Arrive ce moment où je n’en peux plus, à peut-être deux minutes de l’arrivée, j’ai lutté, lutté à n’en plus pouvoir. J’essaye toujours de garder mon air mais je n’en ai plus la force. Je serre les dents. Des larmes arrivent à couler de mes yeux fermés et crispés de douleur. Ce n’est pas le courage qui me manque pour me gonfler ces foutu poumons d’air et essayer du mieux possible de passer cette dure épreuve, non, je suis physiquement à bout. Plus rien d’autre ne compte : arriver en bas et que cette torture cesse !
Des telles longues minutes ne peuvent être choisies. Elles sont sauvagement infligées, cruellement imposées. Je ne souhaite à personne de vivre de tels moments.

Arrivé à l’infirmerie de la station, c’est avec un ibuprofène que l’on me fait patienter mon ambulance. Douce plaisanterie. Je reste dans ma coquille, immobilisé. Je ne sens plus mes pieds, ils sont gelés. Je supplie mon frère de me retirer les chaussures de ski le temps que les médecins s’absentent, prêt à souffrir quelques secondes mais tellement soulagé quand celles-ci sont enlevées… Encore belle erreur, mais je ne savais pas encore que ma colonne était fracturé.
Une fois chargé dans l’ambulance c’est encore une petite heure de torture. Installé dans le sens de la marche, tête en avant, durant toute la descente chaque freinage m’écrase la colonne comme si j’avais un couteau planté dans le dos et que le moindre mouvement remuait la lame à l’intérieur. Je supplie les ambulanciers de rouler moins vite et avec précaution. Ils essayent de me faire oublier que j’ai mal et plaisantent mais je ne peux pas que sourire, même parler m’est extrêmement douloureux. J’ai mal et je ne veux encore une fois qu’une seule chose : arriver à l’hôpital et que cela cesse !
Il est environ 16 heures 30, j’arrive à l’hôpital de Grenoble. J’entre directement aux services des urgences. Spécial d’être de l’autre côté. Jusqu’à présent je n’avais pas crié de douleur mais quand ils se sont mis à huit pour défaire mes attaches et me transférer sur un brancard je ne pus me retenir. Sans rien pour me serrer le dos, je ne pouvais ni inspirer ni expirer, j’étais bloqué par la douleur.

On m’installe, me déshabille puis me revêt de belle tunique d’hôpital. On aurait pu me faire tout ce qu’on aurait voulu, tout m’était secondaire. Je n’avais qu’une seule envie : qu’on me soulage ! En même temps que la pose de la voie veineuse périphérique, c’est la normale anamnèse de tout accident : Que vous est-il arrivé ? Quand ? Comment ? Antécédent médicaux et chirurgicaux ? Êtes-vous sous médication ? Avez-vous des allergies ? Je leur dit que je suis étudiant en médecine et que je comprends à fortiori un peu ce qui m’arrive… On pique mes bilans sanguins. Bref examen neurologique, mes fonctions motrices et sensitives sont intègres.
Comme il y a eu choc lombaire, j’ai droit au logique : « Mr Coulin, nous avons besoin d’un échantillon d’urine » autrement dit, « Mr Coulin, il va falloir pisser dans un bocal ». Je ne peux pas bouger, ça va être très difficile. Il m’est impossible de pencher la tête et avec l’aide de deux infirmières qui m’inclinent d’un bloc sur le côté je la fait à l’aveugle… Une fois terminé, l’infirmière me montre le pistolet, il est plein de sang… On me rallonge et de penser : « Pffff ! C’est pas bon signe… » Mais quoi qu’il advienne c’est trop tard.
Juste avant de m’emmener d’urgence faire des radiographies du rachis j’ai le droit à 6g de morphine IV. La douleur que je cotais à 9,8 tombe 7. Drôle de sensation. Je sais que l’on réagit tous différemment à la morphine, par exemple certaines personnes ont des hallucinations et voient des éléphants roses. Pour moi, j’ai senti comme si mon sang devenait tout chaud et cent fois plus fluide et comme si je pouvais le sentir allant se déverser dans tout mon corps et revenir vers le haut de mon dos. À chaque battement de cœur c’est une sensation incroyablement agréable de soulagement. Je l’avais tellement attendu. Ce n’est pas pour autant que la douleur s’en allait, je ne pouvais toujours pas respirer normalement, immobile et bloqué ne mobilisant qu’une minuscule partie de mon volume inspiratoire pour de suite l’expirer en répit jusqu’à la prochaine respiration.

Les résultats des radiographies arrivent avec un docteur : « Mr Coulin, les radio montrent de sérieuses fracture en tassement de trois vertèbres T4, T5, T6 associé apparemment à une fracture sternale. Nous allons faire un scanner pour préciser ces lésions et rechercher d’éventuelles lésions viscérales. Vous n’avez pas d’allergie à l’iode ? ». Pas besoin de demander « C’est grave docteur ? ». Je me touche le sternum et c’est en effet douloureux mais rien à voir comparé au dos. Je demande simplement qu’on aille informer et rassurer mes parents qui attendent dans la salle d’attente.
C’est donc sans tarder qu’on m’emmène au scanner. Allongé et toujours immobilisé, je n’ai qu’une vue sur l’enchainement des néons des longs couloirs de l’hôpital. Je m’y attends : le petit ressaut à l’entrée dans l’ascenseur provoque une douleur exquise. Je commence à avoir l’habitude. Encore une fois, situation bien particulière de ne pas pousser le brancard mais d’y être malade allongé.

Après encore un transfert douloureux, on m’installe bras en arrière. « Surtout ne bougez pas », « Ne vous inquiétez pas, je ne peux pas bouger ! ».
Le produit de contraste c’est comme de l’encre noire que l’on avait fait préalablement bouillir que l’on crachait soudainement dans ce petit tuyau transparent relié à ma veine. Je le sens infiltrer mes vaisseaux, c’est assez désagréable, chaud, piquotant. Les veines de mes avant-bras et de mes mains sont noires violettes.
Je me rappel de mon patient de mon stage de médecine interne dont le scanner injecté s’était compliqué d’une grave insuffisance rénale. Si mes urines sont pleines de sang, mes reins ont dus prendre un sacré coup et je suis en logique restriction hydrique, interdit de boire dans l’éventualité d’une intervention chirurgicale d’urgence…

De retour en aux urgences on m’installe dans une salle d’attende pour malades sur brancards. Je ne peux pas tourner la tête pour voir mes voisins, je ne peux que les entendre. Deux lits à ma droite il y a une folle qui n’arrête pas de crier : « Il faut sauvez mon chien ! Mon chien va mourir ! Il faut sauver mon chien ! Infirmiers ! Docteurs ! Il faut sauvez mon chien ! ». J’attends mes résultats, c’est long, très long. On vient me dire que tous les médecins sont occupés sur une arrivée massive de patients suite à une avalanche. Mon état clinique est stable, rien ne presse. Avec toujours ces cris de fond… On a le droit à une cinquantaine de fois : « Docteurs ! La cafetière est vide ! Ça ne coule plus ! Je veux du café ! », en parlant de sa perfusion. Ça se calme quelques minutes pour reprendre de plus belle sur des phrases plus folles les unes que les autres. Au moins ça me fait une distraction mais il m’est impossible de rigoler, j’ai trop mal…
Je suis à côté d’une première année de médecine qui ne voulant pas faire de ski de peur de tomber a préféré la luge. En bas de la piste elle s’est pris un poteau sans pouvoir s’arrêter : fracture ouverte du tibia et opération dans la nuit ! Je ne lui dis pas mais trois mois d’arrêt en première année ça va être dur…

Il doit être 21 heures, Deux médecins viennent me voir : « Les résultats du scanner confirment les radios, nous allons vous hospitaliser dans l’attende de la décision chirurgicale ». Je n’ai rien à dire. Il faut ce qu’il faut pour me réparer, je peux m’en prendre qu’à moi. Je repense à papa qui juste avant de sauter, me connaissant, m’avait dit de faire attention. J’ai le droit à qu’une personne à la fois, Papa que je n’avais pas vu depuis vient me voir puis maman. Je leur dit que je vais être hospitalisé, que je vais peut-être être opéré, qu’ils ne se fassent pas de soucis. Mais comment voulez-vous que des parents ne se fassent pas de soucis pour leur fils qui va peut-être subir une énorme intervention chirurgicale… De mon côté je m’étais fait une raison, je n’avais plus le choix, je me remettais entièrement aux décisions des médecins. Si une opération était nécessaire, shooté et en douleurs j’étais prêt à tout pour qu’on me répare. Du moment qu’on le faisait du mieux possible, on n’est pas loin de la moelle épinière tout de même… C’est un CHU, ça me dérangerait que l’interne aille trifouiller ma colonne…
De tout ce qui a suivi mon accident, c’est de voir le souci chez mes parents qui fut le plus difficile, de leur imposer ça sans pouvoir les rassurer, ne pouvant me rassurer moi-même. A quelques centimètres près j’étais paraplégique, tétraplégique ou même mort. Je le sais, dans mon malheur j’ai eu de la chance mais ça n’est pas terminé. J’imagine qu’ils n’ont pas du beaucoup dormir cette nuit-là. Moi non plus !

Il est minuit, on me trouve un lit dans le service de chirurgie maxillo-faciale. La morphine fait toujours effet. J’ai appris dans mes cours de pharmacologie ses effets secondaires dont la dépression respiratoire. Sans jamais trop m’y attarder, je n’ai jamais cherché ce que signifiait que de déprimer la respiration.
Inspirer m’est impossible. Expirer un tout petit peu trop me « pince » violemment les fractures. La seule façon d’être au mieux en antalgie est de me concentrer sur ma respiration, la plus petite possible, la plus lente possible. Ne pouvant bouger, je n’ai que ça à faire. C’est en mobilisant le moins possible ma cage thoracique, en n’imposant aucune contrainte à ma colonne que la douleur est la plus faible.
Sans m’en rendre compte j’ai dû m’endormir. Je me réveille en sursaut et en sueurs après avoir eu l’impression de mourir, c’est horrible ! Je ne me concentre sur qu’une chose, respirer doucement pour ne pas avoir mal. Je me rendors pour me réveiller pareil, comme si je n’avais plus d’air, que j’étais mort. Rajouté à la douleur c’est infernal.
Simplement dit, deux régions contrôlent le taux d’oxygène dans le sang, les récepteurs aortiques hyper-sensibles, activés donc par une très faible diminution de ce taux et les récepteurs carotidiens beaucoup moins sensibles, « de secours », seulement activés quand la pression en oxygène est critique pour l’oxygénation cérébrale. Ces récepteurs envoient des messages afférents au centre respiratoire situé dans le bulbe du tronc cérébral qui lui va dira au cerveau : « il faut respirer, je manque d’oxygène ». On respire alors, on apporte de l’oxygène jusqu’à ce qu’il soit consommé et ça recommence, c’est une boucle sans fin. La morphine inhibe les récepteurs aortiques. Résultat des courses, ce stimulus nerveux n’est plus présent et le centre respiratoire n’est pratiquement plus activé ou désinhibé par un taux trop faible en O2. La respiration n’est plus un réflexe !!! En effet, sensation très désagréable, je m’arrête de respirer, les secondes passent et je n’ai absolument aucune sensation de « manque d’air ». Rien ne me dit respire !
Je m’endors une troisième fois bien sûr sans m’en rendre compte mais surement épuisé par une telle journée. Et de nouveau, je me réveille d’un coup, j’ouvre brusquement les yeux, tout en sueur avec cette sensation de mourir, de partir sans rien pouvoir faire. Encore une fois, situation absolument horrible. Je reprends doucement mon air, j’ai mal mais tant pis j’appelle une infirmière pour qu’on me diminue la morphine. Je passe le reste de la nuit à n’être concentré sur qu’une seule chose : respirer et ne pas m’endormir…
La sensibilité inter-individus aux opiacés est très variable j’y suis apparemment particulièrement sensible. C’est ça la dépression respiratoire !

Le lendemain matin je suis transféré en service de traumatologie. Toujours shooté je ne vois pas le temps passer, je ne bouge pas et j’attends. Le colloque avec les patrons du service qui décideront de mon sort est lundi matin. Encore 24 heures. Mon nouveau voisin est un pirate informatique… il me raconte sa vie, je n’ai ni la force de l’écouter ni de répondre. J’entends crier les infirmières dans les couloirs… Avec ma petite sonnette, j’en appelle une infirmière pour qu’elle me trouve le numéro d’un chirurgien lyonnais pour me renseigner sur la qualité des chirurgiens de Grenoble et lui demander si un transfert à Lyon est plus raisonnable pour avoir le meilleur soin possible. Ils sont apparemment tous excellents et je n’ai aucun souci à me faire. Par sa proximité des montagnes, c’est peut-être l’hôpital qui reçoit le plus de traumatologie en France.
Lundi dans la matinée, toute l’armée des médecins entre dans la chambre. Un professeur, un docteur, deux internes, plusieurs externes… Je ne peux que bouger les yeux pour voir que ça fait beaucoup de monde rien que pour moi ! L’ensemble des lésions osseuses sont antérieures. Le mur postérieur et toutes les structures osseuses de protection de la moelle sont préservés. On note par ailleurs un écrasement majeur des disques intervertébraux et de multiples arrachements ligamentaires postérieurs. Les chirurgiens m’expliquent que mes gaines musculaires dorsales para-vertébrales largement développées ont sauvé ma colonne, limitant l’hypercyphose thoracique forcée.
Le décalage du mur antérieur est à la limite de l’intervention chirurgicale (par pose de plaque visée aux vertèbres sus et sous-jacentes…). Il a été décidé de ne pas opérer en faveur du port du corset et d’une immobilisation stricte et prolongée. Les fragments de vertèbres fracturés et déplacés, en particulier en T5, vont se recoller tout seul.
Pas d’opération ! C’est une bonne chose, ce n’est pas si grave alors !

Toutes les voies nerveuses à destination abdominale ont leurs racines en thoracique. A fortiori, une atteinte à ce niveau perturbe grandement les fonctions digestives et urinaires. Je n’étais pas allé au petit coin depuis vendredi et m’étais sérieusement rempli avec une excellente tartiflette samedi au restaurant d’altitude. Nous sommes mardi, rien n’a encore été évacué depuis. Je n’ai pas non plus uriné depuis les urgences. De plus, un des effets secondaires majeur et prédominant de la morphine est la constipation. Je commence à le sentir mais il m’est impossible de bouger, impossible de me mettre sur le côté, impossible d’exercer une pression abdominale… Mes antalgiques passent toujours en intraveineux.
Mon dos est toujours très douloureux, le temps passe de calmant en calmant. On me donne toutes sortes de pilules, de gelée mais rien à faire, le transit est bloqué…
Mardi est une journée difficile mais une journée qui est passé tant bien que mal. Mercredi matin, ma vessie va exploser et croyez moi, ça fait souffrir. A ceux qui en ont déjà eu, une rétention urinaire est extrêmement douloureuse. Étant dans l’impossibilité d’évacuer ce surplus de liquide par voie naturelle, je demande qu’on me sonde. Les infirmières ne veulent pas, avec ce détestable : « non mais vous n’avez pas vraiment mal ». Aucun médecin n’est dans le service… On essaye un peu tous les moyens mais impossible de la vidanger. Le système ne fonctionne plus. Depuis mon accident je n’avais pas encore eu assez mal. Mes fractures qui m’empêchent d’expirer, il fallait en rajouter ! Impossible d’inspirer, la moindre augmentation de pression abdominale provoque une douleur absolument terrible que je ne souhaite à personne. Je passe une journée infernale à essayer de résister dans cet état. On ne s’imagine pas comment lutter contre la douleur pendant des heures sans rien pour la soulager est épuisant, je n’en peux plus, je respire dents serrés et lèvres pincés, l’intensité de la douleur est incroyable. Presque à m’énerver, je supplie qu’on vienne me sonder. L’interne n’arrivera qu’en fin de journée…. (On ne peut lui en vouloir, il a dû opérer toute la journée). Je suis à bout ! Je n’ai même pas la force de regarder qui est présent dans la pièce et je serais incapable de me souvenir vraiment comment ça s’est passé. Quoi qu’il en soit, il y avait beaucoup de blouses blanches dans la chambre, trop à mon gout ! (Il faut bien que les petits externes apprennent et pourquoi pas sur un patient dans la force de l’âge…). Depuis mon arrivée dans le service, jeunes étudiantes et infirmières me voyant allongé « droit de douleur » et à moitié nu, j’étais déjà tombé bien bas mais il y avait encore plus profond… A ce stade, me faire poser une sonde urinaire, me faire enfoncer un tuyau dans le pénis en public, même si c’était un peu désagréable, était la chose que je désirais le plus au monde ! Le plus beau cadeau qu’on puisse me faire ! J’avais trop mal pour me soucier de quoi que ce soit. Le soulagement en fut puissant, rapide et bienvenue !!! Merci monsieur l’interne ! J’avais déjà vu des dizaines de pose de sonde mais comme beaucoup de jeunes j’imagine, je n’en avais jamais eu, belle première. Dois-je préciser la gêne permanente qu’un tel dispositif procure, en particulier la sensation non plaisante lors d’une érection matinale non contrôlé… C’est une autre histoire.
Jeudi, l’anus est fermé, impossible de le mobiliser ! Je dois avoir des kilos de matière et des litres d’air. C’est pour changer encore une autre douleur sur l’ensemble du cadre colique. On m’envoie une sympathique et motivée kinésithérapeute qui me fait un « massage digestif » du ventre dans le sens des aiguilles d’une montre pendant une vingtaine de minutes, rien à faire. Je comprends que les infirmières soit réticentes à un lavement, il faut le dire, c’est assez repoussant mais c’est la solution finale! Je supporte le sang, le pus mais rien que l’odeur des excréments me donne un haut le cœur, leur vue perturbe mon paisible estomac…

Petits-pois carottes sans pouvoir bouger
Sonnette et lit incliné
Premier levé, instable tremblant
Retour à domicile
Convalescence
Rééducation

Cette expérience m’a changé. Dans mon rapport à moi-même, à ce que je permets, à ce que je m’autorise. Avoir connu une telle douleur, avec eu des tuyaux dans tous les trous a transformé a radicalement mon rapport au patient…Une fois retourné de “l’autre coté” on est différent, surement plus attentif, plus à l’écoute, plus compréhensif…

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Hey little blog ! 19 mars 2011

Classé dans : Non classé — admin @ 21:47

I am sorry – sorry not to write enough !
Thoughts are there – waiting to be transcripted !
But believe me – I do not have one minute for myself !
Emergency is quite funny – Crasy stories everyday !
Interesting – taking – not much time to sleep !
Do not worry – I am not forgetting you !

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New articles : coming soon ! 27 décembre 2010

Classé dans : Non classé — admin @ 22:52

Articles en finition :
-  La mort, l’annonce, le stress réactionnel
-  L’hématologie, ce que j’ignorais. Mission spéciale
-  Alzheimer, atrocité de la vieillesse
-  La chirurgie et moi
Dissections d’anatomie
- Third year : car oui, il m’est arrivé un paquet de truc cette année la
- Il me faut aussi finir l’Afrique du sud…

autres réflexions  du genre :
-  Politesse et savoir vivre dans l’exercice médical (voire : a-t-on droit au charme dans ce dernier)
-  Gros projet sur la place médecines parallèles dans la thérapeutique
-  Interview de dizaines de médecins de toutes horizons, toutes spécialités. “Pour vous qu’est-ce qu’un bon médecin ?”. à continuer puis à synthétiser.

Les histoires de stage s’accumulent… sans tomber dans la banalité d’énumérations de faits sans valeurs : “ce matin j’ai fait une piqure et un pansement, c’était cool…”, certaines valent vraiment la peine d’être racontées.
Je vais en reprendre une bonne partie commençant toujours par : “je me souviens…”
——- Trypasonomiase ——-

Tout cela prend un temps fou, temps que je n’ai pas vraiment. Alors c’est long, trop long. Tant pis, je n’ai pas bien le choix. Cette activité m’est secondaire.

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3 semaines à Tugela Ferry (I) 11 septembre 2010

Classé dans : Non classé — admin @ 14:30

English Greetings : Zulu Greetings :
Hi!  : Sawubona! (to a person) Sanibona! (to persons)
Good morning! : Sawubona! (to a person) Sanibona! (to persons)
Good evening! : Sawubona! (to a person) Sanibona! (to persons)
Welcome! (to greet someone) : Ngiyakwemukela! (to a person) Ngiyanemukela! (to persons)
How are you? : Unjani?
I’m fine, thanks! : Ngikhona, ngiyabonga! / Ngiyaphila, ngiyabonga!
And you? : Wena unjani?
Good/ So-So. : Ngisaphila! / Angiphili kakhulu!
Thank you (very much)! : Ngiyabonga (kakhulu)!
You’re welcome! (for “thank you”) : Kulungile!
Hey! Friend! : Heyi! Mngani!
I missed you so much! : Ngikukhumbulile kangaka!
What’s new? : Zithini ezintsha?
Nothing much : Lutho oluningi!
Good night! Lala kahle! (to a person) Lalani kahle! (to persons)
See you later! : Sizobonana!
Good bye! : Sala kahle! (to a person staying) Salani kahle! (to persons staying) Hamba kahle! (to a person leaving) Hambani kahle! (to persons leaving)

Asking for Help and Directions
I’m lost : Ngilahlekile.
Can I help you? : Ngingakusiza na?
Can you help me? : Ungangisiza na?
Where is the (bathroom/ pharmacy)? : Likuphi (ikamelo lokugezela / ikhemisi)?
Go straight! then turn left/ right! : Qonda ngqo! Khona-manjalo jikela ngakwesobunxele / ngakwesokudla!
I’m looking for john. : Ngifuna uJohane.
One moment please! : Siza ulinde umzuzu owodwa!
Hold on please! (phone) : Siza ulinde umzuzu owodwa!
How much is this? : Kubiza malini?
Excuse me ! (to ask for something) : Uxolo!
Excuse me! ( to pass by) : Uxolo!
Come with me! : Woza nami!

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3 semaines à Tugela Ferry (II)

Classé dans : Non classé — admin @ 13:48

“COSH” pour “Church Of Scotland Hospital”.

Tell me the story about your three weeks at COSH.

L’Afrique du sud est un pays que j’apprécie, le simple fait d’y être allé chaque année ces trois dernières années en est un bon témoin.
Facilité par la présence d’amis de mes parents là-bas, quand l’opportunité d’y retourner se présente il m’est difficile de refuser. Alors j’y retourne pour toujours de nouvelles aventures…

Si de prestigieuses universités américaines comme Stanford ou Yale ont un programme d’échange avec cet hôpital, pour moi c’est bien différent. Je n’y suis pas allé de façon officielle, en suivant toutes les étapes dictées par une administration qui ne se laisse apprivoiser seulement par lettres et demandes en bon et du forme.
Point de tout ça, ce sont mes dernières vacances d’été, j’y suis simplement allé car je n’avais aucune raisons valable de ne pas y aller. (C’est tellement plus facile quand ça se passe de la sorte !)
Le beau projet de voyage pour cet été aurait du être l’Amérique du sud entre amis, sac à dos et randonnée, Bolivie Pérou… Une très mauvaise chute à ski (fracture T5, T7 et sternum) sur un mauvais backflip fin janvier en décida autrement, car nous sommes cinq mois après, début juin, il nous faut réserver les billets d’avion, je n’ai toujours pas eu mon dernier rendez-vous avec le chirurgien pour avoir son accord sur la reprise officielle d’une activité normale. De plus j’ai toujours des douleurs au dos, et je ne me vois pas trop porter mon sac à dos pour les deux mois d’été.
L’année touche à sa fin, les examens sont terminés, la troisième année de médecine est validée malgré tout le temps passé allongé suite à mon accident (vive internet). Nous sommes à la mi-juin, je termine mon mémoire de master sur les résistances aux antipaludiques et je ne sais toujours pas de quoi sera fait mon été.
Un soir, je reçois un appel de Papa qui m’annonce une nouvelle bien sympathique.
Des amis sud-africains étaient passés chez les parents en fin d’année dernière. Et comme bien souvent entre parents, on parle des enfants, des études, des projets… Le fait est qu’ils connaissent un médecin travaillant dans une région rurale et très reculée. A force de discussion et je l’imagine ainsi, ils ont du proposer de prendre contact avec ce docteur pour m’organiser un séjour dans cet hôpital. Papa n’a bien évidement pas du refuser. Il m’en avait touché deux mots et si mon souvenir est bon je l’avais bien remercié et avais raccroché le téléphone, content mais retournant de suite sur mes cours car c’était en période de révisions intenses.
Ainsi, ce soir de juin, Papa m’annonçait que ces amis en question avait donné une réponse positive pour partir travailler dans cet hôpital, que j’étais le bienvenue, qu’il y avait un boulot énorme et que par conséquent le médecin était plus que ravi de recevoir des étudiants en médecine…
Bref j’avais refusé un projet humanitaire au Mozambique pour partir en Amérique, il n’y a plus d’Amérique, alors pourquoi pas l’Afrique du Sud, encore.
Un petit problème se posait, celui du financement du billet d’avion, un « ne te fais pas de soucis pour cela » régla la question rapidement. Me voila donc parti pour ce petit hôpital pour le mois de juillet 2010.

J’avais décidé de me remettre à écrire un peu car sachant que quoi qu’il arrive, j’allais vivre une expérience unique et intense, une première.
Mais pour dire vrai je ne savais pas trop à quoi m’attendre : un hôpital très reculé où j’allais rencontrer plutôt « une médecine de brousse ». Je m’étais rapidement informé sur le site internet de l’hôpital puis jeté un coup d’œil avec google street sur ce Tugela Ferry en question mais rien de bien particulier. Suite à échange de quelques mails avec une étudiante australienne y ayant fait un stage il en ressortait que j’allais vraiment gagner en expérience, être capable et même poussé à faire des gestes, à être docteur tout seul. C’est cet inconnu qui était à la fois effrayant et excitant, tu pars être médecin à l’autre bout du monde. Awesome !

Arrivé sur le sol Sud Africain, on me communiqua le numéro du docteur, n’ayant pas encore de portable, c’est d’une petite cabine téléphonique que je passa l’appel, « Hello, I am the french medical student… – You are more than welcome, we are waiting for you, when can you come ? – Monday morning ? (Sunday was the soccer world cup final) – On Monday morning we are very busy, if you can come in the early afternoon it would be perfect – Ok I’ll be there, thank you very much – see you on Monday. » And that’s it ! easy, isn’t it ?

Avant de partir j’écrivais :
« J’attends mon chauffeur. Ce sera trois bonnes heures de voitures pour aller dans un des endroits les plus reculés d’Afrique du Sud. Pauvreté, vaches mortes et chèvres désossés dans les bas coté, violence et criminalité très élevé, un des points chaud du pays – Tugela Ferry – Church of Scotland Hospital. De tous les échos que j’en ai entendus, je vais vivre quelque chose de très très fort. J’appréhende un peu :
- Primo, serai-je à la hauteur ? Je ne suis qu’en fin de troisième année.
- Secundo, 80% des patients sont séropositifs et ils ont là bas des souches de tuberculose parmi les plus résistantes aux traitements conventionnels. Je devrai porter un masque dès la porte de l’hôpital passée et ne plus le quitter pour tout mon séjour.
- Tertio, c’est un hôpital où les gens viennent en dernier recours dans la plupart de cas et bien souvent pour y pour mourir, je serai donc au cœur d’une souffrance comme très rarement ailleurs. »

A partir de cet échange téléphonique je m’étais imaginé la personne, mais à mon arrivée, rien n’était à l’identique. Ce docteur personne ne peut l’imaginer, il faut le voir pour se le concevoir. Je dis ça car c’est vraiment l’effet que ça m’a fait. Dr Theo van der Merwe, Africans pure souche, petit mince et à lunettes, la cinquantaine grisonnant à la démarche particulière… Plus tard je découvris ce médecin plus amplement : une senior medical rockstar de la brousse !!! Le genre de médecin qui est simplement bon en toutes les qualités qu’un médecin doit avoir. J’en dirai plus par la suite.

Je pensais pouvoir écrire un peu chaque soir mais la journée commençant à 7 heures et se finissant à 21 heures, je n’en ai pas eu vraiment le temps. Alors c’est une fois mon séjour terminé que je prends un peu de temps. Je pense que la clé d’un bon carnet de voyage est de savoir retranscrire correctement les paysages de choses traversant notre regard. Nous voyons presque à 180°, nous extrapolons milliers d’informations, d’intentions à la seconde. Cela fait donc beaucoup à écrire. Il faudra savoir ne choisir que les anecdotes les plus épiques, les rencontres les plus atypiques, les décors les plus insolites. Les photos nous aident grandement en cela qu’elles figent les scènes. Les films les animent alors dans l’idéal il faudrait faire un film de ces trois semaines, ce qui ne serai pas bien compliqué tant de fois j’aurai pu me croire, au cœur de l’action, acteur dans une série médicale, mais non, c’était bien réel ! Mais même avec un film on ne peut que très difficilement retranscrire les sentiments, les impressions, les joies…
Un simple exemple : énorme abcès du genou. Le scalpel dans la main droite, compresses dans la main gauche, le docteur me dit « cut ! ». Une photo de la jambe n’a pas grande importance, une photo de moi ouvrant cet abcès non plus. Un film de la lame parfaitement aiguisé perforant sans difficulté cette énorme poche de pus peut être assez marrant mais de même, cela ne peut retranscrire cette émotion que l’on a quand, pour une des premières fois, on ouvre la peau sur une dizaine de centimètre avec assurance et délicatesse…
J’ai donc chaque soir simplement noté les « meilleurs cas », médicaux ou chirurgicaux de la journée et en voila une courte liste, bien évidement non exhaustive.

Avant de raconter mes histoires, il me faut préciser quelques points.

Cet hôpital couvre une région de plusieurs centaines de kilomètres et regroupe environ 160′000 âmes. 14 cliniques distribuées dans la région, tenues par des infirmières et visitées une fois par semaine par un médecin assurent les soins de routine et le premier relai avant l’hôpital. C’est la province la plus pauvre du Kwazulu-Natal et la seconde plus pauvre d’Afrique du Sud. Le pourcentage de séropositifs avoisine 40 voire 50% de la population générale et va même jusqu’à 90% sur la tranche 15-25 ans. C’est un des épicentres mondial de la tuberculose, en particulier par la présence de souches résistantes. (MDR, multi-drug-resistance et XDR, extreme-drug-resistance). Pour ces deux dernières raisons, cet hôpital a des partenariats avec de nombreuse université dans le monde, notamment aux Etats-Unis (aucun français par contre).  Ainsi j’ai rencontré des médecins, des chercheurs, des étudiants en médecine, des étudiants en épidémiologie, en anthropologie et même un professeur d’histoire de l’université de Pennsylvanie qui écrivait un bouquin sur la tuberculose. L’Afrique du sud est un pays développé et la plupart des hôpitaux de Johannesburg ou Cape Town sont similaire aux nôtres. Mais COSH est un hôpital rural bien différent : X-ray et échographie mais point de CT-scan ou d’MRI, petits moyens d’anesthésie mais pas de service de réanimation, un petit laboratoire pour les constantes de base… Le gros hôpital le plus proche étant à plus de 150km seul les patients en état critique y sont transférés. Mais pour le reste, à peut près tout est présent pour assurer les soins nécessaires à la population. Facile à énumérer, en plus d’une cuisine et d’une lingerie, chaque service a son petit pavillon d’une 40ène de lits:
une maternité comptant 300 à 600 naissances par mois,
un service de consultation de jour,
un service d’urgence,
un service d’hospitalisation pour les hommes, un autre pour les femmes,
un service de pédiatrie, un service de psychiatrie,
un petit laboratoire de médecine légale,
un service de male TB (tuberculosis) et un de female TB,
ARV clinic pour anti-retro-viral clinic, le service des patient HIV,
MRD clinic, pour les patients atteints de tuberculose résistante,
Et pour finir deux blocs opératoire et le Surgical Ward, MSW et FSW : celui où j’ai  passé la plus grande partie de mon temps. A posteriori mon préféré.
Le tout pour trois médecins à plein temps, et une dizaine de médecins venant passer un ou deux ans mais rarement plus longtemps et avec raisons… Accompagnée d’une bonne centaine de personnel soignant.
La ville en elle-même, n’est pas très grande, une seule rue de 2 km. Avec le centre commercial, l’hôpital est la principale activité. Le tout pour seulement trois familles blanches dans la région.

En juillet c’est l’hiver, le soleil se couche à 17 heures, à 17 heures 30 il fait nuit, à 19 heures c’est comme 1 heure du matin chez nous, plus personne dehors. On ne sort pas le soir, ce n’est pas safe ! Les gunshots qui se retrouvent à l’hôpital te le rappellent plus que sérieusement !
Ici c’est l’hivers mais l’hivers africain, du soleil tous les jours, le climat est clément, on supporte un pull le matin que l’on quitte l’après-midi.

Les infirmières portent un bel uniforme surmonté d’épaulettes ou s’alignent barrettes, médailles et récompenses qui t’indique leurs grades : de pupil nurse à sister. Pour nous, une simple chemise suffit avec bien sûr toujours le stéthoscope dans la poche. Nous n’avons pas d’habits formels, mais ta couleur de peau en dit déjà assez, triste à reconnaitre mais un blanc là-bas n’est pas un patient ! A vrai dire, si vous avez les moyens d’aller dans un meilleur hôpital pour vous faire soigner, n’hésitez pas une seule seconde !

A propos du docteur. Le détail à préciser est qu’il travail dans cet hôpital depuis 25 ans, son appellation de « senior » est largement justifiée ! En trois semaines j’ai eu l’impression d’en voir déjà beaucoup, en une année on doit en voir bien plus, en 25 ans je pense que l’on a tout vu ! Un mort n’est jamais banal mais disons que quand on en a vu des centaines mourir sous ses yeux ça ne fait pas le même effet que lorsque c’est le premier !
Il est tout simplement spécialiste de tout ! Neuro, gastro-entéro-hépato, ORL, cardio, pneumo (expert en TB), néphro, uro, psy, pédia, gyneco, ophtalmo, HIV specialist, urgentiste, dentiste… et en plus, excellent chirurgien en tous genres, de l’obstétrique à l’orthopédique en passant par la plastique !
Et si ce n’était que ça, mais il est aussi adoré par ses patients. Très humain avec un sens de l’humour bien particulier mais efficace quand tu vois les dix patientes d’un des petits pavillons de chirurgie en fou rire sur une remarque faite à propos des trous que les Zoulous se font dans les lobes d’oreilles !
J’ai adoré ce proche contact avec les patients, mais je dirais hélas et bien évidement c’est une question de culture. Il est important de toucher le patient au moins une fois par jour pour lui montrer notre présence et notre attention. (Ça peut être très difficile quand on a 150 patients à voir !) Quand cela se fait par exemple en chatouillant sous le bras un papi à qui on a amputé la main la veille, cela choquerai bien sûr en France mais ici, pour le patient, cela traduit plutôt un « ce médecin m’sauvé la vie mais il est proche de moi ». Autre détail original, dans la culture zoulou, si le patient a eu une grippe, guérit, la semaine suivante il te dira « je suis passé tout proche de la mort », tout est amplifié ! Alors imaginez lorsqu’ils passent vraiment tout proche de la mort, ce qui arrive malheureusement très souvent.

Même s’ils payent l’équivalent de deux euros pour une journée d’hospitalisation, ils restent très conscients qu’être hospitalisé et avoir accès aux soins n’est pas un du. Il en découle, même en état de grande douleur, et cela pour la totalité des patients, une immense reconnaissance du soin qui a disparut en France. Cela ajoute à la pratique quotidienne une ambiance conviviale et agréable !
Difficile à décrire mais pendant ces trois semaines j’ai vraiment pu sentir cette proximité médecin/patient qui est beaucoup moins présente voire parfois complètement absente dans nos hôpitaux, bridée par bien trop de paraitre et de formalité. Les grand-mères sont toutes des « Gogo », les grand-pères des « Baba ». Un coté paternel très justement dosé dans une relation parfaitement professionnelle.
Pour en revenir au médecin, en tant que senior, continuant son occupation, il passe un bon tiers de son temps au téléphone, répondant aux hésitations diagnostiques, aux conduites à tenir dans tel ou tel cas… Souvent même il est contraint de quitter son service, la chirurgie en l’occurrence, pour aller prendre soin de patients compliqués. En pleine amputation, scie en main, il décroche toujours, téléphone tenu à son oreille par une infirmière « euh, je suis vraiment désolé mais je suis un peu pris, j’arrive dès que j’ai fini ici… ». En plus des appels courants, chaque jour j’attendais l’appel pour la situation d’urgence et chaque jour cet appel arrivait, une ou plusieurs fois. A vrai dire j’avais le choix d’aller accompagner d’autres docteurs ou de rester avec lui, le suivre et l’assister mais je savais que quoi qu’il arrive ailleurs, si c’était un cas intéressant et délicat il y serait appelé ! Alors j’ai donc passé mes trois semaines avec lui de 7 heures 30 du matin à 18 heures voire souvent 22, 23 heures, petite demi-heure pour le déjeuner, petite demi-heure pour le diner.

J’ai beaucoup, beaucoup appris !

J’ai vu des choses que je pense peut-être ne jamais voir en une carrière en France. La présence d’armes à outrance associées à braquages pour une petite centaine d’euros et à vengeances sans limites (et même encore à l’utilisation de tueurs à gage) ou encore la présence de sorciers, de guérisseurs traditionnels dont les concoctions font bien plus de mal que de bien : voici deux exemples qui posent là-bas un problème récurent mais qui sont seulement du domaine de l’exceptionnel en occident.  Les hommes restent des hommes et un mal de ventre reste un mal de ventre mais tant de différences politico-socio-culturelles proposent une médecine assez différente. De plus le sida aggrave pratiquement systématiquement les pathologies

Si parmi ces cas, certain peuvent paraître sans aucune originalité tout à fait banals pour l’habitué, ils ont été particulier pour moi. Par leur contenu, par leur concentration dans le temps, par la façon dont ils se sont déroulés, par leur singularité ils ont marqués mon séjour. Pour certain d’une manière telle que je peux sans aucune difficulté me souvenir de chaque détail et que pour sur, cela raisonnera dans ma mémoire pour longtemps !

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3 semaines à Tugela Ferry (III)

Classé dans : Non classé — admin @ 13:47

Amputation du majeur

Celui-ci est assez épique.
Prenez votre main droite paume face à vous. Écartez le plus possible vos doigts. Imaginez vous maintenant un abcès qui part de la racine jusqu’à la pointe du majeur et qui vient toucher d’un coté votre index, de l’autre votre annulaire. Un petit panaris de l’ongle fait bien mal, pas besoin de beaucoup d’indices pour deviner la douleur de ce doigt et croyez moi, elle souffrait ! Traiter cet abcès était donc primordial. Évacuation du contenu, lavage du site sceptique, antibiothérapie. Pas besoin du bloc opératoire pour ce petit geste, simplement la salle d’urgence qui possède une table convenable. Il est environ 20 heure, une ambiance particulière règne dans l’hôpital, il fait nuit, beaucoup de patients dorment déjà, tout est plus calme, on est passé aux équipes de nuit depuis 17 heures. Le médecin et moi partons chercher la patiente au service de chirurgie, puis c’est une petite cinquantaine de mètres à pousser le brancard pour arriver au pavillon des urgences. Les deux salles sont toutes occupées ! Pas de place pour notre opération. On trouve une autre petite salle, elle restera sur son lit et un chariot fera l’affaire pour qu’elle y étende son bras droit. Figurez-vous la scène. La patiente est allongée sur son lit, penchée sur son coté droit, le bras droit allongé, l’autre derrière sa tête. Je commence l’asepsie pendant que le médecin prépare ces anciennes seringues à recharges en verre pour l’anesthésie locale. La patiente regarde avec attention mes gestes, plisse les yeux et serre les dents quand ma compresse passe entre les phalanges voisines de son index, assez particulier et je dirais même vraiment cocasse et unique ! Faites l’essai, allongez vous confortablement sur le coté, étendez votre bras, fixez votre main, vous êtes parfaitement conscient, imaginez-vous maintenant qu’on va vous opérer l’index. Je ne sais pas mais je crois vraiment que je préfèrerais ne pas regarder !
Le médecin injecte ensuite le produit, dont j’ai oublié le nom, trois minutes plus tard, le doigt n’est plus sensible. Lame dans le porte lame, nous pouvons commencer. Continuez à vous imaginez la scène : comme la patiente, face à vous, je vais ouvrir votre doigt. Vous paraissez très captivé, presque fasciné par ce qui est en train de se dérouler au bout de votre membre ! J’ouvre ! Un abondant pus s’écoule de ce petit centimètre, pour venir largement tacher le champ stérile… j’attrape rapidement une cupule et la place sous le doigt. De consistance plus liquide que de la crème fraiche, plus dense que de la crème anglaise, marron foncé couleur capuccino ! Une fois vidé, nous nous apercevons que le doigt est très mauvais état. Toujours sous les ordres du docteur je continue soigneusement d’ouvrir, les deux dernières phalanges sont complètement mortes, l’os est totalement rongé par l’infection. J’enlève les morceaux de chaire morte. Sans difficulté je me rappel de son visage : sans émotions, sans sensations, simplement spectatrice de sa dissection ! J’en ai mal pour elle rien que de le raconter, quand on vit la scène, on ne pose pas de questions, on fait ! Du sang un peu partout, plus de peau, plus de muscles, plus de tendons jusqu’à mi-distance de la première phalange seulement un bout d’os qui dépasse. Le médecin m’explique que l’attestation de consentement était simplement pour un abcès et non pour une amputation. Mais ici nous n’avons pas trop le choix : amputer maintenant ou laisser un bout d’os qui dépasse que nous devrons de toute façon opérer ultérieurement. Autant couper de suite me dit-il. Il me demande mon avis et pour lui répondre un sourire approbateur suffit. Il en discute alors avec la patiente. Ce moment est vraiment extraordinaire : « madame, comme vous pouvez le voir, votre doigt n’est pas en très bon état, je n’ai pas trop d’autres option, puis-je vous l’amputer ? », « allez-y, de toute façon je ne m’en servais déjà plus ! ». Nous n’avions pas prévu le matériel nécessaire alors je cours au bloc alors chercher un pince à amputer les doigts… Là tu te dis que tu vis quand même un truc assez énorme !
De retour, j’enfile un nouvelle paire de gants, prends la pince en main et coupe net à la racine de son l’index, et c’est phénoménal : elle regarde toujours !

Psychose post partum

Le service de psychiatrie est voisin de celui de chirurgie. J’aimais d’ailleurs pas mal sortir prendre un peu de soleil à l’entré du service. Les « fous » d’en face, bras traversant les barreaux de leur fenêtre m’appelaient alors par un : « doctor, doctor, doctor… ».
En psychiatrie, nous y passons en cumulé une petite demi-heure par jour pour deux ou trois consultations qui se prolonge le plus souvent par une hospitalisation. C’est ce qui était vraiment génial, en une journée, on quittait le bloc opératoire pour la pédiatrie en passant par une consultation de psychiatrie… Ce jour, le médecin est appelé pour un cas assez intéressant une « post-partum psychosis ». Comme son nom l’indique c’est une psychose qui survient chez la mère après la naissance de son enfant. Cette pathologie est rare, moins d’une naissance sur 1000, soit environ tous les mois ou tous les deux mois ici. Cela peut prendre différentes aspects, plus ou moins graves avec différentes formes de délires et d’hallucinations. Bien traités, ces mères retrouvent dans la plupart des cas toutes leurs fonctions en quelques semaines.
Peu de choses ne me font peur, je crois que c’est ce que je ne comprends pas qui m’effraye et la folie en fait parti. Je crois que je préfère avoir un cancer que devenir fou ! Boum, du jour en lendemain tu pètes un câble et tu deviens fou. Flippant comme on dit !
Sa mère est assise mais la patiente de 17 ans elle est caché dernière sa chaise et à travers le dossier, le regard plus que craintif, inquiet et anxieux elle me regarde comme si j’allais lui sauter dessus. Situation assez spéciale. Elle pousse de grands cris, courts mais violents. Sa mère la regarde avec tristesse et compassion et nous explique son histoire : La nuit dernière elle a entendu une voix qui lui disait de s’assoir sur son nouveau-né et que ce dernier ne mourrait pas ! Par chance la famille a eu le temps de lui retirer le bébé qui n’a pas eu trop de mal. Elle pense aussi avoir une pierre dans son cœur. Le médecin s’adresse alors à la patiente en zoulou : « qu’en est-il de cette pierre ? », a peine sa question terminée, elle court en sursaut à la fenêtre, s’assied au sol dans le coin de la pièce, soulève son T-shirt, en respiration bruyante et tout en grimaces elle soulève son sein et essaye de s’arracher la peau pour tenter retirer ce caillou qu’elle parait vraiment sentir ! Après l’avoir calmé, je la palpe et l’ausculte, pas de bruits de cailloux ! La consultation se terminera par une prescription de psychotropes. (Dans ma poche gauche, coup d’œil dans mon petit carnet de médicaments…)
Je la revois le lendemain matin, elle est assise sur une chaise face à la fenêtre, immobile, le classique regard vide et sans émotion des patients sous médication. Je suis repassé vers midi, elle est toujours dans la même position, à 18 heures elle n’a toujours pas bougé : ces médicament vous détruisent vraiment le cerveau pour vous le guérir !
Encore un cas dont je me souviendrai !

Découverte fœtus (end of the day)

Les journées sont longues. On commence à 8 heures presque sans arrêt jusqu’à 19 heures. Mais ce soir là, il est 22 heures et nous sommes aux urgences « casuality » voyant un patient après l’autre. Les patients attendent dans le couloir, des infirmières remplissent simplement le motif de consultation puis ils nous arrivent. On suture, on plâtre, on prescrit, on perfuse… ainsi les patients s’enchainent à une allure folle, à peine fini, on en appel un autre… quand le cas est trop grave on hospitalise.
Il est 23 heures, je suis bien fatigué, nous voyons cette patiente qui se plaint de douleurs abdominales : « Abdomen soft, no mass, pas d’écoulements… ». Mon examen ne révèle rien de particulier. Elle a accouché il y a deux mois, elle n’a pas eu ses règles depuis. Le médecin me conseil de faire une échographie. Je m’exécute et vais chercher l’appareil. Sous ses directives, je commence mon examen échographique. Je ne visualise pas d’autres particularités qu’un utérus augmenté de volume. Après plusieurs petits ajustements d’angle apparait sur l’écran l’image d’un fœtus et d’un petit cœur qui bat ! Les mesures nous indiquent qu’il a déjà environ 6 semaines ! La mère ne s’y attendait vraiment pas et j’eu le plaisir de lui annoncer.
Là-bas, c’est la vie : Une bonne fille est une fille mère, la contraception orale n’existe presque pas. Ce fut pour moi une expérience toute spéciale, mon premier bébé !

Front défoncé, accident de voiture

Un autre soir aux urgence.
Après avoir traversé un pare-brise puis s’être fait amené à l’hôpital pas un ami, le jeune homme est allongé sur la petite table d’opération du service d’urgence. Après correcte désinfection, pince en main gauche, porte aiguille en main droite, la vue que j’ai est celle d’un archipel de petits d’ilots de peaux étendue sur une large région fronto-pariétale droite ! La forte lumière directive fait encore briller les fragments de verre mêlés à un sang déjà à moitié coagulé… mais sa vie n’est pas en danger, l’œil est préservé, les plaies sont superficielles mais très étendues : « it’s bad ! ». Le médecin est occupé sur un cas plus grave encore (fracture ouverte du fémur comme je n’en avais jamais vu). Alors seul, après avoir injecté un anesthésiant local, je me débrouille tant bien que mal aidé par mon infirmière pour refermer morceau par morceau, relier entre eux tout ces petits bouts de peau. Une bonne heure de suture !
En zoulou, quand on a mal on en crie pas « aille ! » mais « itchhh ! » ce patient semblait dire autre chose. Je demande la signification à l’infirmière qui me répond en souriant : « the girls, the girls… ».
Sa douleur était bien secondaire à l’effet que les cicatrices auront sur sa capacité à séduire ! J’avais donc un boulot très très important !!!

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3 semaines à Tugela Ferry (IV)

Classé dans : Non classé — admin @ 12:59

10 years old girl raped

Cette demi-heure de consultation est peut-être la plus chargée en émotions de toutes.
Simplement dit, pour certain hommes : la fille est une femme – la femme est un objet – l’objet se consomme.
Quand cette faiblesse est exploitée c’est toute la cruauté humaine concentré en un acte incompréhensible qui vient s’abattre lâchement sur l’innocence d’un être sans défenses.
Un enfant ne pourrait pas même concevoir un tel acte. Comment pouvoir alors lui infliger ? Cela dépasse toute intelligibilité car du domaine de la folie. Je suis contre la peine capitale, mais en ce qui concerne la castration et l’internement de tels barbares, pourquoi pas !
Son histoire est d’autant plus triste. Ses deux parents étant mort du SIDA, orpheline elle est élevée par sa tante. Les notes de son dossier ne sont pas claires sur les circonstances. Sa tante nous indique l’avoir trouvé seul hier soir pleurant à l’entrée de la hutte. Après l’avoir elle-même examinée, et constaté d’éventuelles traces lié au geste, c’est désemparée qu’elle amène sa nièce pour un examen de certitude, donné par l’avis d’experts que nous devons être.
Comment expliquer alors à cette petite fille que nous sommes là pour son bien. Grand médecins, grands hommes, en quoi sommes-nous différent de son bourreau sexuel ? Rien que de l’écrire cela choque !
La raison d’un enfant n’est pas la même de celle d’un adule. Sa compréhension des évènements ne peut pas se placer dans une relativité acquise par l’âge, ainsi son appréhension des situations ne peut-être comprise en termes et critères valables pour une personne adulte. Un enfant ne mesure pas la vie, les gens, les choses avec les mêmes dimensions que nous le faisons.
Elle pleure. Refuse tout examen. Même si nous avons un but plus bienfaisant, elle est parfaitement en droit de repousser une nouvelle fois une intrusion de sa pudeur. Après plusieurs minutes non de négociation mais d’exposition de la plus grande bonté de nos intentions l’enfant accepte. C’est avec tristesse que nous observons en effet rougeurs, égratignures et résidus témoignant de surcroit de la violence de l’évènement. Elle semble avoir compris que nous n’étions pas ce dont elle avait peur. Là notre travail s’arrête, une aide psychologique prendra le relais pour soigner dans le temps le traumatisme d’une telle sauvagerie.
La journée peut continuer nous sommes attendus au bloc opératoire…
PS : La population locale compose la communauté comme on l’appel là-bas « community ». Le regroupement d’individus en société implique une vie en relation. Cette vie est faite d’actes et c’est la conscience de ces derniers qui engagent la responsabilité de l’individu qui se voit alors redevable de chacune de ses actions… Les règles sociales : préceptes, lois ou traditions structurent cette société. Quand l’homme, dépourvu de son bon sens, commet une faute, cette communauté sera le traquer et le rappeler à l’ordre de ses actions. Il sera lynché et battu bien souvent à mort.
Le viol est un acte condamnable, le viol d’un enfant est l’est plus encore !
Mais s’il n’a pas le luxe d’en mourir, il arrivera à l’hôpital. Comment alors considérer ce patient. Ne mérite-il pas son sort ? En tant que médecin, couleurs de peau ou orientation religieuses ne comptent pas mais de tels antécédents criminels ne peuvent que très difficilement être occultés. Quand on sait la raison ses blessures, il est difficile d’en avoir une pratique sans distinctions. J’ai vu des médecins refuser le soin, j’en ai vu d’autres soigner à contrecœur. Je n’en ai pas été témoin pendant mes trois semaines mais le docteur me fit part qu’en général, les infirmières (remerciées par la communauté) négligent volontairement ces patients qui viennent alors à mourir bien rapidement !


Anesthesie spinale / Caddle block

En France, entre la troisième et la quatrième année de médecine, tu es toujours externe. Cela veut tout simplement dire que tu passes une demi-heure à classer les examens : hématologie, biochimie, immunologie, examens particuliers… et ce, tous les jours et pour chaque patient, alors que cela ne sert à rien car personne ne les consulte, tout est informatisé… Tu vois les nouvelles entrées, tu fais ton observation mais l’interne fera surement la sienne et tu ne serviras donc encore à rien. Mais tu apprends, et le système veut qu’une qualité de soin parfaite soit dispensée aux patients – ce qui est parfaitement compréhensible – alors tu feras des gestes, tu prendras des décisions seulement quand tu seras médecin. Dans la mesure beaucoup de monde tant mieux ! Il y a un Professeur, chef de service, un professeur hospitalier, un ou deux assistant chef de clinique, quelques internes, des externes de 4, 5, 6ème année au dessus de toi, d’ici à ce que tu fasses quelque chose, du temps passera. Là-bas, comme je le disais, il y a dizaine de médecins pour 170000 habitant soit en permanence plus de 500 patients. Pour fonctionner correctement il leur en faudrait dix autres. Ainsi, ce n’est pas qu’on te laisse faire sans formation, non, on te montre une fois, deux fois, la troisième fois tu fais assisté, la quatrième seule !
Patronage agréable, jamais je n’ai senti que le médecin m’aurait laissé agir sans qu’il eu su que j’en sois vraiment capable. Et toujours je le savais présent si le besoin s’en faisait !

Autopsies 7 dans golf 6 décès

Après ça je pense pourvoir voir à peu près n’importe quoi.
Tous les jours c’étais pareil, petit déjeuner à 7 heures, déjeuner… 13 heures en théorie. C’était plutôt 13 heures 30 – 14 heures. D’habitude, je ressens une petite faim a partir de 10 heures, à midi j’ai vraiment faim à 13 heures je ne peux plus tenir. Là-bas je n’avais jamais faim. En voici peut-être une des raisons.
Matinée bien chargée. Nous rentrons déjeuner pour une petite demi-heure, riz n’ chicken ou chicken n’ riz, always the same ! Africans, pas français mais bon quand même.
Je ne sais pas si c’est volontaire mais le Dr VDM a attendu que nous soyons de retour à l’hôpital pour me dire ce que nous allions faire cette après-midi. Autopsie décès de la veille.
Tugela Ferry est une vallée et pour y parvenir il y a un longue, très longue descente. Une terrible accident était arrivé il y a deux jours. 7 jeunes vraisemblablement sous l’emprise de l’alcool était casés dans une petite golf. Avec surement une vitesse importante il avaient eu un terrible accident : Choc frontal dans un combi. Dans la golf, 6 des 7 passagers étaient décédés.
Je savais qu’il y avait eu un cet accident car le conducteur du minibus et le rescapé de la golf était arrivé avant-hier en fin de journée au surgical ward. J’avais fait leur examen.
Je savais qu’il était tout type de spécialité mais il m’avait jusque là caché qu’il était aussi médecin légiste.
He just told me : « it’s very bad, can you handle it ? » and I just answered : « we will see ! ».
Nous entrons, les deux premiers corps sont déjà allongés sur les tables. Effectivement c’est assez gore ! Bien différent des dissections d’anatomie de deuxième année où l’on nous propose des corps vieux mais en parfait état.
C’est beaucoup de paperasse, un travail d’expert. Pour des raisons médico-légales, il s’agit de définir avec exactitude la cause de la mort.
Dois-je décrire en détail ce spectacle morbide ? Quelques détails peuvent être spéciaux !

à completer

-Oreillettes explosé
-Rupture diaphragmatique estomac dans les poumons
-Hémorragie diaphragmatique

J’adore la chirurgie, je ne sais si c’est une partie de sa définition mais on ne peut parler de chirurgie pour une autopsie, rien de compliqué. Aucun souffle de vie n’est présent. On ne répare pas, on ne soigne pas. On déshabille, après un examen de l’état cutané puis osseux et articulaire, on ouvre du cou au pubis. On constate puis on referme.
Autant en pendant une opération un peut ressentir une petite excitation, autant là, cela n’apporte absolument rien. Plus vite c’est fini mieux c’est !

Les deux pendus qui suivront paraîtront « bien moins mort »

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3 semaines à Tugela Ferry (V)

Classé dans : Non classé — admin @ 11:14

Head gunshot, prayer, surgery

J’ai précédement mentionnée que le port d’arme était malheureusement une condition nécessaire à citoyenneté de la région ou mieux dit : J’habite la région – j’ai un flingue ! Tout le monde en possède une, du petit revolver au fusil d’assaut. Tes frais d’assurances diminuent si ta propriété est entourée d’une double barrière de barbelé, pour le port d’arme c’est identique.
Utilisé comme objet de défense, de dissuasion pourquoi pas, surtout qu’en avoir besoin peut ne pas être une exception.
En France, avoir une arme est simplement interdit, si autorisation il y a c’est dans un cadre très restrictif et c’est tant mieux. On ne peut alors comprendre la problématique que cela pose, en Afrique du Sud en général mais tout particulièrement dans la région de Tugela Ferry, réputé pour son extrême violence.

Cette ville a deux choses, son « centre commercial » et son hôpital mais on pourrait en rajouter une troisième : sa mission. Petite mais suffisante, on y trouve donc une église, une école, un orphelinat, et… une petite boulangerie. Comme très souvent les hôpitaux sont les fruits du travail de missionnaires volontaire émigrées. Church of Scotland Hospital fut créé de la sorte à la fin du XIXème. Il y a une petite dizaine d’année, le corps infirmier était encore dirigé par des bonnes sœurs écossaises !

C’est mon avant-dernier jour. Le jeudi matin, comme tous les jeudis matin nous avons le « doctors meeting » pour discuter des cas médicaux intéressant de la semaine, en encore pour amener des demandes, soulever des remarques comme la pénurie de masques en prévention de la transmission de la tuberculose…
La courte réunion se termine et chaque médecin repart dans son service, je suis toujours le superbe Dr VDM.
Il me semble que nous commençons ce matin par le service de chirurgie, voir les nouvelles entrées, évaluer l’état des opérations de la veille. Quand arrive la fameuse urgence quotidienne, celle que j’aime. Cette fois c’est du lourd !!! Du très lourd !!! Fusillade à l’orphelinat !!!

On ne quitte pas l’enceinte de l’hôpital après 17 heures, le soleil couché. Tu peux tenter le coup mais c’est à tes risques et périls. Il suffit qu’un pick-up passe et si l’envi lui en prend tu te prends une balle entre les deux yeux ! Mercredi soir est la dernière soirée possible que « les américains » ont choisi pour me faire un diner d’au revoir commun avec une autre étudiante. Il est 21 heures, on bon 3 heures du matin chez nous, Personne nulle part, couvre feu quotidien.
Le médecin chez qui je restais m’avait donc fortement déconseillé de rentrer à pied. Grand, fort et tout plein de bonnes intentions, je décide après l’avoir appelé de marcher une petite centaine de mètres dans sa direction.

La fusillade qui aura lieu le lendemain est en face la résidence du Docteur, à cinquantaine de mètre où j’avais marché seul. Pour aller à l’hôpital nous étions passés juste devant. Les tirs ont eux lieu aux alentours de 9 heures, à une heure près ils étaient pour nous !

L’anamnèse est toute particulière ! Quatre hommes sont venus pour braquer la boulangerie qui se trouve dans l’enceinte de la mission (pour une petite centaine d’euros). Tout se passait pour le mieux mais en partant, une voiture entre dans la mission et leur bloque le passage. Pris de panique ils ouvrent le feu ! Le conducteur, un jeune d’une trentaine d’année a le temps de sauter hors de sa voiture et de s’y cacher de son mieux. Doit-on parler de miracle ? Pourquoi pas quand on sait la suite de l’histoire et que l’on voit sa voiture criblée d’impacts ! Les braqueurs ont réussit à s’enfuir. Notre homme arrive lui à l’hôpital, entre nos mains.
Ce n’est qu’avec une seule plaie qu’il se présente. Une seule balle toujours à l’intérieur ! Quand nous retirons les compresses toutes imbibées d’un mixe de sang frais et coagulé, c’est une courte ouverture saignant à profusion que nous découvrons avec une oreille dans un bien mauvais état…
Très vite les radiographies sont disponibles. « Waow ! » Fut ma première réaction ! Un waow compassionnel c’est certain mais aussi expressif tant par l’image de la radio que par la singularité de ce que je suis en train de voir (et dans ma tête : un « cool ! Mon premier head Gunshot,  headshot ! »). Nous ne savons pas encore toute l’histoire mais la balle est bien présente. Par l’aspect de la balle, bien écrasée nous nous orientons vers l’hypothèse d’un ricochet. Cet homme est très très chanceux, à quelques millimètres près il y restait !
Après une petite concertation, opérer maintenant ou transférer ? De quelle manière ?… Les 25 ans d’expérience du médecin font vraiment de lui une star de la brousse ! C’est sans aucunes hésitations qu’il me dit « je peux le faire, qu’est-ce que tu en penses ? », « let’s save this chap’, let’s remove the bullet ! »

Mais avant de démarrer, c’est lentement que la famille entre dans la salle. La mère et les deux sœurs. Les trois se placent à sa droite, silencieuses. Nous sommes en face. J’en ai presque les larmes aux yeux à l’écrire tant je me souviens de la profondeur de ces instants. La mère prend de ses deux mains la main de son fils et la tient fermement toujours dans un silence tout particulier. Il la serre en retour, incline la tête. Une des deux sœurs parait plus forte, l’autre ne peut retenir ses larmes. Des larmes de compassion mais surtout des larmes d’amour, des larmes d’un dernier adieu qu’elle sait probable, des larmes que je crois n’avoir jamais vu auparavant.
Sur une échelle d’émotion de 1 à 10 c’est incontestablement un 10 pour elles. Mais pour moi, médecin, je suis sensé être fort, professionnel, ne pas le prendre émotionnellement, en tous les cas ne pas le montrer. Je sers les dents, détourne le regard et prends une respiration ample. Croyez moi, ce n’est pas une tache facile !

C’est sans plus tarder que nous nous préparons à opérer. Je commence la désinfection mais dois de suite m’arrêter, c’est cette fois le pasteur de la mission qui entre dans la salle d’urgence et constate les conséquences de l’évènement. Il demande la permission de faire une prière avant que nous commencions l’opération. C’était en Zoulou et je n’ai pas compris un seul mot. Le médecin m’en fera la traduction : « remercier pour le miracle que cet homme soit encore en vie, bénir nos mains et nos gestes, implorer la réussite de l’opération et dans une éventualité sombre, accepter au paradis l’âme de ce jeune homme. » Le tout en une minute mais quelle longue minute ! Que d’émotions encore quand tu as devant toi une telle scène, mais que tu n’es pas acteur car ce n’est plus un jeu, c’est vrai, c’est réel, c’est maintenant, c’est avec moi, j’y suis présent et j’y assiste activement !

Trajet temporal superficiel, petite incisure en regard de la balle, connaitre son anatomie est alors fondamental !
Et je dois avouer que je situe l’artère faciale et la plupart des structure mises en jeu dans cet accident, je peux retracer le trajet de la balle et évoquer les lésion causés, osseuse ou tissulaires mais j’ai bien du mal à être précis sur l’anatomie de la face et du crane. A ce moment je m’en veux assez de ne pas avoir assez travaillé mes cours de deuxième année. Quoi qu’il en soit, la balle est logée profondément et ce n’est pas sans difficulté que nous arrivons à l’extraire. Puis tenue au bout de ta pince entre le visage et le plateau, tu ne peux t’empêcher d’avoir tout d’abord un sentiment bizarre procuré par la détention d’un objet très particulier, pas tout à fait ordinaire et plutôt original ! Secondairement, même si tu n’a fait qu’assister, tu ressens à ton insu un autre sentiment, celui d’une fierté sans orgueil, d’un contentement pur et simple. La présence d’un mort incite une tristesse qui conduit au recueillement – la présence d’un vivant et de sa balle dans ta main, incite au contraire du recueillement. Je n’en suis pas sûr mais ce doit être une forme de joie, sensation nouvelle et bien agréable.

La balle retirée, le ciseau peut prendre la trajectoire cette dernière, enfoncé dans la pommette il ressort à l’oreille ! De plus le plancher orbitaire est fracturé, un peut refouler directement l’œil par cet orifice. Il nous faut maintenant nous occuper de l’oreille et c’est plus de la chirurgie de reconstruction plastique ! Il en manque quelques morceaux et l’hélix est tout à refaire. Un de chaque coté de la tête, je contrôle l’oreille controlatérale et lui indique quel bout accrocher où. Au final, les deux seront presque identiques, la nouvelle un peu plus petite, quand on voit le résultat, je trouve que l’on s’est pas mal débrouillé !

Le patient est stable, nous continuons la journée ! Notre emploi du temps encore une fois bien chamboulé.

Ah oui ! Dernier détail que l’infirmière a l’air de s’en inquiéter et de prendre cela très au sérieux. Il a vu les braqueurs et si ces derniers le savent en vie, ils viendront l’achever ! (c’est déjà arrivé !) Il est quand même transféré au service de chirurgie, en chambre seule.

Le soir nous allons le voir. Nous retirons délicatement compresses et bandages noyés de sang. La plaie est belle, pas de gonflement particulier mais un saignement persistant à l’orifice d’entrée. Pendant que nous l’examinons, en l’espace de quelques secondes, il a chaud très chaud, s’assoie, retire ses couvertures puis vomi sans prévenir et à profusion – douleurs ou engagement cérébral – une fois fini et plus impressionnant encore ses yeux se retournent et il part pour l’espace de deux petites secondes en une spectaculaire convulsion qui le ramène allongé ! Point conscient de ce qui vient de se passer, il nous dit se sentir beaucoup mieux. Nous replaçons un bandage, très compressif cette fois-ci. Tout cela est assez impressionnant ! Il parti le lendemain. Mon stage s’est terminé et je n’ai pas de nouvelles de son état.

Le lendemain, avant de partir d’urgence passer un scanner cérébral (2 heures d’ambulance !) le patient était dans meilleur état et il nous expliqua. Il sortit de sa voiture, se cachant accroupi et la tête entre les bras, la balle a du passer à travers la fenêtre puis le siège puis la porte avant d’entrer dans sa tête par son oreille.

Je me suis imaginé la situation, c’est un film, non c’est la réalité ! Au mauvais endroit au mauvais moment.

Plus tard dans la journée je demandais au docteur s’il avait lui une arme. Il me répondit en souriant que oui, comme si c’était son petit secret et qu’un médecin ne se devrai de posséder un telle objet de destruction massive.
Je lui demandais alors s’il avait le cran de s’en servir. Il me répondit que si sa famille était menacée directement il le ferait !

Accouchement difficile, refus 5 cm, ventouse

Veni, vedi, juvo as are juvi jutum – je suis venu, j’ai vu, j’ai fait plaisir !

Voir, assister ou faire accoucher son premier bébé, c’est pour sûr un moment fort et phare pour chaque étudiant en médecine ! C’est par exemple en deuxième année que l’on voit ses premiers morts mais je n’ai pas la moindre idée de l’année où en moyenne on voit son premier accouchement. Quoi qu’il en soit, pour ma part, j’étais arrivé en fin de troisième année de médecine sans n’en avoir vu aucun ! Pas de stage en obstétrique ni de détour en salle d’accouchement. Non que je ne veuille point en voir, mais je n’avais jamais pris le temps ou saisi l’occasion pour aller assister à cette magnifique ode à la vie !

La maternité est un des plus importants services de l’hôpital. Elle compte environ 300 accouchements par mois avec un détail amusant et révélateur : ce chiffre peut gripper à plus de 1000 pour septembre/octobre suites aux fornications à démesure du nouvel an ! On y retrouve une salle d’accouchement toute en longueur avec une dizaine de petits cubes en U alignées et fermées par un simple rideau. À l’intérieur, un lit et tout le matériel nécessaire. Il y a aussi des salles pré et post accouchement. J’y étais passé en début de stage pour me présenter mais une semaine s’était écoulé sans que je n’ai l’occasion d’y retourner. Donc toujours pas d’accouchement.

J’ai déjà fait mention des appels d’urgence que le médecin recevait et que j’attendais systématiquement avec un drôle de plaisir tant je savais que c’était la plupart du temps très atypique, jamais ordinaire et parfois cocassement original. Il me semble que nous faisions le tour en FMW female medical ward et cette fois là, c’est la sage-femme un peu paniquée qui appelle : « La jeune future maman était en train d’accoucher, la tête du bébé était déjà sorti de 5 centimètres, tout se passait bien mais elle a soudain décidé de ne plus accoucher. Elle a donc « ravalé » son enfant et est descendu du lit ! Peux-tu venir m’aider ! ». Ainsi nous partons à leurs rescousses, rescousse la sage-femme mais surtout rescousse de la mère. Mon premier accouchement s’annonçait donc tout spécial !

Il est vrai que la sage-femme, belge si mon souvenir est bon, malgré ses quelques mots zoulou, avait une communication assez réduite avec sa patiente et malgré les nurses présentes, le problème n’arrivait pas à se résoudre. Arrivés sur place nous constatons la scène. La mère est en douleurs, debout et pliée en avant les bras posés sur le bord du lit, en respirations amples et bruyantes. Elle refuse toute aide.

Devant une situation si délicate, une des vraies grandeurs d’un bon médecin peut alors se révéler. Celle de la communication dans  la relation médecin-patient utilisée ici pour une bienfaisance sans équivoque. C’est par la puissance d’un excellent discours qui manifeste toute une splendeur de persuasion qu’en moins de cinq minutes, la voilà de retour sur le lit. Par chance elle a toujours des contractions. Nous nous engageons vers un accouchement par ventouse ou Vacuum extractor. Il s’agit d’une cupule sur laquelle on branche un dispositif d’aspiration. Simplement dit, le principe d’un tel instrument est de se coller à la présentation de la tête, pour permettre à l’opérateur d’avoir un effet sur la progression de celle ci dans le défilé pelvien. On la rentre par l’orifice vaginal non encore dilaté puis on la pose sur le dôme formé par le crâne fœtal. Dans tous les cas, la ventouse n’est pas un instrument qui permet de tirer vraiment l’enfant vers la sortie, elle se décollerait. Elle permet de conserver l’acquis d’une poussée en empêchant la tête fœtale de remonter après l’effort de poussée, justement l’objectif ici. Elle laisse une marque sur le crâne de l’enfant qui correspond à un hématome et un œdème du cuir chevelu et qui disparaît le plus souvent dans les 4-5 jours mais croyez-moi, la ventouse retirée, l’empreinte est assez impressionnante !

Nous enfilons gants et tabliers de plastique, la sage-femme est à sa droite, le médecin ventouse en mains entre ses jambes écartées et je suis à sa gauche. Lui faisant face au niveau de son bassin, pli de son genou contre le pli de mon coude, je tiens d’un bras sa jambe élevée. De l’autre c’est plus elle qui me serre la main, je lui serre en retour. Pas de père pour accompagner cette mère. Elle me regarde, avec sur le coin de l’œil une larme qui n’est pour rien au monde une larme de tristesse, surement plus de douleur.

Et c’est parti : avec encouragements elle pousse, pousse, pousse… C’est une fille ! Et c’est beau ! C’est magnifique ! Assez sensationnel et intensément unique ! Pour la mère : soulagement peut-être, satisfaction surement, joie certainement ! Après tant de peine, voilà un sourire à ses lèvres quand elle entend pour la première fois les cris de son enfant…

Plutôt dans la journée, un homme du service de chirurgie était décédé d’une sévère insuffisance rénale. Une mort rapide, douloureuse et complètement injuste car largement évitable par l’utilisation d’une machine de dialyse que l’hôpital ne possède pas. Cet homme me restait dans l’esprit. Confronté chaque jour à des cas difficiles et bien souvent sans issues favorables, ce sont des moments comme ceux-là qui apportent une lueur grandement appréciable et vraiment bienvenue.

Autant il est dur et atroce d’assister à une mort, autant la naissance, l’autre extrémité de la vie vient le temps son acte entièrement et fort heureusement contrebalancer ce déséquilibre morbide.
On vient à manquer de superlatif, le meilleur adjectif est beau ! Réellement, ça l’est dans tous les sens du terme : beau de voir cette toute nouvelle et petite vie, beau de voir la mère, beau d’assister et d’aider à une telle scène. Mais aussi riche en suspense, accroché à l’incertitude liée au développement anticipé de cet événement encore inachevé. Également gracieux, élégant et très délicat, à la fois superbe et émouvant, largement généreux en émotions…

Mon image de ces moments est probablement plus vive qu’elle le sera quand je serai médecin et que de tels gestes seront presque banalité ! Mais pour sur, je me souviendrai de mon premier accouchement !

J’ai eu par la suite l’occasion d’en refaire d’autres, tous plus faciles mais tout aussi beaux.

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3 semaines à Tugela Ferry (VI)

Classé dans : Non classé — admin @ 10:15

Crise d’épilepsie nurse 130kg

La maladie épileptique est complexe et variée. Elle peut être partielle et ne toucher qu’une une petite région de notre cerveau avec un point de départ très précis de la décharge épileptique. Une faible population de neurones s’excite de façon anarchique se traduisant par des manifestions très focales. Par exemple ne donnant qu’une simple absence de quelques secondes. Simplement dit, elle peut aussi se généraliser à l’ensemble de l’encéphale, touchant en particulier le cortex moteur et c’est dans ce cas qu’on observera la fameuse crise tonico-clonique. Crise impressionnante voire parfois angoissante pour les spectateurs de la scène tant le patient parait empreint d’une force extérieure qui le secoue violemment et que ni nous ni le patient ne peuvent contrôler…

-Ma première crise en tant qu’étudiant en médecine était un matin de l’année dernière. Je partais comme chaque jour à l’hôpital dans un bus bondé et cet enfant à coté de moi depuis une dizaine de minutes m’intriguait car il n’avait pas un comportement habituel. Une façon de se tenir, de se comporter, une curiosité du regard qui ne semblait pas adapté. Pas handicapé mental mais simplement bizarre, difficile à décrire. Quand soudain j’ai vu sa tête comme se bloquer en arrière, ses yeux se retourner et tout son corps partir en tétanie… Il tomba au sol toujours secoué, sa mère criait « Sauvez mon fils !!! Sauvez mon fils !!! Mon fils va mourir !!! Sauvez mon fils !!! » Et dans un bus bondé croyez moi ça fait de l’effet. Nous avions passé l’enceinte du complexe des hôpitaux Est, peut-être l’endroit où il y a la plus grosse concentration en médecins à Lyon. Nous étions devant l’hôpital neurologique et à 8 heures dans ce bus il doit y avoir 90% de personnel médical avec surement plusieurs médecins. Le matin c’est toujours dur : on a encore le raisonnement un peu flou. Mais je suis le plus proche, je bouge ? Je ne bouge pas ? Je sais que c’est une crise d’épilepsie assez caricaturale : tenir le patient pour éviter tout traumatisme, attention à la morsure de langue, protéger l’axe tête-colonne… ça devrait passer au bout d’une minute ou deux. Je me suis activé donc pour tenir l’enfant en crise. Et j’ai bien fait. Une minute après la crise était finie, une pédiatre présente dans le bus a pu prendre le relais et j’ai pu prendre le bus suivant pour aller en stage assez fier de ce qui venait de m’arriver !

-Ma deuxième c’était à COSH et c’est maintenant en exclusivité :
Cet épisode là est peut-être le plus « amusant » ! Car toutes frontières de respect gardées et toutes considérations de la condition du patient préservées, on peut se permettre d’en sourire !
Vacant à nos occupations, le médecin reçoit un appel. Urgence : « Une infirmière professeure à l’école d’infirmières de l’hôpital a fait une crise d’épilepsie pendant son cours. » Je ne savais même pas qu’il y avait une école. Elle se trouve à l’autre bout de l’enceinte à presque 200 mètres du pavillon des urgences.
A partir de là commence une heure digne d’un épisode de Grey’s anatomy ou je ne sais quelle série médicale. D’ailleurs c’est étonnant que les scénaristes n’y aient jamais pensé ! Pour prendre soin d’elle, il nous faut la ramener et pour la ramener il nous faut un brancard. Ainsi en allant la chercher nous faisons un détour chez les ambulanciers. Pour ce brancard mais aussi pour demander l’aide de deux autres paires de bras car détail important que je n’apprends que maintenant : la patiente pèse 130kg ! (Restant poli, les mamas sont en grande majorité très en adiposité ! peut-être due à leur physiologie mais pas étonnant quand je voyais  la nurse en chef de chirurgie mettre 3 cuillères à soupe de sucre dans son café et cela trois fois par jour !)
C’est l’Afrique. Aucun lit roulant en état n’est disponible. Qu’un seul lit, cassé, ne pouvant pas se monter plus que 40cm de haut. Il roule, ça fera l’affaire. Nous voilà parti, courant tirant de l’avant, poussant à l’arrière ce stretcher trolley jusqu’à la patiente. Arrivée nous la voyons allongée sur un canapé de cuir et 1m50 pour 130kg c’est gros ! C’est really fat ! On non initié aurait la moquerie malsaine facile car rajoutez à cette pauvre dame une crise d’épilepsie et vous avez une bonne grosse boule tout en mouvement ! Mais ce n’est pas drôle, Le temps de la mettre sur le brancard, elle repart en crise, ne pouvant respirer, bavant à s’en étouffer… Heureusement, le lit est à 40 cm, parfait pour l’accoler au canapé et la glisser dessus. Mais autre problème se pose, le matelas ne fait que 30 cm de large et elle en dépasse largement de 20 de chaque coté. Les sangles sont trop courtes. Je demande un grand drap, le roule puis la ligote. Un aux épaules, un autre à sa taille, un autre à ses pieds. Ses bras font la taille de mes cuisses mais j’arrive tant bien que mal à les coincer. Elle est toujours en convulsions, impressionnant ! Là j’aurais adoré qu’on nous film car à 6 pour poussez ce brancard jusqu’au service d’urgence c’est une sacrée cavale, une épreuve sportive toute particulière, un 100 mètres au brancard assez exceptionnel ! A l’avant droite je pousse de mon mieux, une descente au début pour finir par une montée, dans les allées étroites entre deux pavillons c’est le rush, on est tous à fond. Elle récidiva encore deux crises pendant que nous la conduisions.
Je tiens mon regard sur la patiente et c’est assez fou comme situation ! Je peux vous la mimer : Serrer vos mâchoires, entrouvrez vos lèvres, ajoutez-y une salivation profuse et débordante, crispez vous, agiter la tête d’avant en arrière et tourner vos yeux que je n’y vois à majorité que du blanc. Maintenant essayer de respirer, comme si vous mourriez de ne pas pouvoir inspirer, puis expirez en expulsant une abondante écume blanche et ré-inspirer… On y est presque.
Vous faites plus de 130kg et vous êtes poussés par six types en pleine vitesse… ça doit quand même faire un effet spécial !
Cela pendant bientôt plus de 15 minutes…

On arrive aux urgences (en transpirant !)
à continuer


Msinga Country
Orphelina, chef de la région
Orphelins community

2 autres cesariennes
Evac’ / misscourage fausse couche
Cesarienne de 2 heures
Césarienne de moi

Sloughectomy
Escharotomy

Accouchement 18 semaines
Perforer la membrane

Aputation du pied, Abcès mollet,
Autogreffe de peau genoux,
Fracture ouverte du col du fémur de malade,
Abcès mentons enfant + genoux,
Autogreffe de peau sur amputation sup genoux droit
Skin graft /Autogreffe de peau

Abcès périnéal
Abcès du genoux
Abcès du genoux, 3 years old girl
Skin graft on best patient ever, genoux droit.
Abcès tuberculeux lombaire droit
Fascite du bras droit

Circoncision
Circoncision, big big one

Condylome
Kyste hépatique énorme
Sarcome de Kaposi

Dentiste 5 enfants, 10 dents par enfant

ARV clinic

Gunshot poitrine hémothorax
Gunshot sacrum paraplégie smiling

Mort en direct live après 30 minutes de lutte, hard sleep that night

Hypothermie / intoxication au phosaphate organique
Glasgow 3 et se reveille

Intoxication médecine traditionelle
12 lavage gastrique

Bottom/back/head gunshot – dead

http://www.sowetanlive.co.za/news/2010/08/24/taxi-hitman_in-custody
i feel strangly happy, prolly the man who killed our patient that night

1 year old dead baby, enema

Wayben’s videos on Dailymotion

Très peu d’investigation, on traite et on quitte l’hôpital pour les suivants !

Voir et faire pour la première fois.

Parler zoulou
« Séjour » a plutôt une connotation tranquille, agréable paisible et reposante : on fait plus un séjour sur une ile paradisiaque qu’un séjour à la guerre !
A refaire un stage dans cet hopital, je réponds oui sans hésiter. Positif en tous points. Si je ne devais regretter qu’un seul détail, c’est celui de langue : le zoulou. Très belle langue mais à part les salutations de base je ne la parle pas, « Sawubona – yebo – unjani – siapila ». J’avais toujours une infirmière pour me traduire, mais j’apprécie vraiment le contact avec les patient et c’est difficile de ne pas pourvoir parler dans leur langue. Alors j’avais mon petit carnet : « allongez-vous, levez-vous, toussez, regardez, faites comme moi… ». « Don’t worry, everything is going to be ok ! », mots à mots cela faisait : « soit heureux, vers du bien ta situation va évoluer ! »

La chirurgie¬
Le chirurgien possède le privilège extraordinaire de tenir à tout instant entre ses mains la vie et la mort, la joie et la souffrance.
Décidant de l’opportunité d’une intervention, il en assume ensuite l’exécution et son jugement, presque toujours solitaire, est le plus souvent sans appel.
La récompense qu’il reçoit est rarement à la mesure des bienfaits qu’il a dispensés et il est tout à fait exceptionnel qu’il soit châtié pour le mal qu’il a pu faire.
Parfois critiqué par ses pairs, rarement apprécié à sa juste valeur par ses patients, exceptionnellement appelé à rendre compte de ses actes devant la Justice, le chirurgien reste le plus souvent seul à seul avec sa propre conscience et il lui faut porter seul de terribles responsabilités. Là est sa grandeur ; aussi longtemps que les hommes attacherons à la vie humaine quelque prix. Quoique parfois impuissant à guérir ou à soulager, il n’en détient pas moins d’énormes pouvoirs. De l’opportunité et de la qualité de son geste découleront d’innombrables conséquences.

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Réflexion d’éthique médicale 10 septembre 2010

Classé dans : Non classé — admin @ 19:17

Pragmatique, logique, juste et presque mathématique peut-être la décision médicale.

Un patient souffrant d’une hémorragie externe demande d’urgence la compression du vaisseau d’origine. Une infection bactérienne documentée conduit à la prescription de l’antibiotique adapté. L’exploration plus approfondie d’une masse pulmonaire suspecte requiert bien souvent pour le bien du patient et avec raisons la réalisation d’un scanner X…
Malgré la multitude de préceptes, de lois médicales, d’algorithmes à la disposition du praticien de santé dans sa pratique quotidienne, toutes ces règles trouvent et trouveront leurs limites à un moment ou un autre dans sa carrière. La pharaonique quantité de connaissance requise n’a toujours pas trouvé d’aboutissement en la matière. Il en concerne tous ces sujets « frontières » où autonomie du patient et bienfaisance ou bon sens théorique médical se heurtent voire entrent en conflit. Où par exemple quantité ne s’accorde plus avec qualité. Mais il devra y avoir une prise de décision et cette dernière sera nécessairement établie sans schémas préalables qu’il faudra tenter d’esquisser. A situation singulière réflexion particulière, à décision délicate réflexion raisonnée.

Nous commencerons par une courte anagogie de l’éthique suivie d’un cas qui viendra poser sa réflexion. Ainsi nous tenterons d’établir une simple hypotypose de l’éthique.

Dans une citation de Ian Mc Miller, célèbre ornithologue du XIX que j’apprécie particulièrement, je remplacerai « les condors » par « nos patients » afin de tenter d’y entrevoir un état de pensée qui me parait illustrer l’éthique de façon inédite : « Il faut sauver nos patients non pas tant parce que nous avons besoin d’eux mais parce que nous avons besoin des qualités humaines nécessaires pour les sauver. Celles-là mêmes qui nous seront utiles pour nous sauver nous même. »

Simplement paraphrasée pour en discerner les nuances :
- « Sauver nos patients » : On peut l’énoncer presque exhaustivement : apporter les meilleurs soins de meilleure qualité. Rendre au patient ses fonctions. Rien ne le dit mieux que le serment d’Hippocrate « Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux ». Et cela en respectant les valeurs de dignité, de liberté, d’intimité, d’autonomie du patient dans un cadre de justice. Gardant à l’esprit que le meilleur soin peut parfois être l’absence de soin…
- « Nous n’avons pas besoin d’eux » : Oui, le patient est la fin en soi mais c’est sa santé qui nous importe. Guéri il rentrera chez lui et là s’arrêtera notre travail. Bien sûr il faudra en trouver les nuances. La médecine n’existe que pour que nous nous passions d’elle !
- « Nous avons besoin des qualités humaines nécessaires pour les sauver » : C’est cet effort constant autant matériel que moral, corporel que psychologique. Cette générosité, cet égard, cette empathie vis-à-vis du patient, un savoir faire mais aussi un savoir être. Ainsi réunies pour se nouer en une décision « Éthique », comme adjectif qualificatif mais plus encore comme qualité humaine de notre décision : Jusqu’où peut-on et doit-on porter notre bienfaisance, à quel point s’arrête l’autonomie du patient.
- « Ces qualités là nous seront utiles pour nous sauver nous même » : En situation ultérieure identique, si il y eu réflexion pour « sauver » nos patients. La décision en sera non plus facile mais peut-être plus limpide, plus nette, moins obscure dans ce brouillard de paramètres où chaque concerné vient brouiller le jugement. Ce regard rétrospectif et prospectif en boucle la boucle. Enfin, même si celle-ci n’est point aisée, c’est l’assurance de la bonne décision qui « sauve » le médecin au quotidien !

C’est donc bien du coté du médecin que j’axe cette courte réflexion. Concevons l’éthique comme visée de la vie bonne, de ce qui a attrait au bien et au mal, plus qu’au bon ou au mauvais. L’utiliser en situations délicates n’est plus une option. Les progrès de la médecine nous présentent de nouveaux dilemmes qui au fond n’ont d’autres alternatives que de s’y pencher spécialement pour en définir les tenants et les aboutissants. Dans quel sujet que ce soit, être expert de nos décisions découle d’un devoir de rigueur. Être éthique, avoir un raisonnement de la sorte est plus qu’un précepte, presque un commandement nécessaire et bénéfique.
Comme toute faculté, elle devra être formée par le temps et l’expérience, par l’entraînement et l’usage. Pour gagner en compétences, en discernement, en finesse il faudra s’y appliquer. En accompagnant nos maitres, en tirant leçon de nos succès, de nos erreurs. Également par l’exercice de l’écoute, du dialogue, de l’interrogation partagée. Mais aussi par la collégialité et la concertation multidisciplinaire nous pourrons trouver matière à approfondir puis à mûrir.
La sensibilité de chacun façonnera les comportements face à l’exigence morale qu’impose la vulnérabilité du patient.
Alors soit, je suis éthique dans mes décision, je suis un bon étudiant, un bon médecin j’ai acquis les fondements de qualité humaines impératives pour gérer les situations qu’il me faut braver.
Et pour en revenir à la citation qui précède, la force d’une telle analyse des circonstances pour « sauver nos patients » est qu’elle engendre à son insu une considérable accumulation de fragments de sagesse. Qui mis bout-à-bout forment un bagage solide pour nos délibérations à venir.
De la sorte, préparons nous donc aussi à faire face l’inconnu des avancées médicales qui promet de nous exposer encore dans les années à venir à de nombreux mais passionnants débats !

Ce n’est surement pas un cas qui aurait fait la une des journaux. Non, seulement la première situation où dans ma petite blouse blanche j’ai ressenti ce conflit éthique qu’il peut y avoir dans le colloque singulier médecin/patient, soignant/soigné mais dans ce cas : soignant/non soigné !

Cas médical : Mr Jacques, 85 ans, terrain poly vasculaire, multiples facteurs de risque : HTA, diabétique… Se présente ce jour avec un large hématome pulsatile au niveau du Scarpa en position fémorale droite. Risque fort d’aggravation. Opération chirurgicale plus ou moins urgente pour désamorcer cette bombe a retardement qui le menace avec un rebours en heures voire avec chance en jours. Geste simple ouverture : en regard, suture du vaisseau endommagé. Évolution sans traitement : aggravation de l’hématome, risque nécrotique important et inévitable dans les semaines à venir, cicatrisation ultérieure très difficile, peut prendre plus de 6 mois. Pronostic avec traitement retardé : douleurs, impotence fonctionnelle prolongée. Évolution avec traitement immédiat : excellents résultats, très peu de complications.
Jusque là pas de problème remarquables, le geste médical s’impose.
Nous sommes en novembre, Mr Jacques a perdu sa femme, en janvier. Opéré du cœur dans l’année, il a subit plusieurs autres lourdes opérations qui l’ont marquées.
Nous, l’assistant du service de Chirurgie cardio-vasculaire et moi entrons dans la chambre. Informer le patient de son état et lui présenter la chirurgie à venir n’est qu’une formalité. Cela ne se fait pas entre deux chambres mais presque, juste avant l’heure du déjeuner en toute fin de matinée.
Nous procédons donc, mais après une dizaine de minutes, le patient calme jusqu’ici coupe court à toute discussion et refuse catégoriquement rappelant le décès de sa femme et disant en avoir assez des soins et voulant la rejoindre. Nous continuons en lui expliquant que de un il n’allait pas en mourir et de deux il allait en souffrir si l’on ne s’occupait pas de son état rapidement. Même si ses propos sont un peu confus et difficiles à entendre, il parait comprendre correctement ce qu’il en est de son état. L’assistant persévère encore pour éluder quelconque problème d’interprétations mais il n’y a rien à faire. La scène durera presque 45 minutes. Nous quittons la chambre sur un relatif « échec », en tous les cas ressenti comme tel par le médecin pourtant expert en rhétorique.

Nous décryptons aisément ici le conflit éthique. D’un coté le patient qui fatigué, lassé des soins qu’on lui prodigue refuse une chirurgie qui se présente pourtant seulement pour son bien. Mais il l’éprouve comme une opération supplémentaire en peu de jours, cela fait trop pour lui. Trop par rapport à quoi ? Justement par rapport à sa propre norme, celle qu’il se fixe et non pas celle considéré d’un point de vue purement médical. Car de ce coté, l’entendement même d’une telle décision est difficile à concevoir. Pourquoi refuser ? Comment en arrive-t-on là ? Puis multitudes d’interrogation affluent : Ne doit-on rien faire au nom du respect de la liberté du patient, de son autonomie ? Le médecin se trouve là relativement impuissant, il a la connaissance des faits médicaux sur ce genre de pathologie. Il sait guérir mais il ne le peut. Il est face à cette barrière pour le moment infranchissable qu’est la volonté du patient. La non malfaisance qui est ici non équivoque laisse la place à une complète bienfaisance radicalement abrégée.
Malgré tous les efforts du médecin : l’exposition limpide des arguments en faveur de la chirurgie, se retrouver en face d’un tel choix étonne et sollicite l’attention. Il est vulnérable, est attaqué de l’intérieur, le sait, le sent et pourtant ne veut rien faire.
Après s’être réassuré d’une bonne compréhension du patient, il conviendrait par exemple de rechercher un évènement traumatisant ces derniers jours qui l’ont conduit à adopter une position si catégorique. Peut-être aussi éclaircir son ambigüité face à cette volonté de mort qui vient entraver la marche « normale » du parcours de soin. D’autant plus qu’ici la souffrance morale à venir, s’aggravant sur des douleurs physiques inévitables, ne prédispose pas à un bon pronostic. Nous le savons très seul depuis plusieurs années mais n’y a-t-il pas un membre de sa famille, un proche qui pourrait venir le soutenir car ce n’est surement que de cela qu’il s’agit.
Sortant de la chambre notre raison médicale est mise à dure et nous serions tentés d’en émettre des jugements de valeur trop hâtifs en oubliant que le patient, seul dans sa chambre, a chaque minute de la journée pour méditer sur sa situation, s’accabler sur son sort ou au contraire trouver toujours à nouveau une motivation, un goût de vivre qui ici n’est visiblement pas présent.
Et nous, simplement externes dans cette cohorte médicale, avons-nous un rôle ? Un mot à dire ? Non point encore. Mais de telles situations sont très formatrices. Assister à ces longues minutes d’entretien presque unilatéral est bien plus instructeur que de longs discours.

Triste histoire, le patient resta hospitalisé et fut opéré d’urgence une semaine après présentant toutes les complications annoncées. L’opération se déroula du mieux possible. Je n’ai pas eu l’occasion de le revoir mais je lui souhaite bien du courage…

Benoit COULIN

(Pour l’orateur latin Quintilien l’hypotypose est « l’image des choses, si bien représentée par la parole que l’auditeur croit plutôt la voir que l’entendre». Justement le but d’un tel exercice pour un sujet aussi ardu que l’éthique !)

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Trypanosomiase 18 janvier 2010

Classé dans : Non classé — admin @ 19:56

Je me souviens du 18 janvier 2010, premier jour de la semaine après un gros week-end de ski.
Le cours magistral de parasitologie est bien difficile à tenir. J’ai réussi à me motiver pour y aller mais je ne tiens pas 10 minutes, je pose ma tête sur mes bras croisés. Le cours un grand professeur de parasitologie Lyonnais est de plus en plus lointain… Et c’est parti pour un gros dodo.
Je me réveille 35 minutes plus tard.
Je ne supporte pas ceux qui vont en cours pour dormir, perte de temps, mieux vaut rester chez soi… Mais c’est toujours le piège, en postprandial avec une grosse fatigue, tu te dis que tu n’as pas besoin de tes yeux pour suivre le cours, les oreilles suffisent dans la mesure où tu as décidé de ne plus prendre des notes.
Je disais donc 35 minutes plus tard, nous sommes sur la fin de la trypanosomiase africaine avant les filarioses et autres bilharzioses. Le réveil n’est pas très simple, tout est tout trouble, et les premières minutes de reprises sont bien marquées par un relatif ralentissement idéomoteur.
Ce chapitre se fini par la projection d’un film produit par l’armée française  sur la mission du docteur Jamot au Congo de 1926 à 1932 retraçant l’historique de la lutte contre la Trypanosomiase. Après quelques minutes je saisis qu’en fait cette maladie dont je n’ai suivi le début du cours car endormi n’est autre que la maladie du sommeil suite à une piqure parasité par la mouche tse-tse. Passionnant, pour une maladie qui me faisait peur étant petit : se faire piquer et s’endormir à jamais, je crois que pour s’endormir il n’y a pas besoin de pathologie !

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Dissections d’anatomie 20 avril 2009

Classé dans : Non classé — admin @ 23:37

C’est une des questions récurrentes que l’on pose aux étudiants en médecine, en tous les cas que l’on m’a posé à plusieurs reprises. “Et…vous vous entrainez… euh… tu as déjà disséqué… euh… des morts…”

Rappelons nous ces magnifiques gravures de l’enseignement magistral de l’anatomie, de Léonard de Vinci ou encore de Vésale, surnommé père de l’anatomie moderne qui repris le fameux aphorisme millénaire d’Hippocrate en-tête d’un de ses livres « Ars medicina tota in observationibus »… L’apprentissage de la clinique se fait au lit du malade, l’apprentissage de l’anatomie au lit du cadavre. (au début) Les dissections d’anatomie, sont presque une tradition, un passage obligé et ce depuis de nombreuses générations de médecins. C’est une composante majeure de l’enseignement médical.

En première année, l’anatomie c’est le Netter, le Kamina ou encore le Rouvières, à apprendre, voir et revoir toutes ces planches souvent difficile à se représenter et à retenir.

L’anatomie est une matière que j’affectionne particulièrement, dans toutes ses formes, qu’elle soit purement descriptive, topographique, fonctionnelle… Peut-être par son coté artistique, son esthétique, sa perfection. Peut-être par sa proximité, par son concret, plus proche que des molécules d’oxygène, plus « palpable » que des petites cellules des tissus nerveux. Cela donne une touche de piment et relève alors d’autant plus la saveur de cette grande première. Il nous faut savoir chaque structure – et dieu sait qu’il y en a une masse considérable – mais cette connaissance précise est fondamentale à la compréhension de la pathologie et à fortori à la pratique de la chirurgie qui en restaure l’intégrité.

Je me souviens donc des dissections d’anatomie de deuxième année, tout au fond de longs couloirs, au bout des tunnels de la faculté aussi lugubres qu’anciens, comme si l’on traversait une forteresse d’un autre temps, un mixte entre un James Bond des années 60 et un quartier général de l’empire soviétique. De la grande entrée, c’est au fond à droite, aile Sud-est, rez-de-chaussée.
La faculté de Lyon ne reflète pas d’extérieur sa qualité intérieure mais c’est une autre histoire, une autre image que ceux qui y ont étudié et étudient connaissent.

Après donc s’être rendu à la morgue de la faculté de médecine ou mieux dit au laboratoire d’anatomie humaine. Le premier devoir était de se revêtir de sa blouse blanche, simple protection aux jets de sang congelé, aux petits bouts de graisse charcuté et aux milliers de bactéries qui contamineraient notre «propreté». On entrepose nos effets personnels dans des casiers prévu à cet effet.
Le second devoir et d’attendre. Je crois qu’aucun de mes travaux dirigé n’ait commencé à l’heure dite. Les professeurs aiment se faire attendre, ils ont toujours mieux à faire, les impératifs personnels souvent médicaux passent avant la pédagogie. Alors c’est cinq, dix, quinze minutes que l’on passe devant ces trois portes, dans ce petit couloir étroit, tous blanc et excités.
Pour notre première dissection on ne sait pas trop. J’avais déjà vu des morts, des vrais. Un étant petit dans les suites d’un accident de la route, nous étions arrivés les premiers sur le lieu, un autre pendant mon stage infirmier. Mais je dois dire que mon expérience en termes de contact proche n’était pas grand et en particulier vis-à-vis de cadavres, de macchabés !
Cette attente qui s’allongeait de plus en plus en devenait presque excitante. Excitante mais relativement grave et solennel. Parmi tous mes collègues qui comme moi patientent, attendent l’ouverture des portes, c’est bien plus de façon respectueuse et chargée que l’on considère la nature de l’enseignement. Car conscient du sérieux de la situation. On plaisante sur celui ou celle qui tournera de l’œil à la vue des morts tout en restant très respectueux.

Disséquer un être humain ! Presque une cérémonie, pas un sacrifice mais tout de même un sacré évènement !

Après une longue attente, les portes s’ouvrent et nous voilà en compagnie des morts.
Une salle en longueur deux rangées de quatre paillasses. Un premier mort à l’entrée, à un bout de la pièce, c’est le mien, celui de mon groupe, six autres dans le prolongement et encore plus loin les congélateurs. Oui, pas comme je l’imaginais mais tout aussi spécial.
C’est trois petits groupes de quelques étudiants pour trois morts avec trois professeurs différents.

Ma première dissection et celle du cœur.
Sternotomie, thoracotomie avec un grosse pince coupante, ouverture du pericarde, section après observations particulières de tous les éléments, de toutes les entités en présence, des arrivées, des sorties vasculaires… Une fois les afférences et les efférences de ce cœur reséqués, on peut l’extraire. Les écarteurs retirés, le thorax se referme, Le professeur pose le cœur dessus. Drôle de vision et vision assez drôle ! Très spécial!
On peut alors visualiser en 3D ces planches d’anatomie tant et tant revues. La ressemblance est incroyable.
Le cœur peut-être le plus noble des organes, il est en tous les cas perçu comme tel… Ce n’est pas une simple pompe, il commence même à fonctionne avant la naissance, puis c’est pour la vie environ 70 battements par minute !
Au fur et à mesure de la dissection, on découvre cette structure si vraiment étonnante : les différentes cavités, les valves, les cordages, les piliers, la disposition harmonique de chaque composant, l’organisation toute particulière en spirale des fibres du myocarde ventriculaire gauche….Une séquelle d’infarctus par là, quelques plaques d’athérome…
Bref, passionnant. Deux heures intenses et captivantes. C’est dur de l’expliquer comme ça et c’est un vrai paradoxe, l’anatomie sur ces morts y est plus « vivante », en relief.

Il n’y a rien de pire que l’odeur de carcasse en décomposition. Je me rappelle des tanneries de Marrakech ou encore de ce sanglier mort qu’on avait du couler dans la chaux car déjà infesté de vers. Ces morts eux ils ne sentent pas, détail qui a son importance, mais ça sent tout de même l’air saint et on retrouve cette odeur toute particulière à chaque nouvel enseignement.. Tous ont une large incision sous la clavicule droite, on leur injecte un produit de conservation incroyablement efficace. Malgré la moyenne d’âge très avancé de ces corps, il est assez commode d’en découvrir l’anatomie, pas ou très peu de décomposition.
Les morts que nous avons à dispositions ne sont pas mutilés. La seule dégradation observée et celle des précédentes dissections qui laissent des stigmates de grandes incisions, d’organes prélevés, d’œil élevé… Car oui, on ne laisse rien, à défunts pédagogiques on profite de tout, des orteils au scalp !
Les mort sont froids, même gelés. Leur présence est-elle supportable ? Oui mais bizarrement supportable, car on n’est pas insensible mais on ne ressent rien vis-à-vis de ces mort, pas d’émotion, et fort heureusement !

Autant je trouve cela passionnant, ouvrir ces corps pour en apprendre par exemple le trajet spécifique d’un muscle, l’insertion toute spéciale d’un tendon, la disposition d’un paquet vasculo-nerveux. Autant et contrairement à une amie de promotion qui elle veut devenir médecin légiste, si le mort m’intéresse, il n’est seulement là pour m’aider à mieux comprendre le vivant et c’est uniquement à but pédagogique que j’apprécie ce type d’apprentissage car ça reste très particulier. Le vivre, le faire en vrai : la chirurgie, qu’est-ce que ça doit être !

Parmi toutes les dissections on passera par le membre supérieur, main-coude-épaule, le membre inférieur, pied-cheville-genoux-hanche, le cou (celle-là est extrêmement complexe, un entrelacement de muscles, de vaisseaux, de nerfs…), la tête…

J’en ai retenu quelques-unes plus que d’autres :
Je me rappelle d’une fois où ce soir là, le professeur accessoirement neurochirurgien avait ramené son petit bébé de deux ans au laboratoire d’anatomie, elle l’avait précédemment confortablement installé dans sa poussette, ils restant gentilement juste derrière nous.
Certains étaient choqués, d’autres non, surpris mais amusés. Quoi qu’il en soit je le fus quelque peu quant elle enleva ses gant, sorti son biberon et lui donna pour cesser ses cris qui commençaient à gêner l’auditoire, perturbant les autre groupes. Je sais qu’il ne se souviendra sûrement pas, mais tout de même c’est un peu précoce. Dans cette pièce il y avait de tout : Du 85-95 ans mort en pleine dissection, du middle-age enseignant, de l’étudiant et du bébé !

Ces corps sont offerts la science, à l’enseignement. Si point incinérés on se doit de les rendre la famille dans un certain état et je dis certain car ça n’est pas si évident quand on a un cerveau à nu sur un crâne habilement décalotté, un scalp entièrement retourné sur un visage qui n’a plus un seul centimètre de peau et la moitié du cou délicatement tranchée…
Oui j’ai été surpris quand à la fin de la dissection du cœur, on a remis/fourré/bourré tous les morceaux, tous ces petits cubes de myocarde, de vaisseaux entourés de compresses imbibées de sang en vrac dans le thorax, après tout il était impossible d’en refaire un cœur ! Puis on referme soigneusement. Propriété du mort.

Petite aparté, toucher à un mort c’est même sans le vouloir quelque part toucher au sacré et toucher au sacré c’est même sans le vouloir quelque part empiéter par une entrée ou un autre sur la religion. J’avais rencontré un étudiant en médecine de l’université de Yale, israélien d’origine et de nationalité, juif de sa religion, il m’apprit que dans le judaïsme, si tu te fais amputer une jambe tu dois la conserver jusqu’à ta mort et te faire enterrer avec ! (Ils sont entre autre opposés à la crémation et la conservation des pièces anatomiques y est très codifiée) Je n’ai pas eu l’occasion de le vérifier mais c’est assez atypique ! En somalie, autre endroit et autre religion, appliquant la charia on ampute le voleur d’une centaine de dollars, puis on balance sa main aux chiens…
Il y a là tout un pan de l’anthropologie dont l’étude est riche en conséquence quant à la compréhension des cultures, des peuples. Très intéressant certes mais quoi qu’il en soit, je préfère le vivant.

J’aimais mettre à disposition ma paire de mains pour aider à la dissection. Je me revois encore sur la dissection de la hanche, tenant ce corps, une mamie morte à plat ventre. Un bon coup de bras fort pour luxer totalement son articulation coxo-fémorale, sa jambe gauche en L tourné vers l’extérieur dans le plan de la table ! Puis ensuite, incroyable sensation de toucher le cartilage hyalin recouvrant la tête, c’est doux, très doux.

Pour la dissection de la loge carotidienne gauche, il faut incliner la tête à droite. Le professeur ne peut pas tout faire à la fois, il demande un volontaire, je me propose de suite. Je me revois encore tenant cette tête inclinée sur le côté, un papi mort cette fois ci, elle était froide, raide, insensible. Les deux mains en ailes d’oiseux, paume contre paume écrasant sa tempe et un partie de son front pour maintenir la torsion cervicale qui se fait très dur à cause de la congélation. Une demi-heure, c’est long, c’est fort long, c’est excessivement long mais terriblement spécial !

Une fois quitté un tel cours d’anatomie, le retour en métro est différent. Je viens de passer trois heures devant un mort. 99,99% des gens que je croise n’ont pas la moindre idée de ce que c’est.

Je me rappelle attendre le début d’une séance, comme d’habitude, dans ce petit couloir.
Malgré la bonne centaine que l’on est dans la promotion, je repère à peu près tous les visages d’autant plus que je suis assez physionomiste, les visages me marquent facilement. Et ce jour, une étudiante n’est pas de la promotion. D’une autre faculté ? Une année supérieure ? Comme je suis très curieux, trop curieux, je ne peux ne pas aller lui demander plus amples renseignements sur son identité et sur sa présence ici. C’est une P1, une première année. J’avais envi de lui dire franchement : « va bosser, tu auras tout le temps pour cela si tu réussis. » Et d’ailleurs, c’est un peu en quelque sorte une récompense, toutes mesures gardées. Elle s’incruste, curieuse, voulant découvrir l’intrigue d’un tel enseignement. On la prévient : les choses que tu vas voire sont susceptibles de te choquer, de te faire de l’effet… Mais rien à faire elle est déterminée !
Les dissections commencent donc, si mon souvenir est bon, c’était un genou. Au bout de quelques minutes, je la remarque de l’autre coté du corps, un peu en retrait, ne suivant plus trop le cours. De toute bonne foi, je la crois écrivant un texto ou occupée à autre chose. Quelques minutes plus tard, ce qui devait arriver arriva : elle tourna de l’œil, aussi blanche que le son voisin le mort !
Elle sortît accompagnée par une autre étudiante. Peu savaient que c’était une P1 mais moi si. Le professeur, afféré et concentré sur son enseignement ne se perturba pas.
Et dans ma tête de me dire « il y a un temps pour tout, ne t’inquiète, ça viendra ! »

Je me rappelle encore la journée porte ouverte de l’enseignement supérieur et de la recherche. Elle tombait le même mercredi que ce mercredi de dissection de 16 à 18 heures.
Alors que nous étions sagement et consciencieusement en train d’observer chaque mouvement de pinces et de ciseaux, le responsable de la morgue rentre soudainement, plus alarmé qu’affolé : « Je vous enferme dans la salle car de jeunes lycéen sont entrés dans une autre salle dans laquelle on venait juste d’installer des corps pour un colloque d’otorhinolaryngologistes. Furieux il venait de demander au doyen le renvoi de tous ces petits jeunes et l’interdiction à tous lycéen d’entrer dans l’enceinte de la faculté de médecine.
Ce qui fut fait et rapidement. « Je ne veux pas de petits en laboratoire d’anatomie »
C’est la que tu te rends compte de cette grande différence. Au contraire des lycéens, toi, étudiant deuxième année de médecine, futur médecin, es admis dans le sacro-saint de la faculté, dans cet endroit clos, sécurisé et fort respecté par son contenu. Tu fais parti de ceux qui ont la « chance» de partager la présence de ces lieux avec quelques cadavres…

A la fin des dissections, c’est nous qui refermons les plaies du mieux que nous pouvons, nos premiers points de suture sont parfois grossiers un peu décalés, les deux berges de peau ne s’accordent pas parfaitement mais qu’importe, il faut bien commencer un jour… Souvent je restais tard à la fin pour refermer, et j’avoue un certain plaisir à s’entrainer à ce exercice, c’était le petit plus des dissections d’anatomie….

A 18 heures 15 ce même chef reviens « dépêchez vous de finir, je suis à la bourre, je dois encore installer des têtes dans votre salle, dans une heure ça commence, les italien sont déjà là, ils attendent… »

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La deuxième année de médecine 18 octobre 2008

Classé dans : Non classé — admin @ 20:59

Si je devais la qualifier d’un seul adjectif, caractériser selon moi le mieux ce nouveau rythme de vie, englober cette toute nouvelle façon d’appréhender mes études, l’investir avec un mot qui prend tout son sens : la deuxième année de médecine est agréable ! Et ce n’est point sans réflexion, j’aurais aussi pu dire «différemment studieuse» ou encore mitigé entre un «constamment festive» et un «récréative à la demande», entremêlé de beaucoup de travail, une besogne laborieuse très voire trop présente !

Le point tout spécial est qu’on compare cette année avec la P1, autrement dit et pour ne pas amplifier la réalité, on compare la P2 avec l’année la plus difficile, la plus sombre, la plus morose, la plus dur autant physiquement que moralement… Il est alors excessivement aisé de percevoir cette nouvelle année comme excellente, tout est une question de relativité, d’échelle, ce n’est pas un cadre fade, le contraste y est frappant. Ainsi il m’est apparut plus qu’évident et c’est sans rien forcer ou chercher, que cette qualification d’ «agréable» était vraiment de circonstance.

Avant on se faisait mal pour remplir son cerveau, maintenant, c’est presque agréable de se le combler de matière un peu plus médicale…

La première année de médecine est une école de vie, de rigueur et de choix. Au jour d’aujourd’hui je ne regrette pas et presque en rien mon redoublement. Même si je ne suis que partiellement en mesure de pouvoir juger sur le bénéfice de cette seconde première année de médecine car il m’est impossible de me voir P2 passé bizuth et de comparer avec ce que je suis aujourd’hui. Tout vaut le coup ! Alors oui, je concèderais à beaucoup (entre autre aux actuels redoublants) que je tiens ces propos étant en deuxième année de médecine, à posteriori de beaucoup de difficultés, ayant passé ce cap non point facile d’accès.
Paragraphe au rapport concernant : voici quelques signes distinctifs des bonnes choses : elles sont toujours trop courtes, par ailleurs, elles sont aussi attirantes pendant qu’après et pour finir, on aimerait dans la plupart des cas les continuer, les refaire, revivre ces bons moments. Encore que tout est une question de jugement sur la définition et l’appréciation personnelle de la «bonté» d’une expérience…
Quoi qu’il en soit c’est un fait ! Ainsi, à refaire ma réussite, pourquoi pas ! Mais sans façon tout ce qui l’accompagne donc au final, revivre une première année de médecine, et je figure cela en terme de rythme de vie, tout simplement non ! J’y suis passé, c’était dur, très dur, je ne regrette pas, je suis passé. Je ne suis pas masochiste. Mais alors selon l’introduction de ce paragraphe, la simple conclusion serait que la première année de médecine n’est point une «bonne chose». Et paradoxalement si, c’est une expérience unique et formidable quand on se focalise sur son bénéfice. Résultat des courses je ne sais plus pourquoi j’en suis arrivé là puisque de tout façon, on en a pas le choix, il faut y passer ! Bilan et débriefing ne sont qu’inutilité et perte de temps mais inutilité assez intellectuelle…

Les cours sont plus agréables, plus médicaux. Pour ne donner qu’un simple exemple, on sait de mieux en mieux comment théoriquement sauver des vies ! C’est cool, même si ça fait parallèlement incontestablement flippe. Je connais mon cours de premiers secours, devant moi une personne tombe inanimé, que dois-je faire ? Que fais-je ?

La deuxième année de médecine c’est aussi être P2, un statut, un titre avec tout ce qui accompagne, qui transcende cet état particulier en tant que tel, autant par sa possession que par tout ce qui inclus cet avoir. En particulier vis-à-vis de mes pseudo-compères, parfois collègues, d’autres fois purs inconnus. Mais avant tout il s’agit de ces sub-contemporains, les petits comme on les appelle aussi, de ces «ce que j’étais et que je ne suis plus». Vous l’avez devinez, je parle des premières années. Et vous vous doutez que le paragraphe suivant porte sur mon proche rapport avec ces «autres» qui peuplent l’amphi voisin, préparant d’arrache pieds leur concours, tentant de le mériter.
Dans ma prépa, j’ai quelques bizuths à superviser, à aider. Fournir, prêter voire donner mes cours et mes fiches… Répondre aux questions de tout genre. Remotiver, Rassurer, Soutenir… Le juste et légitime retour d’un investissement dont j’avais précédemment fait le bénéfique usage. Mais cela est un autre point que j’approfondirai peut-être ultérieurement avec un intitulé qui pourrait prendre la forme d’ «accompagnement et rapport étudiant-étudiant au sein des études de Médecine». (Je suis aussi colleur de Bioch ! La classe !)
L’autre rapport que j’ai eu avec ces nouveaux cette dernière semaine fut le bizutage, opposé du précédent dans la forme mais point dans le fond. Tout différent de «mon bizutage», car cette fois là, de l’autre coté de la barrière : «Chef P2 intégrant les nouvelles recrues», le but premier étant de leur accorder gracieusement et gratuitement le meilleur souvenir possible de cette journée que nous avons rendu mémorable. Avec bien évidement, tous les dommages qui accompagnent ces quelques heures. Le second but, celui-ci plutôt pour les P2 et donc à fortiori pour moi, était de s’amuser aux maximum avec nos petits jouets, nos petits P1. Pour sûr ils en garderont d’excellents souvenirs, de toutes les couleurs à la mesure de ce qu’ils ont subit ! Mais croyez moi, c’est réciproque ! J’ai bouffé de la boue, je me suis quelque peu fait pourrir par mes P1 mais de façon plus que décimale comparé à ce qu’ils ont pris de ma part !

Alors oui, nous avons joué dans l’original et dans l’innovant mais en restant bien évidement dans les clichés, les traditions étaient de mise pour cette sympathique après midi d’octobre. Les grands classiques ne seraient se perdre, car toujours d’actualité et je dirais même plus, actuellement significatifs. Et quitte à les «trasher» comme on dit dans le jargon, autant prévoir des moyens conséquents et à la mesure de l’enjeu, l’occurrence n’est pas question de négligence et de fait à la va vite. Une organisation béton, du mortier d’animations, des engins d’exception à en casser la baraque. L’improvisation est la solution pour combler les moments sans action mais la préparation hors du commun que tous les deuxièmes années ont fourni à la réalisation de cette intégration compta pour beaucoup !

Il est vrai que dans ces moments, notre conscience personnelle habituellement très présente tend irrémédiablement à s’estomper au profit d’un pervers sens d’une étrange générosité. Celle d’un sens que je trouve assez naturel car présent à notre insu, ressurgissant de n’importe où, jamais entrainé mais déjà terriblement efficace. Derrière nos tenu de chirurgiens, blouses blanches, bleu ou vertes comblés d’accessoires de bloc, derrière ce magnifique déguisement, nous n’étions plus nous mais nous étions vénérables P2, deuxièmes années de médecine. Ainsi dans ce royal apparat, nous étions respectés de ce seul fait. L’habit ne fait pas le moine mais la tenu ne trombe pas. Très rapidement, T-shirt déjà plein de ketchup, de bétadine, de farine, d’oeufs, de substances diverses, de marqueur de tout genre le tout surmonté d’une petite tête de bizuth innocent contrastait radicalement avec cette autre classe, pourrisseuse, criarde, sûr d’elle et préparé pour cette peureuse après-midi d’un coté mais somptueuse et malicieusement orchestrée de l’autre.

Pour moi qui l’avais vécu en P1 que je fus, je peux vous l’assurer : c’est autre chose ! Différemment agréable ! C’est toi qui incline, toi qui courbe, toi qui instaure ta pseudo-dictature toute provisoire et incroyablement fugitive, juste le temps de quelques heures. C’est toi qui la gère, qui en profite, qui en abuse, qui en découvre les aspects cachés, tu tente le coup d’état, le jeu à la limite de l’acceptable, est-ce que ça va passer ou casser ?…Tous s’inclinent et tu goute à ce drôle de bonheur que l’on appel pouvoir ! Mais c’est justement la courte durée de ce volatil statut qui en a fait toute son intensité ! Le tout dans une excellente ambiance, joviale mais particulièrement salissante !

Bref un bizutage comme digne de ce nom !

(Cet article sera bien évidement complété par la suite au fur et à mesure de l’avancement de cette deuxième année. Mais n’ayant toujours pas de connection internet permanente, il ne m’ai point aisé de tenir régulièrement à jour mon blog…)

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Entre la Première et la Deuxième année de Médecine (PART1)

Classé dans : Non classé — admin @ 20:52

Alors voilà, par quoi commencer ? Il y a tant à dire…
J’aurais pu me classer par ordre thématique mais il me semble plus approprié de traiter de façon chronologique cet ensemble de choses que je vais de suite écrire ou décrire, ce qui n’est pas encore présent sur ce blog, ce qu’il est nécessaire et/ou bénéfique d’y ajouter. Si je commençais à énumérer toutes les choses que j’ai faites pour la première fois de ma vie, cela en constituerait une très longue liste alors commençons par le début et laissons nous tirer et guider par l’inspiration.

Between P1 And P2… Je dois dire que mes vacances ont été d’une grande richesse d’expérience et de rencontre. Une abondance de moments nouveaux et inoubliables. Le tout dans une atmosphère personnelle plus que sereine, sans soucis de mon proche avenir, aux antipodes des précédentes homologues qui elles étaient hantées par le sombre et triste avenir d’un redoublement qui faisait suite à mon échec.

Là tout était différent ! «Vous faites quoi dans la vie ? Boulot ? Études ?», «Je suis étudiant en médecine, je rentre en deuxième année» petite réponse assez réconfortante qui en toute modestie accompagne avec elle son ombre signifiant : «un jour je serai médecin» (si tout se déroule sans embuches). Plus de trop de soucis à court et à long terme. (Dans la mesure où je ne considère pas le dur labeur de ces études comme un souci). Et je vous avouerais qu’il est très réconfortant de savoir son avenir «tracé». Cela enlève certes une part de piment dans la vie (on ne vit plus au jour le jour, plutôt pour le moi de dans 10 ans…), et pour moi qui n’apprécie gère le trop épissé, ça ne me dérange un rien. On trouve ensuite à modeler son existence sur d’autres aspects plus ludique et distractif que celui du permanent souci voire de l’angoisse de préparer avec acharnement ce dont on a le désir d’être. Il faut le reconnaître et pour peu dire, la vie d’étudiant est relativement agréable. Alors je suis étudiant et fier de l’être !

Continuons, profiter de ces dernières vacances comme un gamin de primaire qui les attend déjà depuis plusieurs mois avant leur commencement, puis qualifié par ce même état «en vacances», il n’a que faire du reste du monde, il est en vacances et c’est tout ce qui compte, la rentrée arrive et c’est un désastreux retour à la réalité, la fin d’un rêve éveillé !

Bref ces trois bons mois de temps libre furent de loin les meilleurs depuis quelques années et croyez-moi, cela en décuple une récompense déjà immense… Je disais précédemment «riche en expériences et en rencontres». Car j’ai eu la chance de voyager quelque peu sur notre petite planète. Et même si je suis qu’au début du très long et fastidieux cursus, c’est avec un regard médical entre autre que je découvrais de nouvelles choses, de nouveaux horizons. Les ambulances des Paramedic américains équipées de sirènes très distinctes attiraient autant mon attention que les énormes trucks des highways de l’Arizona. Partir en mission en brousse à bord des pick-up jaunes caractéristique du ministère de la santé sud africain aux allures de convois de la croix rouge me faisait bien plus d’effet que je ne sais quelle autre excursion en motocross à travers les champs de canne à sucre sur les bords de l’océan indien… Et si je n’avais pas la chance de le faire, je me l’imaginais, comme ce tour en hélicoptère au dessus du grand cayon, il aurait été tellement mieux si se serait greffé au vol une mission de sauvetage… Ou encore, nous somme un groupe d’une petite dizaine en excursion en montagne, l’un se fait mal, qui appel-t-on ? : Le doc’. Et oui, ça commence et c’est loin de me déplaire. Partiellement malgré moi car j’ai travaillé pour, j’assume sans trop de difficultés cette étiquette que l’on m’attribue. A l’excès c’est un peu oppressant mais dans les limites du raisonnable c’est bien gérable et agréable et de toutes façons, il me faut m’y habituer.

Des berbères aux indiens navajos en passant par les zoulous, j’ai pu observer une petite parcelle de cette immense et magnifique plaine de diversité ethnique et culturelle, à perte de vue, fleurie tout simplement et individuellement par les populations humaines, femmes et hommes qui peuplent notre Terre à leur manière, qui l’habitent avec leurs uses et coutumes, leurs traditions…
Voyager, une chance qui peu paraitre aujourd’hui un luxe mais qui je pense, devrait être inséré de façon obligatoire dans l’enseignement médical. Avec bien évidemment des modalités qui pourrait s’adapter aux gouts et aux envies de chacun. Mais quelque chose de plus fort qu’une simple forte recommandation, c’est actuellement un conseil trop passif dans la mesure où il n’est pas clairement accompagné de facilitations pédagiquement excessives. La validation obligatoire de ce genre d’expérience me parait clairement une issue nécessaire et incontestablement utile dans un cursus comme le notre ! Pas forcément besoin de partir loin, la juste distance se trouvera dans le dépaysement et le côtoiement de ce que l’on oublie très vite dans nos pays occidentaux : la misère, l’insalubrité, la pauvreté, la souffrance comme pain quotidien, ces régions que j’appellerais atteins par une pathologie globale : le plus souvent politique, sociale, économique dont les répercussions se font directement sentir sur l’hygiène et la santé. Certes on peut se rendre très utile dans notre proximité mais le voyage offre ce petit plus, point aisé d’explication mais tellement limpide une fois réalisé ! De plus, je mentionnais dans un autre article, quelques caractères des bonnes choses, cela en fait parti : les voyages sont toujours trop courts, une fois rentré on aimerait de suite repartir !

Il est vrai que nous sommes très sensibilisés aux faits médicaux des sociétés «xéno-occidental», des peuples de l’Est, d’Afrique, d’Asie, du Proche et Moyen Orient, d’Amérique du sud. On relate plus que fréquemment les douleurs et les déboires de ces victimes, ravagé par des famines, épidémies, des catastrophes naturelles, des guerres civiles, tant de pathologie comme je les appelle qui martyrisent des millions de personnes. Et pour introduire un projet auquel je tiens particulièrement, celui de l’humanitaire : On ne peut rester insensible ! Il s’agit de vies humaines !
Je me suis un peu éloigné mais ce point est si important qu’on ne saurait le taire !

Mais racontons plus en détail ce que je tâtonne depuis le commencement de cette nouvelle missive. Il n’importe gère de raconter sur ce blog les voyages, les activités de loisir qui on remplies ces trois mois, en revanche, ce qui concerne le médical, le para-médical vient trouver une place de choix ici même.

Mon stage fut déjà en petite parti raconté et je pense qu’il n’est pour l’instant pas nécessaire d’en rajouter excepté qu’il fut, et je le répète encore une fois, il fut d’une excellente richesse. Pour apporter encore une simple illustration, aujourd’hui en technique de premiers secours nous avons traité les comas. Ayant assisté en direct à un Glasgow 3, quoi de plus parlant dans ce cours que de retrouver en majorité l’ensemble des gestes, les choses, les manipulations, les protocoles, toute cette machinerie de réanimation à laquelle j’ai eu la chance de participer ! Tout est bien plus parlant et captivant. Cela fait aussi parti des plaisirs de la P2. Première expérience médicale d’un mois donc, qui restera et tiendra une place importante dans mon parcours initiatique, en médecin que je serai tout me paraitra banal mais en étudiant que je suis, ce banal fut au final absolument génial et je dirais même plus inoubliable.

Mais ce qui a par-dessus tout marqué mes vacances «médicalement parlant» est bien plus court et bien plus intense. J’ai vu ce qui n’existe ici très rarement, ce qui ne s’observe que dans les bouquins. Car l’absence de moyens médicaux sophistiqué rend la médecine bien plus ardue, couplé à l’absence d’éducation médicale et d’hygiène, on assiste pratiquement pour toutes les maladies quelles qu’elles soient à des états pathologiques très avancées. Que ce soit pour des choses banales comme une simple otite ou pour des pathologies plus graves, infections de tout genre ou urgence atypiques… comme ce vieillard qui venait de marcher trois jours pour attendre notre petit hôpital et qui s’effondra devant la porte du médecin, il retira chaussures et chaussette, petits vers et asticots rongeaient ses chevilles… Si l’on rajoute en plus de cela le fait que certaines pathologies ont disparues chez nous, et pour couronner le tout qu’une proportion incroyable de sidéens peuplent cette région, on en arrive à un tableau bien sombre. Des endroits comme celui que j’ai pu observer, il en existe des milliers qui ne divergent entre eux que très peu, tout est à peu de choses près similaire car les humains sont physiologiquement pratiquement tous identiques et sans moyens médicaux ils le sont à fortiori tous aussi !
Moi, c’est au pays des Zoulous que j’étais : en visite à Untunjambili hospital si mon souvenir est bon. Une petite structure au beau milieu du Kwazulu-Natal, une province de l’est de l’Afrique du sud, bordant le magnifique océan indien. What an experience! It was really awesome !

Ma présentation au personnel soignant par le médecin que j’accompagnais était simple : «Hey have you met Ben? He is a French medical student !» De suite suivit par un insistant interrogatif (les sourcils à demi froncés) : «you know France…?!», «Anyway, it far away from here» et à vrai dire la plupart des gens, des infirmières n’avaient absolument aucune idée, ou peut être qu’une très vague de la où était la France. Mais qu’importe, j’étais blanc et je venais de très loin, j’avais même pris un avion… ainsi pour tout le monde : quel chemin ! Faire ces milliers de kilomètres pour venir les voir, les visiter, les aider… J’ai une offre d’emploi permanente là-bas, on a fait que me la rappeler pendant ma courte visite, je peux y retourner, y travailler dès demain. Il me faut d’abord finir mes études. Malgré ce CDI offert, les quelques médecins que j’ai pu accompagner étaient tous francs et directs avec moi. D’un coté ils me suppliaient presque de venir y séjourner sans limite avec un bungalow à ma disposition. D’un autre ils m’avouaient que c’était vraiment un travail difficile qu’ils faisaient dans cet hôpital perdu au milieu de nulle part, en pleine brousse, peuplé par la misère, ravagé par le sida. Et ils me conseillaient par conséquent de me diriger, dans la mesure où je retourne en Afrique du sud ultérieurement, vers des structures plus modernes, moins archaïques, tout autant désastreuses médicalement parlant mais plus passionnantes et plus enrichissantes d’un point de vue pédagogique. Des hôpitaux de ville, pourquoi pas à Durban au Addington hospital ou encore au King Edward VIII Hospital.
D’ailleurs en parlant de Durban, petite annecdote, savez vous qu’il y a une aile rattaché au principal hôpital de la ville, spécialement dédiée aux dommages collatéraux du sport national : le rugby ! Activité à risque qui est (sans oublier le cricket) énormément pratiqué là-bas, c’est une culture, les «Springboks». On y retrouve un service d’urgence, chirurgie orthopédique à gogo, et tout ce qui est sensible d’accompagner médicalement les nuisances physiques causées par la saine violence de ce sport !

J’ai observé en trois jours dans cet hôpital autant de pathologies qu’en un mois de stage en chirurgie. Palpé des foies de pierre, écouté des souffles cardiaques incroyablement pathologiques, examiné des patients atteints du sida avec toutes les maladies qui les accompagnes, observé des radiographie de pathologie orthopédiques diverses et parfois très pathologiques ! … Avec entre autre quelques classes d’éducation de physiothérapie, de l’éducation médicale toute particulière, des cours d’anatomie captivants pour ces mamas africaines qui passé la cinquantaine ont toutes les articulations démolies par leur travail pour le moins physique dans une culture où le repos n’est pas feminin, un labeur chronique. C’était aussi Kwashiorkor à répétition et tuberculose à récidive, pathologie commune et presque banale parmi ces patients sidéens - Je vous avouerai que la médecine que j’ai pu observer est bien différente de la notre - J’étais à la fois ému et sans voix, sans moyens, sans pouvoir d’amélioration, d’alternative quand le médecin indien qui me disposait ses cours magistraux personnels tout en examinant les malades me communiquait discrètement en anglais incompréhensible pour garder un certain secret médical bien différent du notre que tel ou tel malade allait surement mourir dans la semaine ou le mois qui vient, laissant derrière lui un foyer, une famille, des enfant…

Ou encore comme cette jeune mère et son fils, tout deux atteints du sida qui viennent dans la petite clinique car l’état du petit bonhomme de 5 ans se dégrade. Mais le fait est qu’elle prend à son compte la pension alimentaire de son fils accordé à chaque sidéen sud africain, sans doute pour ne pas mourir de faim. L’enfant va mal, très mal, ses grands yeux ronds plein de larmes qui ne coulent pas, qui inondent juste son visage innocent et implorent une pitié sans compréhension de ce qui lui arrive en ce moment, cachent cette injustice. Tout d’abord la terrible décadence de ses lymphocytes indiqué sur cette note de labo, puis ce gros ventre bien rond (caricature du petit noir de nos livres de géographie mais triste tableau dans cette galerie de misère), signe que le médecin ne tarde pas à traduire comme une sous-nutrition aggravée, et tous ces autres symptômes que j’ai la «chance» de pouvoir observer, palper, toucher, à l’épicentre d’un cas médical unique pour ce jour, infecté de la tête aux pieds. Lui n’a rien demandé, il n’est même pas encore conscient du mal qui le ronge. Il tousse à s’en faire gémir tout en restant très muet peut être cloué ainsi par son atroce fièvre. Le médecin me fait signe de sortir puis avec un langage simple mais grave et sérieux, il m’explique que pour démarrer le traitement, il est requis un minimum de suivit et d’autonomie en plus d’une alimentation régulière. Cet enfant n’a rien de tout ça, il habite peut être à des dizaines de kilomètres de la clinique et son état pathologique est si avancé que l’on peut avec peine le qualifier de terminal. Il n’est pas en mesure de commencer la médication, mais alors que faire ? La mère va mourir d’ici peu, elle aussi gravement malade. La trithérapie stabilise tant bien que mal l’évolution du sida et fait vivre les malades presque comme si de rien était mais les pathologies qui accompagnent cet état de santé sont rapidement fatales. Il prescrivit finalement quelques petites pullules contre la douleur et le traitement en question, sans oublier le détail important : dans la culture zoulou, il n’est pas rationnellement concevable que les médicaments aient un effet sur le corps et qu’en général ils ne sont pas pris ! Malgré les essais du médecin, pour un jeune enfant comme celui-ci, il est aussi vraiment difficile voire non envisageable d’être laissé seul en court séjour à l’hôpital, c’est culturellement délicat et ici clairement refusé.
Ainsi, il est repartit en fin de visite avec sa maman et son traitement. Perte d’argent, peut être. Mise en danger de la vie de l’enfant, peut être aussi. Quoi qu’il en soit si on ne faisait rien, il allait mourir. Ici on avait donc le choix entre deux issues : mourir ou peut-être vivre, le dilemme en est riche en conséquence mais quoi que bien réfléchie, la décision est simple. Drôle de paradoxe. Choisir la peut-être mort en espérant la peut-être vie pour éviter la certaine mort.
Cet enfant dans un état de vie si sombre, si noir et si critique, allongé sur une table d’examinassions recouverte de draps blancs, quel contraste ! Croyez-moi, ça marque ! Au jour d’aujourd’hui il est peut être mort. On a fait tout ce qu’on a pu, tout ce qui était dans la mesure de nos moyens.

Quelle leçon de médecine quand on dépasse le simple cadre médical ou du moins quand on aborde un cadre différent. Il s’agit de sauver des vies dont on est incapable mais il faut tout de même essayer, faire du mieux possible et c’est le quotidien de ces médecins. Pas de problème de procès, d’assurance, pas de salaire non plus. Agir, aider de son mieux, sauver à longueur de journée, combattre les maladies. Struggle against each disease. Intolérable cruauté ou simplement autre pays, autre population, autre médecine ?

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Entre la Première et la Deuxième année de Médecine (PART2)

Classé dans : Non classé — admin @ 20:49

Encore un drôle de détail culturel : En Europe, pour un mariage, c’est le grand évènement. On s’achète de nouveaux vêtements, on prépare un somptueux festin, on réuni tout ses proches et ses amis. C’est l’occasion de se rassembler et de faire la fête. Au jour d’aujourd’hui, en Afrique du sud, dans les régions assez reculées, tribales et triviales, c’est l’enterrement et la sépulture qui ont remplacé le mariage et toutes les choses énumérées ci-dessus se font à ce moment, on met le mort de coté et on passe un moment comparable à nos mariages. Très étrange, étonnant, presque choquant ! Drôle d’évolution ! On comprend mieux quand on sait que la population avoisine les 50 millions et que 35% d’entre eux sont infecté du VIH, 70% des patients dans l’hôpital où j’étais et 100% dans la petite clinique de sidéen que j’ai visité !

Dans cette excursion en brousse, la simple différence est que pour moi, c’était la première fois de ma vie que je vivais une expérience de ce genre. A tel point que je peux encore, pratiquement un mois après, vous raconter tous ces moments dans les moindres détails. Cette journée de septembre au milieu de patients à l’immense majorité sidéens fut vraiment spéciale, le médecin m’avait remis le carnet de pathologies lié à l’infection par le VIH, je le tenais en main et je les observais défiler devant mois les unes après les autre, «en vrai» !

Ah oui !!! Et aussi cette ponction de glaire cervicale, speculum en main sur des organes désastreusement «syphilisé», dégoutant, j’en ai encore un léger relent gastrique rien que d’y repenser… mémorable !
Comme je l’ai dit «j’ai vu plus de pathologie en trois jours qu’en un mois de stage». Plus, peut être pas, mais des différentes qui comblent et surpassent largement tous nos petits bobos d’européens. Je suis au fait que j’abuse et accentue mon ressenti en comparant cette dernière expérience à mon stage de chirurgie général, que j’exagère peut-être en disant qu’une prothèse de hanche peut attendre demain, qu’un implant mammaire ne sert pas à grand-chose : il y a plus urgent sur notre planète. La France présente aussi ses pathologies non moins graves mais je ne peux atténuer ces moments passés dans cet hôpital au beau milieu de nulle part. Et l’intensité de ces journées «africaines» rend relativement fade la «médecine chirurgicale du sud de la France». Je voulais comparer, nuancer, mais c’est trop opposé, tranché, trop contrasté !

Autre annecdote. Drôle d’ironie, je rentre en salle «sensé stérile» tout équipé, masque et tablier non pour ne pas infecter le grand brulé qui est présent dans cette petite pièce et à qui on doit faire de la rééducation car il a les deux bras collé et les nerfs détruits tant les brulures furent profondes, mais simplement pour ne point attraper on ne sait le quel de ses germes… Ne point infecter l’immunologiquement faible européen que je suis. C’est plus une quarantaine qu’une salle de soin. C’est d’ailleurs, pour l’instant le seul endroit qui m’a pour la première fois fait me sentir vraiment mal dans ma toute jeune carrière de soignant ! J’ai malgré moi du quitter la salle à la limite de mon empathie ou simplement à mes limites : chaleur, humidité, drôle d’odeur et gémissements interminables étaient au bout d’une petite vingtaine de minutes intenables. Ne pouvant plus supporter ces cris de douleur sans fin qui suivaient paralèlement l’intensité de sa souffrance. Couvert de bandes tachées de la tête à la taille pour couvrir ses énormes cloques infectés et purulentes, une cette scène repoussante qui ne devait rien me faire, ça fait parti de mon “métier”, je suis là pour son aide et comment l’aider si je me sent mal…
Mais je n’en pouvais plus, depuis dix minutes je cherchais le peu d’oxygène présent dans cette salle en tirant de quelques centimètres mon masque, au point où j’en étais, j’y restais deux minutes de plus et j’étais par terre ! Déjà là c’était grosse bouffée de chaleur, respiration difficile, audition transitoirement abolie et voilage partielle de la vision ! Once again, first time of my life ! Le commun malaise vagal ! Tu sors cette chambre prison, arrache masque et équipement en respirant très fort et amplement, heureusement dans le seul petit couloir climatisé de l’hôpital. En attendant le prochain soin tu as quelques minutes pour reprendre tes états car tout s’enchaine, on a besoin de ton aide ailleurs. Ouf, personne ne m’a vu, personne ne l’a remarqué pourtant j’étais très mal ! Aucun des 30 jours du mois en chirurgie ne m’a fournit de telles sensations…

Encore un détail, en Afrique du sud il n’y aucune pénurie de médicament. L’épidémie du VIH/sida a rapidement accru la demande d’agents sanitaires dans la région, étant donné non seulement l’augmentation du nombre de cas, mais aussi l’impact du VIH/sida sur les agents sanitaires eux-mêmes. Ce pays très touché est donc chouchouté à justes raisons par toutes les ONG mondiales, ils reçoivent des quantités presque à volonté, tout particulièrement pour le sida. Mais n’oublions pas qu’il y a seulement 74 doctors per 100,000 people (US today*). Ce qui est mieux que le Nigeria (Africa’s most populous country) qui a seulement 23,000 physicians for its population of 124 million. (This is a ratio of only 18.5 physicians per 100,000 !!!). Mais largement insuffisant. Cumulé à l’exode massif, à l’exorbitante émigration des médecins vers l’australie et le canada, le pays est mal en point mais ne manque pas de traitement même dans les endroits les plus reculés.

Un autre épisode me revient. J’accompagne toujours ce jeune médecin indien, on a quitté la clinique des sidéens, quelques minutes de piste en 4×4 pour retourner à l’hôpital, on a besoin de nous, c’est une grosse pagaille. Une petit centaine de personnes attendent et il n’y a que deux médecins. (Encore toute une histoire. Venus pour une grippe, ils se battent pour une place dans la salle d’attente, ils en viennent aux poings, l’un est viré l’autre part en salle de soins, le visage démoli). Je suis donc à présent pour les deux prochaines heures dans la salle de soins, huit lits et un médecin, salle qui sert aussi pour les urgences. Le médecin manie seringues et scalpel contaminé du HIV comme si de rien était, c’est l’Afrique. A ma gauche un homme souffre «à voix haute» d’un accident du travail : il s’est à moitié coupé le bras avec sa machette en récoltant les champs de canne à sucre. Derrière moi une infirmière retire un plâtre, scie à la main, un travail manuel et physique d’une bonne demi-heure ! Plus au fond, une dame est allongée avec une minerve, elle ne bouge pas. (Plus tard dans la journée j’ai pu voir la radiographie de son rachis, deux vertèbres cervicales fracturées ou plutôt explosées…). Le docteur dont j’ai oublié le nom et moi nous nous occupons d’une petite fillette de huit ans, assise sur le bord du lit, ses jambes pendantes se balancent et se crispent au rythme de sa douleur. Sidéenne pour changer, très mal en point aussi, il m’explique rapidement que ses poumons ne sont plus qu’un tas d’emphysèmes, conséquence de la tuberculose. Mon boulot est alors de lui tenir en position le masque à oxygène d’une main et de l’autre lui tenir la main pour tenter de la rassurer (le sourire empathique est une valeur universelle, français ou zoulou !) pendant que le médecin procède à des prélèvements sanguins sur l’autre main. Avez-vous vu un enfant pleurer de douleur ? On ne peut rester insensible. Ce n’est pas une tristesse, pas un chagrin, pas une peine ou un caprice, non, une douleur. Une fois les gestes médicaux terminés, le médecin me fait palper son foie, on sent clairement une arrête horizontale prédominante puis l’examiner, l’ausculter, écouter son cœur et sa respiration. Je lui tiens toujours le masque et la fait respirer profondément encore pour quelques minutes. Elle pleure toujours. Au milieu de ce spectacle, de cette exhibition de mals en point et de maladif, je n’ai qu’un regard de spectateur participatif.

Je voudrais à ce moment pouvoir être déjà médecin, influer, corriger, taire ce vacarme de pathologies. Arranger positivement cette fourmilière de patients venu chercher de l’aide. Participer et prendre part à ce combat sans fin mais ce combat si noble pour la vie. Pour l’instant je faisais du mieux que je pouvais ce qu’on me demandait de faire, de toucher, d’apporter. On continua par beaucoup d’autres patients, tout aussi mal les uns que les autres.
On partit ensuite en salle de radiologie, il voulait me montrer quelque chose à propos d’une dame que je venais d’ausculter. Ah oui j’ai oublié de préciser que là-bas, on abuse vraiment des radios, tu arrives pour un mal de dos : tu repars avec les radiographies de l’ensemble tes 206 os. Le cliché en question était une radio thoracique avec un cœur qui occupait tout simplement tout le thorax !!! De gauche à droite, une énorme tache blanche ! Impressionnant !

Et on pourrait en rajouter encore et encore. On dit que les médecins sud-africains sont parmi les meilleurs du monde. Je n’en doute pas. Ils assistent à des pathologies énormément diversifiés, ils sont tout à la fois, généraliste, spécialiste, chirurgien. Le mien, tout jeune, avait fait deux césariennes dans la nuit, la journée un peu de chirurgie cardiaque (ce qui le passionne) ou encore balistique (blessures par balles, ce qui est très courant là-bas). Il est aussi ophtalmo, orl, dentiste… dévoué à cette cause sans fin, et sans le blasonner, il excelle dans son domaine qui est pour trouver un mot juste : généraliste. Il a même trouvé le temps de me faire pendant le déjeuner un petit cours sur les traitements du sida. Il est tout à la fois dans cet hôpital où mercredi dernier il est resté le seul médecin en fonction la journée entière. Que l’on soit dans un couloir ou n’importe où, il n’y a pas de formalité pour soigner ou faire son auscultation. C’est l’Afrique. Une médecine différente pour un contexte différent !
Le tout accompagné d’un seul et unique problème : la langue, l’anglais médical est encore relativement compréhensible mais le Zoulou ! : très difficile et ainsi, maintes fois, à part mon «yebo, siabonga et saobona» (oui, merci, bonjour) je n’avais qu’un simple sourire à partager là ou j’aurai voulu rassurer, aider, apporter mon aide, rendre utile ma présence… (Prochain voyage du genre, Madagascar, au moins la langue y sera plus facile…)

Quand on rentre à Lyon continuer se études, comprenez que tout parait un peu fade ! Surtout quand ces deux mondes ne sont séparés que de quelques heures ! Rentré le dimanche après-midi, le lendemain, lundi de rentrée fut bien difficile ! Presque violant, cumulé à la fin de ces trois mois de «vacances», en tous les cas brutal et point aisé.

Mais il ne m’a fallut que quelques jours pour me remettre dans le rythme, me convaincre à nouveau que pour arriver à ce que je veux devenir et ce qui m’est de plus en plus confirmé, je dois encore parcourir un long et point aisé parcours.
Enfin bref, les études continuent et le temps passe très vite ! Mais quelles vacances, quelles expériences.

PS : Ah oui, j’ai oublié de rapporter à propos de toutes mes rencontres, que l’on traduirait de l’anglais «open dors», portes ouvertes : des lieux, des personnes, des contacts même parfois des amis, des confrères, étudiants ou médecins d’ailleurs… Très profitable. Mais cet article est déjà bien assez long, il faudra en écrire d’autres, alors gardons en pour plus tard.

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– ? – 19 août 2008

Classé dans : Non classé — admin @ 6:33

Londres – Denver – Las Vegas.
Un vol de 14 heures, assez pour rédiger un très long message ! Incroyablement riche en bonne idées, en excellente mise en forme, on peut s’accorder le loisir de se laisser énoncer des réflexions ou des projets tout à fait innovants et captivants. Un article où se mêlaient profusion de démagogie et propositions sans avance, simple archétype d’opinion… Le genre de message qui une fois terminé vous donne cette satisfaisante adhésion à votre éloquence écrite… Je voulais préciser ces aspects, les voilà on ne peut plus clairs. J’avais deux ou trois schémas sur un sujet, le voilà parfaitement convenablement développé, limpide et justement compréhensible !
Vient l’hôtesse pour me proposer une collation, je plis mes brouillons, les range dans la poche du siège en face de moi puis me voilà arrivé à bon port ou plutôt à bon aéroport. Où sont ces sept pages petits carreaux pleines et combles de mon écriture italique, de toutes mes réflexions ? – Lost – Honnêtement même si c’est quelque peu futile et que le monde continue de tourner sans n’avoir que faire de ces quelques lignes. C’est tout de même une perte moindre certes mais assez considérable car l’altitude inspire énormément et de plus, elles seraient venues apporter impeccablement leur complément à ce blog… On se tient la tête, c’est une bénigne douleur, une triste, regrettable et évitable perte, et dire que celle ou celui qui les trouvera ne considérera en rien la valeur qui leur est due, celle du temps et de l’effort de rédaction, de la rare saisie d’un moment d’inspiration…
Il me reste le voyage de retour, je me souviens de la plus part mais tout était écrit de si belle manière…

PS : je continue de potasser mon petit bouquin, «pratique de l’anglais médical» je pars en Afrique du Sud les deux premières semaines de septembre. Entre autre pour accompagner un médecin en brousse parmis les Zoulous…

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Stage infirmier – Episode 6 – Fin et bilan – I 2 août 2008

Classé dans : Non classé — admin @ 17:26

Article un peu décousu, rédigé entre 1 h et 5 h du matin la nuit du 1er au 2 aout, à moitié allongé sur un brancard dans le couloir du service…

Et voilà, déjà quatre semaines consécutives de stage terminées. Un temps convenable. Si l’on m’en avait proposé plus, j’aurais refusé ! S’il y en avait eu moins, peut-être n’aurait-ce pas été assez, pas suffisant ?

Mais pour un premier contact je m’en suis comblé de satisfaction. Pas un moment je ne regrette ce stage. J’ai tellement appris, tellement vu, tellement vécu de choses inédites et nouvelles. Il me semble qu’aucun jour ne soit passé sans que je n’ai mille choses à raconter à peine ce dernier terminé, et chaque jours était différent. Une absence totale de routine. Et ça j’aime !

Peut-être donc cette durée est tout juste approprié pour faire gouter avec parcimonie, pour donner de l’appétit tout justifié à cette grandiose, à cette unique, cette inégalable qu’est la Médecine et au corps médical en général. En ces quatre semaines j’ai pu observer, assister et faire vraiment vraiment beaucoup de choses. Vraiment ! comme dit-on, j’ai eu la chance de bien tomber !
Alors certes, c’est avec beaucoup d’appréhensions et d’attentes qu’on se présente pour un premier stage : tout début d’une longue collection, temps d’inauguration de tant d’aspects qui feront plus tard le pourquoi de ce que je serai… Il me semble que la «première fois», en chaque chose est importante voire souvent déterminante pour la suite ”“ et ce n’est rien de le dire ”“ car au fond c’est ces commencements qui motiveront la poursuite ou l’arrêt, le dégout ou la passion !

Mais alors la question à se poser est : qu’est ce qui conditionne cette motivation ? Quels sont les facteurs principaux et prépondérants à l’agréable et au bon vécu de nos premières fois ? Et la réponse n’est pas évidente d’entrée mais il est primordiale d’en trouver une. Car bien plus qu’une simple réflexion, ce questionnement porte sur des choses ou des aspects, des concepts ou des personnes qui agissent de façon absolument non négligeable dans la direction que prendra notre existence !

Combien vous on déjà dit : j’en suis arrivé là grâce à telle rencontre à tel moment de ma carrière. Pour prendre plus simple, j’ai commencé le golf suite à une excellente première fois. Il y a des moments incontestablement déterminants ! Et ce stage, ce premier stage, cette première expérience fut particulière et je pense jouera favorablement pour une suite confirmée. Une bonne appréciation, bien agencée dans une mosaïque de circonstances.

Ainsi si j’ai décidé de devenir un jour médecin pour me mettre au service de l’humanité. Si je me suis arraché deux ans pour décrocher ma place dans le numerus clausus. Si ensuite je me suis assuré qu’un jour, pour de bon, je serai ce que je veux devenir… Il réside d’un autre coté cette part d’inconscient, d’imprévisible : Et si je n’étais pas fais pour devenir docteur, si ma vocation, mon engagement hors du commun n’était que futile et absurde car aux antipodes du vrai, de l’authentique de mes espérances inconscientes ? Et me voilà arrivant devant un malade, désarmé, sans motivation car me rendant compte que cette profession ne me plaisait point. Le risque était présent.
Vous me l’accorderez, je n’avais plus trop le choix, une fois la machine lancée, l’arrêt est impossible mais donc l’accident en était tout autant inévitable si obstacle il devait y avoir. Quoi qu’il devrait arriver durant ce premier contact sérieux, pour le moins tangible avec ce que l’on appelle Médecine, je devrais continuer les études qui portent ce beau nom. Si j’en suis arrivé à cette réflexion c’est que malgré moi, je me suis constaté capable et dans la capacité de devenir ce que n’importe qui, ou plutôt ce que tout le monde ne peux devenir ! Car je l’ai déjà dite grandiose et unique mais je rajouterais comme compléments : spéciale et très particulière.

Plus tôt cette semaine, je faisais le pansement d’une jeune et adorable demoiselle et au cours de mon acte, après avoir appris que j m’apprêtais à devenir un jour médecin, elle me lança : «et vous aimer tout ça ?», moi de répondre «comment ça ? Tout ça» et avec un geste du bras me montrant son pansement recouvrant la large cicatrice d’une prothèse de genoux elle me répéta : «et ben… tout ça !». Je fus un peu pris de court, car oui, j’aime faire un pansement parce que c’est nouveau, parce qu’au début c’est assez marrant mais une petite cinquantaine m’a suffit pour m’en lasser, il n’y a vraiment rien de passionnant à faire un simple pansement (ce qui est bien différent de la pose de la prothèse de genoux mais c’est un autre sujet). Alors je lui ai répondu que non, je n’aimais pas spécialement faire des pansements, que le métier d’infirmier n’était d’ailleurs pas spécialement non plus passionnant voire presque banal et rébarbatif. Mais que toute la différence portait sur le fait que des gens souffrent et que des gens souffrirons encore et toujours et qu’il faudra toujours et encore des personnes dévouées pour en prendre soin, et c’est la raison pour laquelle je suis là !

Je venais en partie de répondre à une question que je me posais et si ma réponse fut juste et vraie, elle ne me convenait pas car avec moi travaillait une très ancienne infirmière qui à quelques mois de la retraite, après plus de presque 40 années d’exercice, était toujours passionnée par son travail.

Mais revenons-en au cadre d’approbation et de confirmation de ce stage. Comme je l’ai dit, j’ai pu bénéficier d’une vision vraiment globale d’un établissement de soin et de santé. Au niveau médical bien sur, j’ai accompagné une cohorte de tous types de médecin, et j’ai côtoyé pratiquement toutes les personnes en présence : l’ensemble du personnel qui compose la formidable équipe soignante qui conduira le patient malade dans un cheminement plus ou moins rapide vers sa propre guérison. Étant dans une clinique chirurgicale j’ai assisté à un paquet de gestes techniques, du chirurgien à l’aide soignante, de l’anesthésiste à l’infirmière… J’ai aussi gouté à l’ambiance particulière que l’administration et la hiérarchie impose à ce condensé de petites révolutions, ragots, rumeurs et revendications. Mais bien au-delà de tout cela, j’ai été confronté avec plaisir et malgré moi à une dimension tout autre et unique qu’est cet aspect humain, relationnel et psychologique dans la relation de soin !
Et je pense sincèrement qu’il découle de ce petit plus inhérent au corps médical, un détail qui fait toute la différence. Il me faudrait tester un stage vétérinaire pour confirmer mes propos, car un «je vous fais mal ?», ou un «j’ai mal, je souffre», puis un «merci de m’avoir soulagé», un «rassurez vous, je suis là, appelez quand vous voulez» sans parler de toutes les conversations de générosité dialectique et pseudoaffectives. Ce sont tant de petites phrases qu’on ne rencontre que très peu voire pas ailleurs, un corpus caractéristique. Et même vis-à-vis de quelqu’un qui ne se rend pas compte que l’on prend soin de lui (comme cet adorable papi un peu fou que j’ai surveillé durant son sommeil avec attention chaque quart d’heure de cette nuit) la dimension humaine est toujours omniprésente. Évident, on a en présence deux humains qui se parlent ou qui communiquent. À part exceptions, résultat d’une conception normale, d’une évolution logique. Dimension présente mais toute différente entre un malade et un soignant, entre un malade et moi !

Pour continuer en énonçant encore mes pensées. Faire du bien est agréable, parfois valorisant et gratifiant. Mais il faut rechercher nos motivations à ces actes de générosité. Par exemple, un désintéressement total dans ces circonstances est nécessaire pour conserver un tempérament d’action qui rendra cette dernière juste et bonne. Certes, l’absence complète de perspective de gains quel qu’il soit lors de n’importe quelle action est presque impossible. Car même si nous n’attendons vraiment rien, un «merci» nous fera toujours plaisir, preuve d’une autosatisfaction inconsciente qui à posteriori dévoile les entrailles cachées d’une loyale et franche mais partielle générosité. Au-delà de cet infime seuil qu’est notre égoïsme inconscient, il est tout de même possible d’agir pour faire du bien avec une motivation juste et honnête, constituant de l’action de soigner. J’aide les gens non point parce que je suis rémunéré pour le faire, non point car je sais que je vais en tirer un bénéfice physique, matériel ou moral. J’aide les gens parce qu’ils me le demandent simplement, et même s’ils ne me le demandaient point, j’aspire à un monde meilleur et cela commence par l’amélioration de la santé de chacun. Point-barre. On y retrouve un peu des bases de conceptions théologales comme la charité, mais je pense sincèrement que c’est dans un bon altruisme qui découle d’une convenable «empathie médicale» qu’il faut trouver les fondements d’un soin sans intérêts. Et si l’on assiste aujourd’hui à une médecine fondée sur une économie de gain, sur des soins de prospérité, sur une santé de coûts. Ce n’est pas là qu’il faut chercher nos «motivation médicales».

Tout en gardant donc nos motivations premières, on assiste tant bien que mal aux dommages collatéraux de nos bons et loyaux services dont nous sommes les premiers bénéficiaires. Je m’explique. S’il y a parfois bénéfice matériel, comme une simple boite de chocolat au départ de la clinique du patient guérit, il y a, en tous les cas pour moi, constamment un bénéfice moral et ce point en terme personnel qu’il faut le comprendre. C’est un bénéfice non voulu aux prémices de l’action mais qui une fois cette dernière terminée se manifeste comme la démonstration d’une utilité au sein d’une multitude dans le besoin. Le tout noyé dans un cosmos d’autres actions mais qui mises ensemble forment cette particulière récompense. À notre manière, même par un acte insignifiant on a contribué à l’amélioration de l’instantané ou du durable d’un personne souffrante dans un besoin de santé ! Et à la fin d’une journée, même si tout notre «travail» aurait pu être exécuté par quelqu’un d’autre, on a participé à ce petit plus. Ainsi, si peine, saleté, fatigue, principes, odeurs et on pourrait en rajouter, si tant d’aspect brident nos actions dans la vie courante, ici il n’en est plus question, l’apogée du service de la personne souffrante se dévoile sans complexes. On est libre dans la liberté de faire tout – ou presque – ce que nous demande un malade. Ainsi si cette nuit encore j’ai nettoyé les dégâts d’un monsieur qui inconscient avait uriné un peu partout et bien humidifié le sol de sa chambre. Je m’y suis mis presqu’à m’en faire vomir pendant qu’il dormait paisiblement, c’était pour le seul et unique bien être de cette personne. Dans ces moments, il ne faut pas trop se poser de question car la raison nous pousserait à laisser à autrui cette tache ingrate et à laisser ce somnambule incontinent dans ses propres déjections. Un service donc au-delà de la raison pour un bénéfice qui l’est aussi.

Se rentre utile dans une utilité d’essence naturelle, d’existence légitime tout en considérant cette utilité comme devoir premier de sa réalisation et non comme fin en soi.

S’il faut être un peu fou pour se lancer dans une carrière de ce genre, je le reconnais. Il faut aussi être fou pour ne pas reconnaître que ces soins ont leur raison d’être ! Par conséquent considérer comme génial et louable le travail des soignants tout en disant «moi je ne pourrais jamais faire ce travail !», c’est une forme d’égoïsme caractéristique et significative et ainsi une forme de folie !

Oulala, je m’éloigne !

Revenons. Bref, résultat des courses, après une journée de boulot, après un mois de boulot et par suite après une vie de boulot, je pense que le bénéfice est relativement bon et contrecarre les difficultés qui s’y opposent. D’un coté comme de l’autre. Et pour dire vrai, je crois que j’ai pris gout à cette luxure d’altruisme qu’offre la médecine. La voie de prédilection par excellence vers une profession hors du commun ! Ce qui confirme mes motivations pour devenir un jour médecin ! Et beaucoup de facteurs ont été présent en convergence pour m’encourager dans la filière que j’ai choisie.

Trêve de philosophie et de réflexions où mon esprit fatigué divague…

Ce stage fut aussi une initiation globale à la vie d’une clinique. J’ai assisté à beaucoup d’examens complémentaires : radiographies, échographies, écho-doppler, épreuves d’effort, électromyogrammes, électrocardiogrammes…
Toute la différence de ce stage et le drôle de paradoxe est que j’étais stagiaire infirmier étudiant en médecine. Et je dois dire que je ne manquais pas une occasion de me retrouver avec des médecins ou des chirurgiens qui me le rendaient bien. A chaque visite j’étais présent, j’ai souvent eu le droit à des cours magistraux particuliers sur telle ou telle pathologie ou technique. Et oui, j’étais le seul étudiant en médecine de cette petite clinique et parmi la vingtaine de chirurgien, ça se su vite. Alors je tournais d’un docteur à l’autre, invité par roulement ! Je crois que c’est ce qui a aussi fait la réussite personnelle de mon stage, cette excellente satisfaction, chaque jours nouveau comme je le disais. Assisté, j’ai fait une ponction d’ascite, des colo avec un appareil pas si facile à manier (il faut se repérer et ne pas se perdre dans le grêle…), j’ai posé des sondes urinaire assez compliquées, j’installais des intubations sous le regard pédagogue de l’anesthésiste (on s’en foutait ils dormaient déjà !), j’ai piqué dans le cou pour une voie parentérale, j’ai piqué avec des aiguilles électrodes dans les bras, les jambe pour tester si les opérations n’avaient pas abimé ces derniers ou alors pour les endormir spécifiquement… Plein de truc qui pour moi, en plus de tous les soins infirmiers, étaient fantastiques ! Et tout cela seulement dans mon premier stage.

Mais par-dessus tout je dois dire que je me suis vraiment plu au bloc opératoire, entouré de petit martiens tous vêtus de vert, cagoule et masque… Et les deux dernières semaines, le matin je restais dans le service de 7 heures à 8 heures puis en général, si ce n’était pas moi qui partais de mon gré pour assister à une opération passionnante, c’était l’infirmière qui me proposait de descendre au bloc et je dois dire que je n’ai aucune fois refusé. J’ai donc assisté à un paquet d’opérations de tout genre, de l’orthopédique, a peu près tous les membres, toutes les articulations, tous les os, tous les tendons et tous les ligaments Du petit doigt broché jusqu’au poignet au canal carpien, prothèses, genoux, hanches, chevilles. Fractures un peu partout. Du viscéral, vésicules, appendices à ne plus les compter puis des cancers et quelques autre truc plus important et impressionnant. Dans un des blocs on faisait dix coloscopies par matinée… De l’ORL, amygdales, sinus, oreilles, gorge, chirurgie des sens… Un peu de stomato, des dents de sagesse, quelques opérations de gencives. De l’urologie. De l’esthétique, implants mammaires, paupières, liftings, nez… Je crois que c’est à peu près tout. Je n’ai point vu de gynéco, pas d’accouchements, ni de cardio, pas de pontage ou de greffe de cœur, ni de neuro… Et même si mon boulot se résumait le plus souvent à tenir les écarteurs… c’est super excitant. ça en vaut bien le prix de rester debout immobile beaucoup de matinées des heures durant !

La chirurgie c’est top !

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Stage infirmier – Episode 6 – Fin et bilan – II

Classé dans : Non classé — admin @ 17:00

Et voici l’une des anecdotes les plus marquantes de mon stage :
Ce matin j’ai décidé d’arriver de bonnes heures à la clinique.
6 heures 55 je suis dans le bureau des infirmières.
Un peu encore dans le flou, assis sur la chaise du fond, dos à la fenêtre, le soleil d’azur me chauffe déjà fort le dos.
(Les détails qui ne servent à rien c’est important !)
Le matin c’est assez dur !
6 heures 58 je tiens ma tête entre mes mains, coudes sur les genoux, je sens que ça va être une grosse journée
Les infirmières de nuit vont apparemment bien, tout va bien.
7 heures, les infirmières de jour arrivent.
7 heures 01 l’ambiance est bonne et conviviale, la relève peut commencer.
7 heures 02 une aide soignante rentre en sursaut dans la pièce.
Le visage affolé, pas très sereine, pas normale, ce n’est pas un vieux qui a pissé dans son froc !
«La femme de la 12 (bien sur ce n’est pas ce bon numéro, secret médical) n’est plus consciente !»
A partir de ce moment le service ne fonctionne plus comme à l’habitude.
On est passé en mode urgence.
Et si ce genre d’accident arrive peut être régulièrement dans des services de réanimation,
Moi c’est la première fois que je vois un coma !
Tout branle bat de combat, on ramène chariot de réanimation.
L’anesthésiste arrive d’urgence.
Le Coma est profond, un bon Glasgow 3, 22/17 de tension !
Je prends sa température, 41 !
Elle a plein de petites convulsions, les jambes contractées tendues.
7 heures 15, une équipe du SAMU arrive.
Vous avez déjà vu ça dans les séries de petits docteurs, et ben c’est identique !
En quelques minutes tout est en place, ils commencent la réanimation.
Et moi je fais le relais entre la chambre et la salle de soin.
J’ai du me taper trois ou quatre super sprint pour aller chercher du matériel requis.
Heureusement je suis là depuis trois semaines, je commence à connaître les emplacements des choses.
Voir cette scène est très particulier.
On lui injecte différents produits, curare entre autre qui donne des petits spasmes sur l’ensemble de son corps inerte à part son cœur qui bat.
L’équipe du samu n’est pas très optimiste.
À ce moment, si on coupe le son, si on retire les bip bip du cardio et les pfchou.. du respirateur,
Si on remplace ce vacarme par une musique approprié, si on passe le tout au ralentit, c’est un film.
Mais non ! C’est du vrai, c’est du réel, c’est maintenant, elle est dans le coma.
À ce moment tous les autres patients du service sont accessoires.
Et dire que j’ai rencontré cette dame hier soir, rentré pour un cancer du grêle, bloc du jour.
Tout allait presque bien, même il y quelques minutes de cela et ce matin le coma !
Rien n’avait été encore fait ce qui veut dire qu’elle aurait fait ce coma chez elle.
Mais quand même, aurions-nous pu éviter ça ?
7 heures 40 L’équipe du samu l’emmène dans l’hôpital le plus proche en service réanimation.
Voilà, elle est partie.
Je lui souhaite tout le meilleur pour la suite.
J’appris le lendemain qu’elle avait fait une grave hémorragie méningée.
Elle est toujours dans le coma…

Ce stage fut vraiment une très bonne expérience. Je m’en suis tiré avec un «excellent stage, très bonne participation aux activités du service» comme appréciation.

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Projets… 26 juillet 2008

Classé dans : Non classé — admin @ 18:21

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Stage infirmier – Episode 5 24 juillet 2008

Classé dans : Non classé — admin @ 15:18

Aujourd’hui motivé pour une bonne journée d’infirmier j’arrive à 7 heures exact à la clinique.
La relève est mouvementée. Les infirmières de nuit ne sont pas commodes…
Les infirmières du matin sont de mauvais poil. les aides soignantes aussi.
Moi je suis crevé.
Pour la première fois depuis trois semaines, règne une sale ambiance dans le service.
Tous les “bons”, sympas, drôles et marrants sont cet après midi.

7 heures 15, j’en ai déjà marre.
Ca crie, un papi furieux a arraché sa sonde urinaire,
une autre a repeint les murs pendant la nuit et continue sur les aides soignantes qui tentent de lui faire son lavement.
Pour quitter cette ambiance je descends les valgus d’hier en radiologie.
Une, c’est cool !
Puis un autre patient pour une échographie. On s’arrète 3 minutes en chemin, sa tête tourne.
Puis je fais toute la clinique pour chercher un fauteuil roulant qui a disparu pour pouvoir descendre le deuxième valgus.
J’ai carte blanche, je me balade avec la liste de codes de tout l’établissement.
Je trouve plein de nouveaux coins comme la terrasse et le bar au 5ème (désaffectés pour l’été au profit de la pinède.)
Je rencontre un cardiologue dont j’avais fait la connaissance, on discute 5 minutes.
Puis après, 5 minutes avec les cuisinières, toutes adorables.
Je commande mon menu pour le déjeuner.
Puis encore avec la pharmacienne quelques minutes.
J’évite la débandade soignante du 3ème, 30 lit et 4 infirmière dont une qui embête tout le monde !
Je suis très ami avec tout le monde, même avec l’infirmière que personne n’aime.
Je suis le médiateur. Benoit, tu peux dire à … de faire …
Honnêtement ça me soule.
8 heures, la brancardiers viennent chercher une patiente pour une prothèse de genou.
J’étais vraiment motivé pour rester avec les infirmières, ce en quoi devrait consister mon stage.
Mais je prends l’ascenseur avec les brancardiers et je descends au bloc.
La malade part en salle d’op et moi je fonce au vestiaire, je passe du blanc au vert, calot et masque…
Aille ! Un bloc d’ortho est déjà occupé, on a finalement démarré une autre opération, ma prothèse elle commence à 11 heures.
Et me voilà reparti comme d’habitude à jongler d’une salle de d’op à l’autre.
Parmi les six je trouve ce qui me plait ! Je fais mon choix.
Pour commencer la blépharoplastie, quatre paupières, sup inf droit puis sup inf gauche.
Une réussite, vraiment incroyable.
Ensuite pendant que l’on prépare le bloc pour l’opération prochaine.
Je vais voir une réduction mammaire, mammoplastie de réduction. Impressionnant aussi.
Puis quelques minutes à discuter avec toute la bande de chirurgien et anesthésistes,
qui préparent leur trip en Harley sur la road 66 pour l’automne 2010.
C’est reparti pour un nez, rhinoplastie. Il y a l’avant et l’après, ce que l’on ne voit pas dans une colectomie par exemple !
Entre temps vite fait, je suis passé avec en urologie.
Avec un chirurgien assez atypique. Musique à ne plus s’entendre, à fond dans la salle d’op !
Pour continuer la matinée : une prothèse mammaire, on vide tout puis on rempli avec une prothèse de silicone, ou plutôt deux.
Une chirurgie particulière car on est tenu à une obligation de résultat.
Un sein puis l’autre du 90C, standard, au bas mot 5000€ pour une bonne heure !
Mais je préfère la chirurgie de la face !
La prothèse de genou ou PTG va bientôt commencer.
C’est parti pour deux heures et demie d’opération.
Le chirurgien passe bien la soixantaine mais malgré toute son expérience c’est un cas très compliqué.
100 fois plus intéressant que la prothèse de hanche.
Il me décrit beaucoup, répond amplement à toutes mes questions.
Un anesthésiste me dit, ce qui n’arriverait jamais en hôpital, nous ne somme que 4 dans le bloc.
Je suis en tenue. Après un interminable lavage de main.
J’ai pour mission de tenir la jambe et les écarteurs quand on me le demande.
On retire les ligaments croisés puis on s’occupe de faire le fémur au carré puis le tibia.
On pose la prothèse, ça fait parti des grosse interventions chirurgicales.
Bien garder l’axe, pas que le patient n’ait une jambe de travers.
De l’orthopédique certes alors clou, vis, marteaux, scie, perceuse.
Mais un travail d’artiste, un style harmonieux
Et une évolution très continuelle tout au long de l’opération.
Du compte a rebours du garrot que l’on doit détacher au bout de 120 minutes,
alors ensuite les artères crachent à pleins pots ou plutôt à pleines compresses !
A celui en fin d’opération où l’on a que 6 minutes avant que la colle des prothèses ne durcisse.
Dans l’ordre la rotule, le tibia puis le fémur puis on allonge la jambe, replace la patella et on recoud le tout.
Tout est au top ! Je n’aurais pas pensé qu’on fasse ainsi ! Tout est une histoire d’équerres.
Vraiment passionnant, j’ai même étonné le chirurgien à me tenir debout immobile sans bouger presque trois heures
De 11 à 14 heures sans un seul signe de faiblesse. Car c’est bien plus long d’observer que de faire…
Ca fait tout de même un peu mal en bas du dos ! Mais je n’avais pas trop le choix !
Mais après avoir vu orteils, chevilles, genoux (prothèse et ligaments), hanches, épaule et mains,
Si un jour je serai chirurgien, ce ne sera pas en orthopédique.
En revanche l’esthétique de la face m’a vraiment plut !
J’ai quand même une chance inouïe de voir autant de trucs pour un premier stage !
C’est ça les clinique !

Le bloc, un microcosmos particulier, parfois une chapelle de concurence et un temple d’exaltation d’égo…
Mais vraiment dans une ambiance excellente presque toujours festive !
Le chef de bloc y est pour beaucoup, c’est je crois l’homme le plus expressif que j’ai rencontré dans ma petite vie !

Et encore une fois, réussir sa première année de médecine ça change tout !
Ce matin un chirurgien inconnu (dans un sens mais point dans l’autre car je l’avais déjà vu opérer une prothèse de hanche) est venu me chercher pour m’offrir un café !
Ancien étudiant lyonnais il voulait faire ma connaissance.

Qui sait peut-être un jour je serai un grand patron.

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Stage infirmier – Episode 4 23 juillet 2008

Classé dans : Non classé — admin @ 14:19

Aujourd’hui encore, matinée au bloc : Des ligaments croisés, une prothèse de hanche, une où j’ai manqué le début alors je n’ai pas bien su mais c’était sous cœlioscopie, une gastroscopie (de la bouche au duodénum) et une colo (de l’anus au grêle). Et pour bien finir, une colectomie, opération d’une heure et demi avec un véritable cours magistral, le chirurgien m’a tout décrit dans le détail. Et ce n’était dans ce cas pas sous cœlio donc j’ai pu vraiment bien tout voir. Au petit déjeuné ce matin j’avais relu rapidement quelques planches du Netter mais en vrai c’est autre chose !

Hier j’avais assisté à l’opération de deux valgus qui s’était très bien déroulé, ce matin nous allons donc pour changer ses pansements et en retirant les anciens, aux deux pieds des points ont sautés (en tous les cas abimés), ça pissait le sang, petite flaque dans le lit et malade en panique… C’est le genre scénario catastrophe pour des infirmières qui sont plutôt habitué à du “propre et facile”. Deux pansements assez difficiles.
Hier encore j’ai enlevé un redon de genoux, jusqu’ici tout va bien sauf que le patient était sous une dose très forte d’anticoagulants du coup pendant un bon quart d’heure j’ai du tenir mes pinces appuyées en changeant successivement mes compresses (qui en moins d’une minute s’imbibaient complètement), là encore beaucoup de sang !
Et pour finir avec les difficultés, ce matin on a du poser une voie parentérale dans le cou de la coléctomie, le retour veineux était excellent mais l’anesthésiste n’avait pas le feeling de la veine… il essaye cinq ou six fois d’un coté, le guide ne rentre pas, puis de l’autre, rien à faire, si, de force, heureusement qu’il était encore endormi ! Et voilà, on est dedans, espérons que ça ne remonte pas jusqu’à la tempe…

C’est assez bizarre comme goût, si on peu appeller cela comme ça, mais du seul point de vue pédagogique bien sur, j’aime assez quand ça se passe mal ! ça rajoute du piment, de l’atypique !
(Bien évidement encore seulement en tant qu’observateur ! car je compatie avec malades et soignants…)

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Stage infirmier – Episode 3 18 juillet 2008

Classé dans : Non classé — admin @ 21:55

Aujourd’hui, encore une journée formidable !

Nommé stagiaire d’excellence par l’équipe soignante du service de chirurgie, je peux donc disposer mon emploi du temps comme je l’entends. Mais aujourd’hui malgré tout le luxe que l’on me proposait, invité par les chirurgiens pour contempler leurs prouesses (à croire qu’ils en son fier, ou simplement, ils se plaisent à un exercice de pédagogie dont ils sont les maîtres…). Malgré tout cela ce matin j’ai opté pour le contenu infirmier que je dois apprendre. Je ne me débrouille déjà pas trop mal mais il y a beaucoup de choses à affiner. J’apprends encore et encore et dans mes temps de pause je potasse un petit manuel d’infirmière, apparement la bible des protocoles… Ainsi couplé à beaucoup d’observations je suis assez en confiance lors de mes premières fois, à chaque nouveau soin.

Dans le courant de la matinée l’infirmière que j’accompagnais me proposa de faire un gros pansement (dans la taille de la cicatrice, 14 points). Relativement simple (pas inflammatoire et bien «refermé»). Le seul problème était que le patient en question était un patient sur-anxieux, un hyper-angoissé, une sommité en matière de stress… Je n’ai donc pas bien senti le coup, il m’en aurait voulu à jamais de lui faire mal… et je m’en serai voulu a jamais de lui avoir fait mal ! Comme je l’ai déjà dit, dans cette clinique on voit de tout, et j’en détaillerai plus dans la suite. Ce patient avait travaillé toute sa vie dans le spectacle, en matière de mimes et de comédie, c’était un pro, c’est lui qui me l’a avoué, il s’est même découvert douillet comme jamais…. J’ai donc encore une fois regardé faire ce pansement non point difficile dans sa réalisation mais un peu mouvementé en théâtre. Il se tordait de douleur tout en nous disant «je n’ai pas mal, c’est de la comédie ! Mais je ne peux m’en empêcher…». Sur un aspect plus psychologique, il me disait aussi se faire beaucoup de film, de scénarios catastrophes sur l’évolution de sa maladie et là encore il ne pouvait s’en empêcher, quoi qu’il arrive le cerveau tourne et à rester seul dans une chambre d’hôpital on peut le comprendre… Un malade ce n’est pas seulement quelques points de sutures après un acte chirurgical quel qu’il soit. C’est un ensemble !
Alors ensuite pour bien faire j’ai passé une bonne demi heure à m’entrainer avec des pinces de tout genre pour devenir un expert en maniement de ciseaux et de compresses, cœur même d’un pansement bien fait…, figurez-vous que ça n’est pas si évident ! Toujours être stérile, avec des protocoles draconiens que je n’ai en aucune façon le droit de dévier… Mais je crois que je ne me débrouille pas trop mal, je peux maintenant entrer en pro pour faire mes pansements, ce qui met de suite plus en confiance «mes malades». Je manie comme un chef tous ces ustensiles du scalpel au plus petit ciseau. Ce sont des gestes tout simples mais pas de suite evidents comme par exemple changer une perfusions avec quatre entrées, on en a plein les doigts et plus d’une fois je me suis emmêlé pédales, un nœud de tuyaux ! En débutant tout ça est assez délicat cumulé au regard du patient qu’il faut aussi savoir gérer, alors je m’entraine, c’est un peu le but de mon stage !

Plus tôt, comme d’habitude un docteur était venu faire ses visites matinales. Mais celui-ci, je ne le connaissais pas et comme je commence à avoir l’habitude de le faire, je me présente et je ne sais pas bien comment le décrire, j’ai déjà vu pas mal de médecins mais là, «le courant passe», il est ORL (la spécialité on s’en fou) mais c’est typiquement le genre de médecins que je voudrai devenir. Un type absolument génial, toujours à l’écoute, attentionné, compréhensif, autant dans le couloir avec moi que devant les patients, ce qui n’est pas toujours le cas ! Au fil de la discussion j’ai compris qu’en plus d’être ORL il faisait aussi de la chirurgie plastique de la face… Et en fin de visites, j’ai réussi à me réserver pour jeudi prochain quatre opérations, ce sera un nez et trois paupières !

Ma matinée continue et j’apprends de façon très assidue mon métier d’infirmier avant de devenir médecin, le tout toujours dans une ambiance génial, petits croissants, chocolat chaud ou café, climat méditerranéen et personnel soignant toujours adorable et très instructif, parfois à l’excès, j’ai du leur faire comprendre que je devais apprendre alors ils ne s’en privent pas !

Encore une nouveauté du jour, dans le service est admis un patient atteint de la maladie d’Alzheimer, une maladie certes terrible mais aussi assez amusante (toutes proportions gardées) comme j’en ai fait la sympathique mésaventure. Un bon 75 ans, adorable, drôle, amusant, même presque attachant, le seul et unique problème est qu’il perd cruellement la mémoire et cela le place en conséquence dans des situations pour le moins cocasse. Alors on est loin de l’hospice psychiatrique mais ce fut ma première expérience en tant que soignant avec une personne du genre.
Il y a des images, des moments qui marquent, des situations que l’on oubliera jamais, me voilà dans le couloir, face à lui, prêt pour partir se faire opérer : de haut en bas, son bonnet de bloc porté soigné comme un béret français, sa tunique bleu marine de bloc enfilée à la Romaine en grande cape, son slip (de papi bien sûr) remonté à mi-ventre, et pour bien finir des sandales spartiates ! J’ai du répondre à son «je suis prêt» un poli «mais que faites vous ? votre opération est dans une bonne heure, allons, rentrez dans votre chambre ! Il nous reste encore un peu de temps.». Pour moi, ce patient fut un César, un empereur, un portrait très spécial. Toute la matinée une personne devait se tenir en permanence dans sa chambre pour éviter le pire, de l’arrachage des perfusions au saut par la fenêtre. Je l’ai surveillé une bonne heure et j’ai vu un peu de tout, du médecin qui voulait le tuer au chat mystérieux qui miaulait sous son fauteuil (fauteuil sur lequel les infirmières l’avaient solidement attaché avec des draps…). Je devais le ramener à la réalité mais il récidivait dans ses histoires aussi tôt que l’une était terminée. Il cherche les trous sur sa couette pour l’enfiler comme une chemise, il s’exaspère de toutes les idioties que la télévision nous raconte tout en louant ces gens exceptionnels que l’on appel journalistes, il me raconte des histoires farfelues sorties de nulle part, il me fait rire mais je me dois de lui dire la vérité, il n’y a pas de loup dans le service, ni de piste d’aéroport dans le couloir…
La mémoire est la base de l’orientation spatiotemporelle et quand cette dernière nous fait défaut, on observe une dialectique très particulière, des aberrations aussi grosses les unes que les autres… Alzheimer c’est ça !
Mais c’est une maladie difficile et terrible, dégénérative et d’une insoutenable injustice. Dans la matinée on est venu lui rendre visite, lui apporter compagnie et essayer de tenir une simple conversation, exercice presque impossible, ce on finit par sortir de la chambre au bout de quelques minutes en pleurant. C’est dur, très dur !

Encore une fois, au-delà des seuls soins techniques, ce versant relationnel est très fort et très présent ! Passer quelques minutes pour calmer une malade qui est dans une angoisse insoutenable, qui mutile son moral à s’en empêcher de respirer et s’étouffe tellement sa poitrine est serrée, qui fait monter artificiellement sa tension à presque 20/12… Discuter simplement mais tenir une compagnie nécessaire et utile à ce genre de personnes inculque une dimension de plus à ces professions médicales qui sont déjà hors du commun !
Côtoyer la douleur, la difficulté, la souffrance, le mal autant physique que psychique et cela du plus jeune âge où l’on redoute par-dessus tout les piqures jusqu’à un âge bien plus avancé où l’une des principales craintes est la solitude. Avoir cette constante empathie tout en trouvant la juste frontière entre le partage d’émotions, le permanent soucis de l’aide, et l’appropriée distance qu’un soignant se doit de garder pour conserver une lucidité et un sens de la décision médicale orphelin de quelconques subjectivités.

Un autre point où selon moi il n’est pas donné à n’importe qui de savoir gérer de telles situations et se gérer dans de telles situations est que l’on entre dans l’intimité des malades, leur pudeur nous est dévoilé, avec des mots justes : «mis à nu». Et selon moi encore, les grandes différences qui tournent les malades de la gêne et de l’embarras vers une commodité et une simplicité, presque une aisance de déshinibition sont : premièrement ce que j’appellerais «l’effet blouse blanche» ou l’étiquette soignante qui nous définie, médecin ou étudiant en médecine (ces gens sont là pour mon bien, pour me soigner, je peux en avoir confiance…). Deuxièmement le fait que dans ce colloque singulier et particulier l’intimité soit quand même et malgré tout bien conservée. Et ma troisième raison serait simple : ils n’en ont pas vraiment le choix car devant la médecine s’inclinent tous principes, positions ou croyances. La santé prime en rendant presque accessoire et annexe nos états d’âme personnels, nos sentiments de tous les jours. Mais par ailleurs il faudra bien sûr pour chaque patient et chaque situation savoir s’adapter, chaque personne est différente et la maladie transpose et décuple l’importance de convenables relations…

Si la mort reste encore relativement un tabou en médecine, d’autres tabous n’en sont plus…

J’entre dans une chambre, j’adapte comportements, façons d’être, propos… Parfois on a besoin de leur apporter un peu d’humour et de gaité, parfois du réconfort, parfois il faut leur parler de nous, leur raconter notre vie, parfois il faut savoir les laisser parler, les écouter, parfois encore simplement se taire mais être présent en agréable discrétion. Même pour un acte chirurgical banal et sans risques, il y a toujours des appréhensions, des craintes (la douleur, l’anesthesie…) et donc à fortiori bien plus pour de graves pathologies. C’est une chose de le savoir en théorie, c’en est une autre de le pratiquer, de l’employer, de l’exercer, de le mettre en œuvre, en application, en pratique, de le réaliser, de s’y adonner, de s’y appliquer, de le manier, de l’entrainer, de l’utiliser, de suivre ce «perfect way of being» et de s’y tenir au mieux, c’est une partie du soin…

Plus j’avance dans ce stage, plus je me dis que c’est vraiment un corps professionnel unique et spécial, corps qui me plait, qui correspond aux schémas et aux maquettes que je m’étais préconstruits et prédessinés. Et sincèrement après avoir observé beaucoup d’opérations et suivit différents docteurs, être chirurgien m’attirerait vraiment, ce coté technique de précision, ces qualification et ces aptitudes qui justifient la place qu’ils tiennent dans la clinique et de l’autre, la médecine comme on aimerait la pratiquer. Paradoxalement pour l’aspect relationnel on dit que ce n’est pas l’idéal quoi que certain manient avec une dextérité hors du commun ce corps dépouillé de douleur pendant leurs opérations et cette personne humaine qui une fois réveillée retrouve toute son intégralité !

PS : Je pourrais décrire mes gestes plus techniques mais cela n’aurait pas trop d’importance, on les trouve dans n’importe quel manuel infirmier, sauf que peut être pour certains je tremble un peu… En revanche j’estime plus des reflexions auquelles je suis confronté, des constatations réfléchies…

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Pas très bien tout ça… Mais très confortable ! 16 juillet 2008

Classé dans : Non classé — admin @ 18:32

Diagnostique d’une maladie grave : ma conscience professionnelle me fait déjà défaut, je vais passer mon jeudi entier au golf. Après tout je ne pointe nulle part et j’aurai le temps de rattraper toutes ces heures, quoi que je ne les ai pas perdues puisque je ne suis indispensable pour personne, si je suis absent, rien ne change, tout tourne normalement. Je pars donc la conscience tranquille (même si je vais rater les deux liftings…).
En fait pour le dire honnètement, je fais un peu ce que je veux, aujourd’hui j’ai regardé faire dix pansements puis j’en ai fait deux (avec tous les protocoles…), j’ai observé la façon dont on enlève un redon puis j’en ai enlevé un et j’ai fait quelques piqures. Ce matin ils ont mis une bonne demi heure pour parvienir à poser un cathéter sur une mamie qui n’avait aucunes veines, ils s’y sont repris à quatre fois, moi je ne m’entraine pas sur ce genre de patients, on m’en offre d’autres qui ont plus de veine ! Je pose mes perfs, mes topalgic, mes perfalgan, mes augmentin, mes lovenox…
Et puis sur le coup de 10 heures 30 je suis descendu voir une opération de deux cataractes ( comme celle-ci pas sur les mêmes patients bien sûr ) J’y suis allé pour la seule et unique raison que j’en avais l’envi et la curiosité…

J’ai un forfait open bloc !

Je suis dans un luxe complet, je regarde et fais, j’apprends à ma guise mais une guise un peu forcée et obligée par les infirmières, je suis poussé à l’eau. En rentrant dans la chambre : “Bonjour, je vous présente Benoit c’est un étudiant en médecine, accepter-vous qu’il vous fasse…” puis on nous répond : “je ne préfère pas servir de cobaille”, “j’ai peur d’avoir mal…” ou alors “cela ne me dérrange absolument pas”, “il faut un début à tout”, “on a tous été élève un jour…”. (certains sont même fiers de me servir comme “terrain d’entrainement” !)

Bref demain je prends un jour de vacances, bien merité après deux semaines de travail intensif !

PS : C’est la première et la dernière fois de ma vie !

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Stage infirmier – Episode 2 15 juillet 2008

Classé dans : Non classé — admin @ 16:41

C’est l’été et qui dit été dit peu de patients et qui dit peu de patients dit peu d’opérations et qui dit peu d’opérations dit peu de travail pour les infirmiers et donc encore moins pour moi…
La tension, la température, les piqures et les pansements ça va bien cinq minutes mais sur une journée de 7 heures quand on fait disons 3 heures de soin en cumulé et que le reste du temps on attend que l’alarme sonne pour avoir du boulot, ce qui est déjà arrivé deux jours la semaine dernière, quand tout le monde va bien et que tu reste planté sur ta chaise à discuter et à faire de la paperasse, ce n’est pas très marrant. D’autant plus quand tu te fais réquisitionner par l’aide soignante pour faire la trentaine de lits ou pour prendre la tension à tous les patients car on a rien à faire d’autre. C’est bizarre mais parfois on aimerait que les patients aillent mal pour avoir de quoi s’occuper mais là tout le monde allait bien… et… on s’ennuie ! Tant mieux. Les infirmières se consolaient en me disant que certains jours c’est la cohue, on ne sait plus où donner de la main… Bref, là ce n’est pas le boulot qui est de trop !

Donc ce matin je suis allé passer ma matinée au bloc accompagnant un chirurgien orthopédique. J’ai pu observer, la pose d’une prothèse de hanche (en une bonne heure et demi), une méniscectomie par arthroscopie (celle-ci n’a duré que 10 minutes), une vérification sur prothèse de genou (toujours sous arthroscopie, c’est hallucinant l’ultra haute définition de la camera…), un tendon d’Achille (la rupture et la réparation de celui-ci, en 10 minutes de charcutage et 25 minutes de couture pour eassembler tout ces lambeaux de tendon…) et pour finir le chirurgien a retiré des broches d’un genou, là encore avec un marteau et une tenaille de 30 cm…

Résultat des courses : l’ortho c’est un vrai job de bourrin ! Frapper bien fort une vingtaine de coups avec un maillet pour enfoncer la prothèse en toute délicatesse dans le fémur après avoir coupé (tronçonné) ce dernier !
C’est assez paradoxal ! Une adresse un peu brutale, une dextérité aussi souple et retenue que violente…

De l’autre coté, au programme, on me proposait : vésicules biliaires, kyste du tractus, polypes de la vessie, appendicectomie, amygdalectomie, coloscopies et fibroscopie en pagaille, canal carpien, cataracte, rhinoplastie et plein d’autres observations passionnantes mais ce matin j’ai opté pour l’orthopédique. Il faut en garder pour la suite.
Quoi qu’il en soit la chirurgie c’est vraiment pas mal !

Je devrais si tout se passe bien assister à deux liftings jeudi prochain, il parait que ça mérite aussi d’être vu !

Après “les infirmières de service”, me voilà entre chirurgiens, anesthésistes et infirmières de bloc…

PS : je relativise sur une grande partie des propos de l’épisode 1.

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Stage infirmier – Episode 1 14 juillet 2008

Classé dans : Non classé — admin @ 21:34

Après deux ans de théorie médicale, me voilà passé à la pratique ou dirons nous plus compliqué ainsi, immergé dans un contexte favorable et idéal à une découverte tangible de cette dernière.

Tout d’abord, le lieu de ce stage, j’ai voulu associer et concilier suite à une très courte réflexion, vacances et travail. Ainsi mon choix c’est logiquement orienté vers le sud de la France, plus précisément sur la côte Varoise. Beaucoup n’y vont que quelques jours par ans, pour du tourisme pur et dur mais pour moi, ce sud ne signifie pas que farniente et camping, mais grands-parents. Et qui dit grands-parents dit habitude de séjours fréquent depuis ma naissance dans une belle bastide provençale avec tout le luxe possible, excellente gastronomie, nourri logé donc, mais aussi blanchi et chouchouté… Alors à mi-temps en vacances agréables, paisibles et reposantes d’un coté et à mi-temps d’un autre coté occupé avec mon stage hospitalier ou clinicien.

Comme je l’ai dit, la réflexion de ce choix fut courte et sans trop d’hésitation car je dois dire que passer un mois à Lyon, en ville, avec une météo bien moins clémente, bosser, rentrer, c’est presque métro boulot dodo avec quelques sorties en plus. Tout ça ne faisait pas le poids par rapport à ce qu’on me proposait de l’autre coté.

35 à 40 heures par semaine c’est peu. Mais je n’ai jamais vraiment bossé pour quelqu’un, je n’en ai jamais eu le besoin et les quelques petit boulot que j’avais réalisé étaient tous dans des structures bien plus souples, pas d’horaires fixes, mais me voilà pour la première fois dans un établissement où je goûte à mon premier faux boulot qui en a tout l’air d’un vrai : STAGIAIRE (de plus je ne peux prétendre à aucune rémunération…). On compte donc facilement 7 heures par jours, 5 jours par semaine, en fait je bosse 8 heures par jour, soit de 7 heures à 15 heures dit «du matin» soit de 14 heures à 21 heures dit «du soir»… ce qui fait au final tout de même de grosses journées !
Un choc car depuis un bon mois, je ne faisais plus grand chose, jamais ennuyé mais conduisant mon rythme de vie à ma guise oscillant entre loisir et loisir, là, je travail !

Mais Toulon n’est pas une ville étudiante, les facultés les plus proches sont Nice et Marseille, les cliniques ont bien l’habitude de recevoir des cohortes d’étudiantes infirmières ou aides soignantes mais en 40 ans d’histoire de cette petite clinique je suis le premier étudiant en médecine à faire un stage infirmier, il faut dire que mon parcours est un peu original mais c’est tout ce qui le rend d’autant plus captivant.

Mon stage d’initiation aux soins infirmier à pour but de bien porter son nom. C’est pour cela donc que je suis placé dans un service et qu’ainsi, entouré d’infirmiers et d’aides soignant je m’initie ou on m’initie.
Mais il est aussi là pour me familiariser avec la vie hospitalière, son fonctionnement, son protocole, ses «coutumes», sa gestion, son organisation… J’ai pour cela une liste d’objectif à compléter et il ne m’a fallu qu’une petite semaine pour en voir 95%. L’établissement est une ptite clinique chirurgicale d’une cinquantaine de lits et pour bien faire je suis en chirurgie générale ! On voit donc vraiment de tout mais plus précisément du viscéral, de l’ORL, de l’orthopédique et de la plastique.

Si l’aphorisme, l’adage, le dicton ou la maxime énoncent tous un principe général, ils se distinguent en ceci : l’adage et le dicton prétendent énoncer des vérités éprouvées, des lois, et ont un caractère plus anonyme ; la maxime a une connotation morale. Ils ont donc un caractère sentencieux. À l’inverse, l’aphorisme est un trait de l’esprit qui présente un caractère plus descriptif. Alors quoi que ce soit, j’ai pas mal de principes mais aussi nombre de petits auto-proverbes personnels auxquels mon inconscient profite largement, de simples idéaux momentanés pour profiter de la vie… Comme par exemple «découvrir le plus souvent possible des choses uniques et originales, rares et atypiques ou communes mais curieuses, ludiques et captivantes», «s’éblouir du nouveau et donc par suite toujours en trouver», «s’enrichir de l’inédit», «se fasciner de l’incapable», «tenter d’explorer le plus fréquemment possible des domaines que l’on ne connaît peu ou pas», mais par-dessus tout, «faire chaque jour des choses pour la première fois de sa vie…». Et je pourrais continuer ainsi encore longtemps…
Je dois dire que par conséquent, le fait de me retrouver dans un lieu de soin pour la première fois de ma vie de l’autre côté de la barrière avec des milliers de choses nouvelles, là, pour le coup j’étais comblé, presque à l’ivresse, tout me paraissait génial. Et de plus, tout en blanc, cela décuple le mode d’appréhension de tant de découvertes.
Le banal et le quotidien de certain ne l’était point pour moi au début (Mais il se banalisa très rapidement. Il faudra le quitter pour pouvoir encore et encore essayer de caller aux besoins permanents de curiosité et de dégout de la monotonie. Alors mon stage infirmier va bien vite se transformer en stage d’observation chirurgicale et médicale… Bref !)

On dit que la vérité sort de la bouche des petits enfants mais on devrait plutôt dire, la vérité sort de la bouche d’un regard neuf et innocent sans apriori, sans expériences passées qui interfèrent sur la partialité de son jugement… Un bon sens naturel et originel brut de tout élément qui viendrait brider la libre exclamation de cette vérité.
Dans cette optique, nul n’est «petit enfant» !

Maintenant, en suite, abordons un sujet relativement délicat mais malheureusement véridique et confirmé dans la plupart des cas dont j’ai fait face au début de mon stage en «petit enfant» que je suis dans cette clinique :
Tu te tiens entouré d’aides soignantes et d’infirmière et un médecin vient pour ses consultations. Face à lui ou à un chirurgien tu te présentes : «Bonjour, je m’appelle Benoit Coulin, je suis étudiant, je suis là pour un stage d’un mois» En réponse tu t’en tire avec un regard certes sympathique mais distant et si tu as de la chance avec un bonjour assez faible et lointain car préoccupé par tout le travail qu’il a devant lui. Ça en reste là.
Ou alors, «Bonjour, je m’appelle Benoit, j’ai une tenue d’infirmier, je travail avec des plein infirmières, je fais du boulot d’infirmier, mais je suis étudiant en médecine, je viens de réussir ma première année et nous avons à effectuer un stage dans une structure médicale ce qui explique ma présence ici». En retour : «Ah ! Génial, je te souhaite un excellent stage, si tu veux m’accompagner n’hésite pas ou encore, viens nous voir au bloc…». Et en général de longues conversations s’établissent où se confondent pédagogie et discours plus divers et j’accompagne ainsi, anesthésiste, urologue, ORL, cardiologue et chirurgien en tout genre…
Dans le premier cas mon interlocuteur me prend pour un banal élève infirmier, dans le second pour un futur confrère. Et j’ai été plusieurs fois choqué par ce contraste, cette hiérarchie impitoyable !
Par exemple, le premier jour je devais aller chercher quelques petites signatures d’un anesthésiste pour un dossier médical. Me voilà devant la salle de pauses où les chirurgiens prennent leur petit café sur le coup de 10 heures… Ils discutent de leur dernier weekend, de tout et de rien. Nous avons attendu avec une infirmière à mes cotés, une bonne dizaine de minutes avant qu’un d’eux daignent nous adresser la parole, une complète ignorance malgré pas mal d’essais de polies intrusions.
Ainsi, parallèlement à la hiérarchie qui existe entre les agents de service médical (agents de surface), les aides soignantes et les infirmières, qui est déjà assez forte et distincte, à un autre échelon, on trouve celle entre les médecins et le reste de l’équipe soignante qui est autrement plus marquée. Hiérarchie que je trouve parfois vraiment excessive, une organisation sur une structure de subordination non négociable, un système justement compréhensif mais je le répète qui peut dériver comme je l’ai constaté à l’excès.

Avec les infirmières c’est bien différent, je suis tout d’abord perçu comme un mignon et sympathique petit étudiant qui va les accompagner un mois durant. Dans l’ensemble et même plus, pour l’ensemble ce sont toutes des personnes adorables, très agréables, on passe d’excellents moments et elles me laissent beaucoup de liberté «médicale» malgré que je ne connaisse pas grand-chose de technique sur leur profession, elles me poussent à l’eau : “tu as déjà fait ça ?”, en général je réponds non et elles continuent avec un “et ben alors vas-y, ne t’inquiète pas, je suis derière toi !”, il m’arrive parfois de refuser (de peur de me “louper”) mais c’est vraiment très appréciable.
Parfois c’est instantané pour ceux qui ont le moins de tact ou le plus de culot ou alors ceux qui en ont rien à faire, parfois il faut plus de temps mais tu es vite regardé comme quelqu’un qui un jour sera médecin et donc qui les «commandera» et la façon de se comporter envers toi peut en être modifié d’autant plus quand elles te voient chouchouté par les médecins pendant qu’elles sont considérées comme de très bonnes mais très simples infirmières. Et je ne cache pas que par conséquent je suis parfois placé dans des situations assez ambigües. Mais les relations n’en sont pas moins agréables, il y persiste toujours une super ambiance ! (peut-être spécifique à ce service?)
Mais ce qui rends encore plus atypique ma position, comme je l’ai déjà dit, c’est que c’est une grande première dans l’histoire de cette clinique de recevoir un étudiant en médecine qui fait son stage infirmier et de mémoire de vieille et très anciennes aides-soignantes, on n’a jamais vu ça ! Ainsi un soir après avoir accompagné un cardiologue dans sa dizaine de consultation puis après avoir discuté une bonne demi-heure sur les études, sur la vie, la profession, sur le système de santé… Il conclu par une phrase bien sympathique : «Mais tu sais, toi, ta place n’est pas vraiment ici, descend au premier étage et viens nous rejoindre (au bloc), tu apprendras beaucoup plus sur ce que sera ton futur job» avec un accent très prononcé… Des relations humaines assez spéciales et ne parlons pas des ragots, des rumeurs et autres potins… c’est encore une autre histoire !

Mais mes propos sont selon moi complètement orientés et ce manque de recul me contraint à me résoudre sans casser les lois établies à me comporter en conséquence. Mais n’est-ce pas aussi ce manque de recul, ce regard neuf qui en donne une essence d’autant plus intéressante, un parfum d’exactitude, un élixir d’authenticité,
une substance de lucidité et de spontanéité ?

À un niveau plus technique j’apprends au fur et à mesure en observant puis en agissant. Des gestes des plus simples aux plus compliqués, de la tenue, de la conduite, de l’attitude… Comme on l’apprenait en sciences humaines et sociales : ce colloque singulier entre soignant et soigné, le fait d’entré dans l’intimité du malade, l’action unique d’être en présence d’une personne souffrante avec toute son histoire, ses précédents, son contexte. Tout ça, là, je suis en plein dedans.
Des plus simples comme lire une feuille de soin et préparer chaque jour les prémédications à une intervention chirurgicale, prendre la tension, le poult, la température… Aider le malade pour ses taches quotidiennes, sa toilette, l’écouter quand il en a besoin. Les patients restent d’une demi-journée pour des amygdales à plusieurs semaines pour une éventration infectée… On a donc parfois le temps de créer une certaine relation, de la petite fille qui anime joyeusement le service avec des cris où l’on ne sait jamais si elle pleure ou si elle rie, et elle rie tout le temps. En passant par le papi prof de géographie passionné d’histoire de la littérature qui te récite ses plus beaux poèmes, pour arriver à la mamie qui à chaque fois que tu entre dans sa chambre s’exclame. ” Oh quel beau jeune homme ! Qu’il est mignon ! Qu’il est adorable ! Qu’il est charmant ! ” Et qui active sa sonnette juste pour vous revoir…. Je vois de tout, vraiment ! Et parallèlement aux soins qui sont captivant, cette autre dimension de la relation humaine, de cette interpénétration des consciences, de ce rapport de communication plus profond qu’un simple bonjour… Tant d’aspect qui tendent à rendre la profession d’infirmière vraiment passionnante ! Ainsi comblé par tant de nouvelles choses je profite vraiment de mon stage.

Ou d’autres choses plus difficiles comme du plus simple au plus compliqué, changer la perfusion (ce n’est pas si facile), les pansements de tout genre, et les piqures. Intramusculaires dans la cuisse ou dans le ventre sont bien facile mais les intraveineuses c’est une autre affaire. Et si dans le premier cas j’enai déjà fait un paquet, dans le second point encore et même pour une ancienne infirmière, c’est toujours délicat même parfois bien plus que pour le patient… Alors je regarde faire.

Vous savez, venant de ma première année de médecine, n’ayant eu aucun vrai contact avec une réelle expérience “gore”, je ne savais pas si la vue du sang et toutes ces choses pas très esthétiques et difficiles à regarder n’allaient pas violemment me repousser.
Ouf ! Cela ne me dérange pas trop, sauf quand peut être, vers 13 heures, n’ayant pas mangé depuis 6 h 30, en bonne hypoglycémie, une infirmière me propose de la suivre pour aller vider une poche qui draine le pue d’une plaie ouverte sur un bon 15 cm suite à un refus à une «plaque de fermeture» et une infection généralisé de l’abdomen… En gros c’est bien moche, on voit les boyaux à vif mais ce qui fait toute la différence c’est que ce n’est pas au bloc mais dans la chambre que l’on fait est et pendant ce temps le patient nous parle comme si de rien était… Donc moi, regardant attentivement tous les faits et gestes, debout, pendant une dizaine de minutes, j’ai commencé à ne plus me sentir très bien, je respirais très fort et profondément, je crois qu’à ce moment je n’étais pas très serein et heureusement que l’intervention s’est terminé quelques minutes après car il me semble que si ce mixe de chair à vif et d’observation pas très stable aurait continué, j’aurais été contraint de sortir… Personne ne l’a remarqué !

On voit donc du sang mais aussi l’épreuve du mal que traversent les malades, souffrance d’autrui que l’on peut souvent ressentir à leur vue. Mais j’ai été vraiment surpris de constater que d’assister à la souffrance des autres mais d’être là présent dans le but d’améliorer leur santé transforme complètement ce rapport au mal, ce rapport difficile quand en face de toi un homme ou une femme serre les dents, ferme les yeux et se tord de douleurs… On est là présent, nous comprenons leurs douleurs mais nous sommes là pour les soulager et c’est toute la différence. Ainsi par exemple quand tu assiste à la pose d’une sonde urinaire d’un papi qui a la vessie qui va exploser, quand le médecin tente de la poser mais qu’il découvre qu’il a le «zizi bouché», qu’il demande alors une pince et lui enfonce très fort et profond pour déboucher tout ça, histoire de pouvoir introduire sa sonde, que le papi enlace ses draps en poings serrés et pousse des petits gémissements de douleurs. Ça fait mal ! Mais quand tu vois qu’au final la sonde parvient à être de force enfoncé grâce à une tonne de lubrifiant et un gros effort de l’urologue… quand tu assiste à l’immense soulagement de ce pauvre papi … tu revois obligatoirement ton rapport à la douleur. Alors il y a différentes échelles bien entendu.

Mais appréhender la souffrance dans le but de la combattre c’est la vivre bien autrement que sur soit,
loin d’être appris dans une première année de médecine, c’est une expérience personnelle.

En conclusion, je vois et fais beaucoup de nouvelles chose et ce qui est classique et commun, fade et habituel, courant, ordinaire et quelconque m’est apparu neuf et magique, singulier et passionnant !
On pourrait en rajouter encore et encore mais cet article se nomme Stage infirmier Episode 1, alors gardons en encore pour les épisodes à venir !

PS : définitivement, la mentalité du sud c’est tout de même bien différente !

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10 juillet 2008

Classé dans : Non classé — admin @ 10:50

 

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Mon stage se passe excellement bien, tout ébloui de voir des dizaines de nouvelles choses.

Rien qu’au bout d’une petite semaine, j’aurais déjà des miliers de choses à raconter ! Et ça ne serait tarder…

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Proposition 3 juillet 2008

Classé dans : Non classé — admin @ 23:40

Si vous avez des questions, des interrogationsJe serai ravi de pouvoir apporter, si j’en ai la possibilité, ma contribution à une éventuelle réponse….

Ou de simples propositions d’articles. Ce qui m’avait par exemple amené l’année dernière à décrire plus en détail mes méthodes de travail ou encore expliciter pourquoi j’avais choisi de faire ma médecine…

Postez alors en commentaire à ce message !

(Répondu)

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Stage, filière, idéaux, confrère…

Classé dans : Non classé — admin @ 23:25

Chirurgie orthopédique ou cardiologie ?
“Trop de piston tue le piston” ou du moins te place dans des situations assez cocasses et ambigües. Quand on se retrouve avec deux stages excellents pour lesquels des gens se sont pliés en quatre et que l’on doit choisir un des deux… Le choix va bien sûr au mieux quitte à refuser la proposition d’un grand patron… J’ai opté pour la chirurgie, c’est sur ces patients que la semaine prochaine je vais me faire “initier” aux soins infirmiers, apprendre à faire des piqures… Après deux ans de théorie, un peu de pratique… pratique que j’appréhende vriament… Et avec 35 heures par semaine, c’est bien loin du boulot de P1. Cela me laisse beaucoup de temps.

J’étais hier au choix de filières, ce moment où tu choisis médecine, dentaire, kiné ou sage-femme, moment où tu choisis certes si tu en as le luxe ou alors simplement, tu prends ce qu’il reste… On t’appelle, tu t’avances, plus ou moins applaudit, tu énonces ton choix, et retournes à ta place et on passe ensuite au suivant en descendant au fur et à mesure dans le classement. Ainsi quand on arrive au bout d’une bonne heure aux alentours des 120-140 et que les dernières places de médecine filent au fur et à mesure, quand tu fais d’énormes prières pour que celui ou celle qui s’avance choisisse sage femme ou kiné et laisse des places en médecine car tu as une amie qui, mal classé, attend désespérément une place en médecine. Et qu’au final cette dernière vient manquer sa médecine à une place près en prenant la dernière place de dentaire.
Ce sont des moments vraiment intenses en émotion, même s’il ne s’agisse pas personnellement de nous, c’est dur ! A une seule petite place près, cela détermine le reste de la suite de ta vie entière… enfin bref. Une petite idée à combien ça se joue ? 0,01 point sur 250 !!! Honnêtement, c’est absolument rien !!! Un petit item sur une petite question dans une petite épreuve à petit coefficient, une faute d’orthographe dans la dissertation et encore, je crois que ça vaut même plus que ça !!! Ça se joue à vraiment rien, c’est comme ça, ni elle ni celui qui a pris la dernière place de médecine sont dans le top 100 et qui de lui ou d’elle mérite le plus de devenir médecin ? La question ne se pose plus, mais c’est d’une abominable et rude, implacable et inhumaine réalité !!! Ça en vaut bien des larmes !!!

Moi j’ai fièrement choisi médecine ! Oui, au cas où je ne l’aurais jamais dit, ce n’est pas dentiste ni kinésithérapeute que je veux devenir mais médecin. J’aime masser mais j’adore bien plus que tout me faire masser et quelle frustration de masser autrui sans pouvoir en avoir les bénéfices physiques… Je suis un sceptique des professions et un vrai avec des principes bien fondés et justement compréhensibles, mais celui qui arrive 10ème sur 700 et qui choisit kiné, te diras que kiné ça n’est pas que ça, à la manière que médecin ce n’est pas chaque jour voir le malheur du monde, et quand la passion parle, il n’y a plus d’arguments… Mais tout de même la passion du massage ? Bref, moi je vais sauver des vies, mais sauver des muscles est tout autant louable, honorable, respectable, socialement reconnu… Je fais de l’ironie et je n’aime pas ça ! Mais bon, on est tous différent et il faut de tout pour faire un monde. (Et ne parlons pas de la fraise de dentiste…)

Je sais, tout peut arriver et je le souhaite sincèrement, mais je me dois de mentionner ici que mes pairs, ceux qui m’accompagneront pendant 5 ans encore, mes collègues de promos ne forment pas une belle unité. Ainsi pour l’instant, mais c’est surement l’ambiance de concours qui a voulu ça et j’espère que tout se dénouera en P2, à l’heure d’aujourd’hui, j’aurais le bizarre sentiment de ne pas pouvoir générer une appartenance, une fierté à ladite promotion…
Je m’exaspère à en voir certains que je pensais abrutis par la P1, mais même celle-ci finie ils sont toujours les mêmes et je doute qu’ils changent… Mais peut être suis-je aussi de la sorte, quoi qu’il en soit, on se doit d’avoir une certaine élégance dans ses propos et du respect au delà des plates euphories et des injustifiées traditions qui n’en sont pas.
Car j’adore cette ambiance de carabin, ce chahut communicatif, ce permanent survoltage et ces cris à tout va, autant j’entonne volontiers de bonnes rengaines et je me joint pour crier et taper encore plus fort les grands classiques, autant la façon dont certains se permettent des remarques humiliantes et désobligeantes en amphi me consterne et me soucie. C’est mon avis et je le partage !

On se construit chacun, aux vues de son expériance et de ses convictions personnelles, un idéal de ce que l’on veut devenir et c’est par conséquent remarquable voire même parfois choquant de constater que d’autre n’ont pas ce même idéal… (Voire n’en ont pas du tout)

Quoi qu’il en soit, nous seront tous médecin et au delà de la dimension purement pédagogique, cet autre aspect qu’est la dimension humaine pose un poids non négligeable dans la balance pour conserver un respectable “équilibre” de vie et d’exercice. Social, communicatif, et tel que doit se comporter un médecin… cet autre aspect est constamment à travailler pour en faire au delà de simples règles de bonne conduite un mode de vie naturel. (Enfin bon, je me comprends)
Par les exemples de médecins que l’on a vu à l’œuvre, pourquoi pas aussi par des séries comme Urgence, Dr House ou Grey’s Anatomy, par tout ce que l’on a vu et observé, on se forge, au delà d’un crédo de préceptes, une opinion, des avis et des convictions sur le médecin que l’on sera, en tout cas que l’on désire devenir.
Et la P1 en poche, on sait pertinemment que tôt ou tard ce moment ou l’on exercera arrivera, et là-bas, on devra faire preuve de toutes les qualités intellectuelles et humaines que l’on aura acquises, ou simplement des idéaux auxquels on sera arrivé ou pas. Mais fixons la barre haute, le jeu en vaut la chandelle. Ainsi, si mon médecin généraliste me remis les pieds sur terre en me faisant part que quelque soit le médecin que je deviendrai, ce sera pour sûr passionnant mais pas toujours tout beau tout rose, il y a des jours tristes moroses et identiques entre eux, monotones… quoi que l’on puisse dire, cette profession me fait toujours rêver, et j’espère encore pour longtemps. Je l’ai déjà maintes fois expliqué dans ce blog. Mais je voulais encore insister sur des idéaux que l’on se fixe, idéaux qui sont nécessaires mais surtout bénéfiques.
Paradoxalement, je discutais la semaine dernière lors d’un diner avec un chirurgien pédiatre américain que j’ai par un bel hasard rencontré (vous me direz celle-ci était peut être un peu provoqué…). Il s’étonnait de me voir et m’entendre avec toutes mes idées idilique, mes stéréotypes préconçus, la bonne volonté et les espoirs que se fait un tout jeune étudiant… Il me dressa par la suite un tableau noir de la médecine et du système de santé aux Etats-Unis… L’accès aux soins infernal, les déplorables conditions d’égalités, les assurances, royaume ou empire où l’argent est roi ou empereur… avec par ailleurs des salaires de médecin exorbitants… Mais bon, au jour d’aujourd’hui, je ne me fais que de bons idéaux de ce qu’ils sont tous et de ce que ou plutôt de ce “qui” que je serai !

Sans presque rapport aucun, la semaine dernière pour une petite douleur à mi-dos je consultais mon médecin généraliste.
Il m’appela “confrère” et m’offrit la consultation !
On m’avait déjà appelé confrère mais pour la première fois cette appellation pris une autre signification. Car en première année, rien n’est encore fait, tout peut encore changer alors que cette dernière réussie, tout est très différent, définit, tracé.
Je suis pour de bon entré dans cette “confrérie”. Comme je l’ai déjà dit la réussite va de paire avec les félicitations. On en reçoit des proches mais aussi d’un peu n’importe qui, même des gens que l’on ne connait pas mais qui nous connaissent… En revanche, les quelques médecins qui ont eu l’opportunité de le faire, je pense entre autres à mon oncle, à un des meilleurs amis de mes parents… eu m’ont tous appelé “confrère” ! Avec des mots pour dire les choses qui ont plus de valeur que tous les autres ! Avec plus ou moins de dextérité ils se souviennent de ce temps et voient ainsi la nouvelle génération arriver…
Le serment d’Hippocrate stipule entre autre que le médecin pourvoira l’éducation “sans salaire ni engagement” aux enfants du maitre qui désirent apprendre, autrement dit aux autres étudiants en médecine. Ainsi c’est le début d’une reconnaissance sociale… Car entre confrères ce qui je pense compte vraiment, ce sont des valeurs comme l’estime, le respect, la générosité, la confiance… Peut être un jour je devrai porter ces qualités à d’autres étudiants, comme ce médecin se fut un plaisir de me le confirmer tout en s’appelant “un vieux crouton…”.
Encore une fois, la P1 réussit donne ce plaisant, savoureux et en même temps impatient sentiment de se dire qu’un jour je serai médecin. Alors “confrères”, une grande famille, peut être la plus honorable, la plus louable et légitime. Car au fond, ils sont et je serai au service de tous. Là pour aider, sauver des vies… Faire du bien et rendre santé et bonheur au plus grand nombre. Que tu sois japonais, néo-zélandais, afghan, argentin, canadien ou français…

Pour continuer, “Ah, félicitations Benoit, bravo pour ta première année”, récurrente positive sentence qui me fait toujours plaisir par qui que ce soit qu’elle soit dite… Mais suit pratiquement toujours un “et tu veux te spécialiser ? Que veux-tu devenir ?” à cette question je réponds oui mais sans trop insister.
Alors généraliste, spécialiste, chirurgien, je ne sais toujours pas. J’aurai bien moulte stages pour m’en faire des idées et des envies… Les études sont longues.
Une spécialité me tenterait bien (ophtalmo, ORL) ou la chirurgie même si je n’ai aucune idée de la réalité au quotidien que sont ces différentes professions, du métier en lui même. Mais au fond, peu importe, je serai médecin. Il y a du pour et du contre un peu partout mais selon moi la passion vient effacer tous les mauvais aspects. Après 30 ans d’exercice, un médecin m’a dit “je ne me suis jamais ennuyé !”.
- Généraliste, j’adore vraiment le contact social mais pour l’instant non, pas assez “d’action”.
- Urgentiste, très attirant mais il faut voir à long terme (ce conseil n’est pas de moi).
- Gériatre, tu te bats pour la santé et pas pour la vie, dur pour moi qui veut sauver des vies…
- Pédiatre, avec les nourrissons, génial mais il y a une absence de communication directe…
- Une spécialité pourquoi pas, j’espère y arriver !
- L’enseignement, la recherche, c’est pour plus tard mais la encore, pourquoi pas !
Pour sûr et de nouveau pour reprendre un conseil qui n’est pas de moi, si tu veux arriver à quelque chose de bien, il ne faut pas relâcher la pression pendant les 5 ans qui vont suivre encore jusqu’à l’examen classant national. Il faut savoir ce que l’on veut… Le médiocre ? Le passable ? Le tout juste ?, non, l’excellent, le superbe, l’achevé, l’admirable, l’exquis, l’extra, le fameux, le sans-pareil, le parfait, le meilleur…

Et comme le disait déjà Hippocrate : “Ὅρκον μὲν οὖν μοι τόνδε ἐπιτελέα ποιέοντι, καὶ μὴ ξυγχέοντι, εἴη ἐπαύρασθαι καὶ βίου καὶ τέχνης δοξαζομένῳ παρὰ πᾶσιν ἀνθρώποις ἐς τὸν αἰεὶ χρόνον. παραβαίνοντι δὲ καὶ ἐπιορκοῦντι, τἀναντία τουτέων.” (ici en gerc ancien)

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Les résultats ! 25 juin 2008

Classé dans : Non classé — admin @ 20:50

Quelques heures après mes résultats…

J’ai réussi, un jour je serai médecin, enfin, je suis entré dans la voie qui mène à cette magistrale profession. Ce soir je suis heureux, réjouit, comblé.

Cette dernière nuit fut difficile, je n’ai pas beaucoup dormi voire même pas du tout, car comme je l’écrivais dans mes derniers messages cette attente est désagréable car on ne sait vraiment point trop à quoi s’attendre. De plus la veille de ces résultat tout est beaucoup plus intense. Et ce matin, du levé jusqu’à 10 heures de ce mardi 24 juin, date d’affichage, j’appréhendais vraiment la vue de mon résultat. Une étrange excitation, une désagréable trépination…

Me voilà devant la faculté, je suis dans le «sens de l’aller», beaucoup sont dans le sens du retour, les grilles sont affichés depuis une bonne demi-heure, et sur chaque visage, les traits caractéristiques décrivent sans difficulté le résultat qui vient d’être appris, c’est ainsi que j’en vois pleurer, triste. D’autres remplis d’une joie pour le moins bruyante et communicative… Wao !!! Là, tous mes sens sont abasourdis par la seul et unique pensée de ces résultats, peut-on parler de totale adrénalisation corporelle, de mise en condition excessive et brutale mais justifié par cette immense portée et les multiples graves ou heureuses conséquences qu’accompagnent ces résultats… Ce ne sont pas de moments habituels, des actions quotidiennes, c’est assez unique, incroyablement atypique, rien n’est pour moi physiquement normal à ce moment, je suis dans un état second…

Le stress des examens, celui où tu te dis «vais-je réussir ?» est bien différent de celui de l’attente des résultats où c’est plutôt une angoisse : «ai-je réussi ?». Et celui des deux minutes avant de les voir est encore différent, plus dense, plus intense, dans l’extrême… en même temps puissant et violant !

À mesure que je m’approche des grilles mon cœur bat fort, très fort, très vite, presque je l’entendrais… un branle-bas de combat infernal, tous mes sens vibrent avec moi…

Je rentre dans la faculté, monte les marches qui mènent à ce tableau, ils sont sur la gauche et à ce moment je crois que plus rien ne compte.
En montant ces escaliers, la croisée des regards d’une amie qui tire sourire hors du commun me présage de bonnes augures, je me retourne, je suis seul, ce sourire m’est bien destiné, mais je suis dans un drôle d’état, une lévitation tout en marchant.
Et là, comme l’année dernière règne une ambiance bizarre, d’un coté on explose de joie, on s’embrasse à tout va, on pleure de bonheur de l’autre les larmes ne viennent pas pour la même raison, tout est mélangé ici, devant les grilles mais bien séparé à chacune des personne : euphorie ou affliction, rire ou chagrin, rayonnement ou dégout, satisfaction ou désolation, crève-cœur ou félicitation…
C’est une ambiance vraiment particulière, car ayant vécu l’année dernière cet énorme traumatisme de ne pas se voir inscrit dans le numerus clausus, ayant ressenti ce mal insoutenable et cette indescriptible douleur, même si cette année je me place du bon côté, je compatis vraiment dans cet amalgame de joies et de tristesse.
Je m’approche des grilles par ordre alphabétique, cherche mon nom, le trouve, à partir duquel mon regard se tourne de quelques centimètres vers la droite toujours sur cette même ligne et tombe sur mon classement :

COULIN Benoit Joseph Jacques — ordre de mérite 39ème !

Mes mains tremblent, mes jambes aussi, tant d’émotions, me voilà fixé, j’en ai les larmes aux yeux avec un sourire que je ne peux plus quitter. Je suis en effervescence… Je téléphone ensuite comme il se doit, aux parents puis aux proches de la famille, puis aux proches collègues, entre autre pour annoncer la nouvelle ou apporter un message de soutient…

La médecine est une des seules filières où la première année est la seule vraiment décisive pour y entrer, ensuite il suffit de ne pas la quitter et de s’appliquer à y rester pour suivre une évolution logique et graduelle qui te conduira à ce dont tu as l’ambition de devenir. Et je viens de passer ce cap. Je suis dans le top 100.

Je vole ! Il y a dix minutes de cela tout était différent et maintenant, pour le reste de ma petite vie, ce résultat aura une incidence. Cette joie immense ! Difficile et ambiguë de l’exprimer ou de la brider, en tous les cas de la contenir parmi ceux qui ne l’on pas eu, leur fameuse P1. Et cette pensée qui m’inonde : un jour, pour de bon, je serai médecin : Docteur Coulin, Professeur Coulin.

Je ne suis pas doué ou excellent de nature, il n’y a que du travail. Et même si 39ème est un classement respectable et suffisant, je n’ai pas encore mes notes mais je pense m’être peut être bien planté en SHS. Je verrai mais je mise plus sur de bonnes notes et un gros carton qui explique ce classement que sur un ensemble de moyennes bonnes notes.

Au commencement de mon redoublement, les statistiques me prévoyaient 99% de réussite, je ne les ai pas fait mentir. Je me suis contenté malgré moi de les confirmer.

Alors que dire ? Ce soir j’écris ce message dans le TGV qui me mène dans le sud, je suis bloqué à l’arrêt depuis une bonne heure et le diner de félicitation en famille se voit de plus en plus compromis. Autant l’année dernière, cette soirée qui suivit les résultats fut l’une des pires de mon existence, et j’imagine douloureusement avec compassion qu’elle l’est pour plusieurs de mes proches. Autant ce soir, je suis calme et paisible, rassuré et heureux. Et j’ai le temps pour écrire ces quelques lignes aux suites de la réussite de ma première année du premier cycle des études médicales. (Encore une fois les «écrits sur le vif» sont toujours plus vrai)

La tristesse est incontestablement contagieuse, comme le sourire ou la parole (plus rarement le silence). Quoi qu’il en soir, la joie l’est. Se retrouver entre proches qui ont réussit, quels moments ! On s’envole, ce sentiment de libération est contagieux et exponentiel !!! On n’en peut plus de se féliciter, une ivresse communicative de satisfaction partagée, pour soi et pour les autres… Même si chacun est unique on comprend ce que l’autre ressent, on capte son feeling parce qu’on a exactement les mêmes sentiments à quelques petites variantes près ! Encore ici des moments magiques…

Mais ambiance bizarre et presque désagréable et insoutenable quand tu te retrouve avec ceux qui ont loupé deux fois. Ils ne seront jamais médecin mais toi tu le seras ! Dur, très dur. Les deux ont des larmes mais point pour la même raison. On aimerait tellement leur donner un peu de notre euphorie et prendre leur tristesse, un 50/50, mais ce n’est pas possible, c’est la vie, c’est cruel! (D’autant plus quand ça touche des proches…)
Et si ce soir j’en ai presque mal aux joues à force de sourire, un sourire que l’on ne peut retenir, au fond de moi je garde de sincères pensées qui s’adressent à tous ceux qui n’ont pas réussit et à qui je pense.
Cruel encore une fois de ne pas pouvoir partager. J’aimerai tant pouvoir le faire mais je ne le peux et c’est pour moi bien difficile de me résigner douloureusement à me dire que rien ne peut plus changer, en bien ou en mal !
Je suis d’une nature relativement émotive et rien que de penser aux «défunts de la médecine» me donne une tristesse généreuse et des frissons de compassion. Une empathie peut être excessive et illégitime, en tous les cas difficile à gérer mais surpassée par cette joie immense et personnelle.

Certes, au-delà de ce mixe de sentiments, je suis plein de projets, des plans pour la suite qui ne devaient s’accomplir que dans la mesure de ma réussite. (Entre autre l’humanitaire…)

Je suis toujours dans le TGV, à l’arrêt, déjà deux heures d’attente on nous annonce qu ce serait à cause de quelqu’un qui aurait défoncé un passage à niveau ou apparemment maintenant c’est le moteur du TGV qui est endommagé, le diner est pour de bon annulé tant pis, j’ai réussit médecine.. J’aurais toutes les raisons pour m’énerver (à la manière de tous les autres voyageurs) mais un jour je serai médecin alors peu importe… Ce soir beaucoup de choses sont secondaires…

Une «success story». Un simple étudiant choisit de se lancer dans sa médecine, il manque de peu sa première première année, redouble pour réussir et me voilà. (je vais devoir modifier mon autobiographie…)

Quel plaisir !!!

En bizuth je m’attendais au meilleur mais étais préparé à louper, en carré je m’attendais au fond de moi à réussir mais j’étais terrifié à l’idée de ne pas passer et les dix minutes avant de voir mon résultat furent d’une intensité que je n’avais je crois jamais encore connu, j’angoissais d’espérance, j’espérais au mieux, au mérite, en avançant vers une possible agonie…

Je m’étais dans un coin de mon esprit préparé à louper pour prévenir le terrible si terrible il devait y avoir mais je crois que ne pas réussir aurait été vraiment dur. Tant mieux, je n’ai plus besoin de m’y pencher, j’ai réussit, je vais faire les 5 ans qu’il me reste puis mon internat puis ma thèse… ça y est !

Alors certain me disent : «tu l’as bien mérité», Mais l’ai-je plus mérité que d’autres qui ont loupé ?, je veux dire : n’auraient-ils pas plus mérité que moi de réussir ? C’est oui une question de mérite mais pas totalement, incontestablement partiellement !

En conclusion, (que j’aurai surement le temps de développer dans un message ultérieur). J’ai passé deux premières années de médecine qui m’ont apporté beaucoup. Riches en sensations, je crois que j’ai connu à peu près tous les états possibles et imaginables. Riches en émotions, en histoires, en anecdotes, en réflexions. J’y suis entré à 17 ans, sorti à 19, mais malgré que ces deux années m’ont demandé un boulot intense, un travail parfois même dingue et aberrant, qui s’est accompagné d’une dévotion et d’un investissement total et complet, ces deux années se sont écoulées comme deux claquement de doigts, autant dire très très vite !
Et l’immense joie de réussir je pense cache, comble et me fera rapidement oublier tout les sacrifices, toutes les choses que mon boulot ne m’a point permi d’accomplir !
Mais pas d’inquiétudes, je me rattraperai !!!

(J’avais préparé la semaine dernière mon testament, celui de la mort de mon rêve de docteur qui se serait éteint si je ne passais pas, celui aussi du génocide de toutes mes espérances… Les dernières volontés d’un mourant sont toujours des propos qui ont un grand poids, ils sont le plus souvent très réfléchit, ce ne sont pas des phrases légères et sans significations, car écrites dans des situations qui forcent au sérieux… Et à posteriori, mon année ratée, ce testament aurait pris une valeur non négligeable. Il se trouve que je n’en aurai pas besoin. Je sais, je suis spécial… )

PS : le TGV arriva avec trois heures de retard. Mais je n’en avais que faire, un jour j’allais devenir médecin… Le diner fut annulé et reporté et si la veille je n’avais pas pu dormir d’angoisse, la nuit suivante je ne pu non plus dormir mais cette fois là d’excitation !!! La semaine fut accompagnée par nombre de felicitations…

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Just happy ! 24 juin 2008

Classé dans : Non classé — admin @ 22:42

Journée intense.

Quel bonheur, quel plaisir, quelle joie, quel délice, quelle euphorie, quelle ivresse de réjouissance, quel régal de satisfaction…

Et cet interminable et inextricable sourir à en avoir des crampes aux zygomatiques…

I’m flying, I’m really really happy !!!

Et cette pensée qui revient toujours, ça y est, un jour je serai médecin…

I did it !!!

Coming soon a very special message called : “Success story”…

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Petite frayeur ! 22 juin 2008

Classé dans : Non classé — admin @ 20:01

Ce soir, au retour d’une magnifique journée en mer, bien fatigué, même creuvé, juste après le diner…

” En 2007 le 24 juin fut un dimanche.
Jusque là tout va bien.
Je sais petinement que les resultats sont le 24 juin.
Ce que je ne sais pas,
C’est que ce calendrier que je regarde date de 2007.
Je fixe la case.
Puis le mois.
Puis de nouveau la case.
Puis le jour : DIMANCHE.
Puis le mois de nouveau.
Et là wao !
Le temps de quelques secondes un gros gros flip.
Les resultat un dimanche. Pourquoi pas.
J’ai passé la journé sur le bateau sans mon portable.
Je fonce pour voir si quelqu’un m’a appellé.
Personne. aucun appel manqué.
Mais je suis persuadé de ce 24 juin pour les resultats.
Mais j’ai quand même un doute.
Et si je m’était trompé.
Aucun appel.
Si j’avais réussit, on m’aurait forcément appellé.
J’ai donc loupé…
(tout ça l’histoire de quelques secondes)
Mais de suite, me voilà sur le site de la fac.
Sur les PDF du calendrier de fin d’année.
Et c’est bien un MARDI 24 juin.
Je retourne sur la porte des petits-coins.
Arrache le calendrier.
2007 ! ouf !
J’ai tout de même envi de dechirer ce calendrier…
C’est donc toujours bien le MARDI 24 juin. et non pas le dimanche.
Mais c’est un sujet trop serieux.
Et ce calendrier m’a fait une bien mauvaise plaisenterie !!!
On ne rigole pas avec ce genre de choses.
Surtout que j’y suis particulièrement sensible !
Plus que 36 heures ! “

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J’attends 18 juin 2008

Classé dans : Non classé — admin @ 22:51

We are the damned students…
The year is over, I hope for ever but we never know…
Laennec is such a bad faculty,
even maybe the worse…

Je suis en vacances et qui dit vacances dit temps libre et qui dit temps libre dit temps pour penser à tout ça ou tout au moins (ou au plus, je ne sais), ce temps que je ne passe pas devant mes cours, je peux le consacrer à d’autres choses autant utiles mais disons plus distractives.
J’ai donc le temps pour m’amuser bien évidement mais aussi pour réfléchir. Et oui, même si je ne veux pas y songer, ils arrivent (…qui ça ?) ces fameux, ces sacrés, ces solennels, ces terrifiants : les RESULTAT. J’y pense, je n’en parle point mais j’y pense et même si je sais pertinemment que je ne peux plus rien changer, ces moments de mardi prochain me préoccupent plus qu’un petit chouilla.

Mais le drapeau à damier est secoué, les jeux sont faits, le concours est passé, la course est terminée !
(Et si dans notre belle langue française, l’expression
“la fin des haricots” se definie comme la fin de tout, la perte complète d’espoir, je me rassure : il reste encore beaucoup de haricots !!!)

Mes réflexions précédentes (”Espérer”, “Tragique alternative”…) sont différentes de celles d’aujourd’hui, car la proximité de ces résultat me pousse vers du plus concret, cette gloire ou cet enfer qui m’attendent, soit l’un, soit l’autre, pas de demi-mesure ni de purgatoire, aucun rattrapage… Il y a un an, à peu de chose près dans les mêmes conditions, j’attendais mes résultats et j’écrivais “j’y crois, je suis prêt à redoubler mais bien plus prêt à passer en deuxième année…”. Mais au jour d’aujourd’hui tout est différent car je n’ai pas de seconde chance et je ne mobiliserai ni ne demanderai de troisième chance, j’ai ma P1 ou je ne l’ai pas.

Ainsi ce temps d’attente est cruel. Mitigé entre un certain espoir de réussite relativement justifié par mes bons sentiments, le fait que dans chaque matière je pense avoir fait mieux que l’année dernière et donc, l’absence de carton dans aucune des épreuves selon mon avis tout à fait incertain. Mitigé donc entre réussite (encore cette nuit j’ai grandiosement rêvé que j’avais terminé 13ème) et ce noir désir de n’absolument rien m’avouer gagné ou acquis ! Car si d’un coté tout concour à croire que j’avais largement les capacités pour réussir cette année, de l’autre, je sais mieux que quiconque que je ne suis pas à l’abri d’un accident et je ne veux donc en aucun cas porter une attente positive ou une prévision optimiste à des résultats qui sont encore voilés !

Alors que faire, attendre simplement ? se permettre des fantaisies de divination ? se laisser rêver ? rester dans un scepticisme intolérant et radical, sans ne s’autoriser le simple plaisir de laisser son esprit s’imaginer aux petites étoiles, à des résultat positifs ?
Pour sûr, je ne peux ne point y penser, et même si je m’y forçais, mon subconscient prendrait la relève. Ce sujet reste tabou et tacite, présent et personnel. Complete crédulité en une forme de succès ou obstination déraisonnée d’occulter un futur imminent jusqu’au pessimisme excessif ?

Et en Plan B, une seconde chance en cas d’échec, Montréal, Genève, ostéopathe, faculté de droit, de commerce, licence scientifique, exil, suicide… Non, simplement non, aucune autre voie ne serait égaler celle que j’ai choisi et qui me sera bientôt confirmé, en une félicitante validation ou en une simple mais terrible annulation par mon classement…

Ce temps d’attende est court, il reste moins de 6 jours, mais ce court est long, trés long !!! Il existe beaucoup de paradoxes mais celui-là est je crois, pour moi, en ce moment le plus véridique. Disons que l’énorme impatience de voir un résultat positif, couplé à la totale abnégation et à l’intense refus de me faire foudroyer par son contraire… ce mixe infernal rend ces quelques jours assez insoutenables. Une attente donc bien longue !

Petite métaphore…

Beep….beep….beep….beep….beep….beep….
Tel fait le doux bruit ou le cinglant vacarme de toutes ces machines dans un bloc opératoire traduisant simplement le : “je suis toujours vivant!” “je vais bien” “je vais mal” “je suis mort!”…
Entre la fin de ces concours qui fut un “beep” et le 24 juin qui en sera un autre, on trouve un moment de silence, trop calme, trop long.
Et va-t-il y avoir un autre beep suivit de milliers de “beep.beep.beep.beep!”, symbole d’un homme qui a le cœur qui bat d’excitation et de bonheur, d’agréables palpitations…
Ou va-t-il n’y avoir qu’un seul long lancinant et douloureux “beeeeeeeeeeeeeeeep….” suivit d’un “tout a été mis en œuvre pour le sauver mais il y est resté” et d’un “Paix à son âme”. Et on ne pourra même pas dire : “il est mort au combat avec honneur en sauvant sa patrie”, une perte inutile. Il n’y aura qu’un simple : “Il aurait pour sûr fait un bon médecin”, un conditionnel tuant mais véridique que j’espère ne jamais avoir à entendre !

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Dur de s’y (re-)mettre mais pas le choix ! 11 juin 2008

Classé dans : Non classé — admin @ 10:48

Le boulot va même te chercher dans tes vacances… (peut il y avoir du boulot dans les vacances ? n’est ce pas là la définition même des vacances, l’absence de boulot ?…)

J’ai essayé de commencer par la physiologie pulmonaire les pieds dans l’eau sur les bords de ma piscine, agréable certes mais un peu ambigüe en efficacité alors c’est dans un de ses bureaux que mon généreux père m’a offert pour la semaine une salle de travail : 30 m2, un bureau, une lampe et c’est tout !

Des conditions idéales mais quand même assez dur de s’y remettre, c’était il y a seulement deux semaines, absolument rien n’est parti mais tout c’est un petit peu atténué !

Et dire qu’à l’heure ou j’écris ce message je devrais être dans l’avion pour partir à l’autre bout du monde,

“Allez Laënnec, Allez Allez !!! “
triste pathétique rengaine,
entonnée dans le passé,
dans d’autres conditions,
sans aucune ironie

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Triste nouvelle (encore) 30 mai 2008

Classé dans : Non classé — admin @ 22:42

J’étais sur le point d’écrire un article tout différent mais au matin de ce 28 mai j’ai appris une nouvelle bien cruelle. Je pense qu’ aucun terme n’était assez dur et sérieux pour expliquer ce complet dégoût d’une déception trop immense.

Alors bien sûr, ce n’est rien comparé au fait de rater sa première année de médecine car dans ce cas on se place en aval du travail accompli. La nouvelle tombe aux suites de choses préparées.
En revanche ici cette nouvelle bouscule mon futur, futur qui s’avérait se dessiner majestueusement. Le fait que l’on m’apprenne qu’il faille recommencer l’épreuve de physiologie pour une erreur administrative cela m’a profondément embêté. (pour rester poli et courtois) Car c’est en amont que cette nouvelle vient bloquer est miner des vacances de rêve qui aurait dû se passer en Afrique du sud. Elles auraient dû se dérouler du 11 juin au 2 juillet et voilà que cette récidivante épreuve se trouve le 16 juillet. Je dois donc renoncer et choisir l’impératif de l’épreuve qui malgré qu’elle ne soit pas éliminatoire, ne me laisse pas le luxe de ne pas y assister.
Le tourisme dont je me faisais tant de bons projets, l’humanitaire qui était un de mes rêves, et tant de choses que j’avais prévues, tout tombe à l’eau pour une singulière épreuve de physiologie, 15 points sur 250. Les mots du doyen dans cette lettre de convocation furent «cette promo et maudite» après avoir déjà refait l’épreuve de physique de janvier nous voilà reparti pour la physiologie.

Au 25 au soir le concours était fini, nous le pensions terminé, mais hélas il ne l’est point.
Je suis relativement déçu, 100 fois plus déçu de ne pouvoir partir en Afrique du Sud que d’avoir à refaire une épreuve. Cette épreuve était pratiquement la seule où je pouvais espérer avoir réellement une excellente note. Car c’est la plus petite et plus facile matière et de plus comme je l’avais noté dans mon dernier message aucune sélection ne se fait ici. Alors ce sera de 10 heures sur la physiologie pulmonaire, 10 heures sur la physiologie digestive et enfin 10 heures sur les TD et les annales. 30 heures largement suffisantes pour 45 minutes d’épreuve. J’avais eu le temps de finir deux fois l’épreuve et de me trouver trois petites fautes à la seconde revue, ainsi que je pense avoir sérieusement bien réussi, cette fois je finirai trois l’épreuve dans le temps imparti et j’aurai 20/20 !

Mais au-delà de cela. Prenons deux scénario opposé. Le 24 juin, mes résultats tombent, je passe en deuxième année, génial, je suis trop heureux, mais étant très bien classé je n’aurais pas eu besoin de ces 15 points pour passer en deuxième année. J’ai annulé mon voyage (sans me faire rembourser les billets) mais peu importe je passe.
Le second scénario est différent mais je l’ai quand même imaginé, le 24 juin, les résultats tombent, je suis recalé, à cause de la physiologie !!! J’ai annulé un voyage de rêve, changé mes vacances, perdu 1000€, tout s’écroule autour de moi, je ne sais pas ce que je vais devenir, je n’ai plus d’avenir, et me voilà tout seul en France bien mal loti…

Bref plus embêtant qu’autre chose d’avoir une épreuve à refaire d’autant plus que ce n’est point à cause d’une tricherie ou de quelque chose dans le genre auquel cas on referait l’épreuve pour l’équité de chacun. Ici ce n’est que erreurs administratives, sur l’énoncé des tiers temps la dernière question de l’épreuve n’était pas présente, cinq items, sur 250 points cela représente environ 0,5 points soit 0.04 points sur 20 !!! Et de plus ce ne sont que trois personnes qui en pénalisent 700 autres. Alors vous me direz il faut garder l’équité de chacun. Mais neutraliser la question, la retirer du concours serait bien plus simple. Il s’avère qu’à Laennec, malgré que pédagogiquement cette faculté ne soit pas mauvaise, administrativement elle est exécrable, incompétente mais avant tout et par dessus tout peureuse et fébrile face à quelques petites lettres d’avocat bien tournées.
Mais en même temps le fait que cette question ne soit pas présente est raison suffisante pour annuler l’épreuve et par la même à falsifier le concours. Ainsi facilement une personne mauvaise, mal classée, attend les résultats du 24 juin se trouve logiquement mal classée, et fait une requête pour annuler dans ce cas l’épreuve de physiologie, et dans ce cas précis il nous faudrait refaire tout le concours et cette personne aurait tout gagné car si elle était plus de 600ème sur 700 elle aurait beaucoup de chance de voir son classement améliorer, et dites-vous bien que sur 700 étudiants il y a n’a toujours qui n’ont absolument rien à penser du reste de la promotion.
Et si j’imagine que cette décision a dû être difficile à prendre, cela n’excuse en rien le fait de l’énorme incompétence administrative de la faculté !!!

Ainsi mes vacances, malgré que je profite largement de mon temps libre, sont relativement troublées par cet insoutenable critiquable !!!

Et mon optimise hors du commun, duquel et auquel je n’ai jamais encore atteint les limite, je crois que l’histoire de l’instant, lorsqu’on m’a appris que je devais refaire une épreuve, je crois que j’étais tout proche d’atteindre les limites de cet optimisme. Il n’a fallu que quelques minutes pour que qu’il reprenne le dessus et qu’ainsi que je sois encore et encore dans une logique positive de réussite malgré tout ce que cela chamboule !!!

Alors pour revenir à cet optimisme, je m’efforce de trouver des points positifs dans les choses les plus négatives et ici je dois avouer que j’ai du chercher vraiment fort pour trouver quelque chose de positif mais je l’ai trouvée ! L’attente des résultats est insoutenable (c’est d’ailleurs sur ce particulier sujet que je voulais écrire un message), mais cette attente ne se fera plus que du 16 au 24 juin, 10 jours au lieu d’un mois, je ne sais si ces 10 jours vont être encore plus intenses et combler en intensité la vingtaine d’autres jours actuellement où j’ai plus à me soucier de la physiologie que de mes résultats, quoi qu’il en soit c’est je crois le seul point positif que j’ai pu trouver à cette nouvelle on ne peut plus négative, fatalité d’une administration féconde et magistralement fertile en calamités !!!

Le message que j’avais l’intention de poster portait sur l’attente des résultats. Un message riche en métaphores, très poétique, véridique et mécanique de réalités qui par une simple illustration médical paraissent limpides et étonnement compréhensibles alors que ce bizarre sentiment d’attente est pour le moins assez trouble, et tout est dans l’attente et le flou car on ne sait à quoi s’attendre… et j’ajouterai ce message au blog surement vers le 20 juin…

Juste une bonne nouvelle : j’ai en juillet, si je réussit un stage en cardiologie dans le meilleur hopital du Var, à quelques minutes de la plage…

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J+2, deuxième jour de concours et fin… 25 mai 2008

Classé dans : Non classé — admin @ 14:25

Ainsi se sont écoulés déjà deux années post bac.
Deux années particulières en tant de choses que je ne saurais les résumer courtement.

S’achève ici l’histoire de l’enchaînement interminable de tant de journée qui au final sont passées aussi rapidement que deux claquements de doigts, qu’un clignement d’œil. Autrement dit tout est passé vite, très vite.

Mon second jour de concours ne s’est pas trop “mal” déroulé.
Biologie cellulaire, dur, mais je ne pense pas avoir trop raté. Ce n’est que du 5/0, tout juste ou tout faux… On peut croire avoir tout compris et magistralement se louper.
La physiologie quant à elle fut d’une excessive simplicité et d’une agréable rapidité, j’ai eu le temps de finir deux fois l’épreuve. La sélection ne se fera sûrement pas ici.
Il ne reste qu’une seule matière, depuis un jour et demi je donne tout mais je peux passer au redoubler sur l’épreuve de biochimie, tout est encore incertain et indécis. Il me faut m’appliquer du mieux et au mieux.

Autant l’année passée le temps de la distribution des grilles et des sujets étaient pour moi le summum d’un flip intense, d’un stress insoutenable avant de se lancer dans l’incroyable concentration que demande une épreuve de concours et dans laquelle le stress est mis de côté au profit d’une énorme dose d’adrénaline. Autant cette année, ce pathétique temps d’attente ne m’a point trop posé problème, j’attendais serein avec qu’une seule et unique pensée, je vais tout donner, faire de mon mieux.
Et l’épreuve commençait, dictée par la sarcastico-monstrueuse voix d’une maniaco-furieuse directrice qui s’excitait à chaque tentative d’écart d’un protocole drastico-indéviable… Serein donc, les épreuves se sont enchaînées les unes après les autres et voilà qu’il ne me reste plus que la biomol. Je commence, question après question, fini une bonne quinzaine de minutes plus tôt que la fin définie… Mais les questions de chimie sont assez difficiles. Mais difficile pourquoi ? Hélas j’ai beau avoir vu et revu des entiers classeurs, des TD, des annales des dizaines de fois je m’en veux de ne pas avoir appris cet item. Il me reste 10 minutes pour hésiter sur quelques questions dont je me représente et situe parfaitement les réponses géographiquement sur cette petite page de cours en bas à droite… Mais dont je suis incapable de me souvenir. Tant pis, je suis mon intuition, on verra bien. Et si tout le reste n’est pas trop mal espérons que cela sera suffisant.

16 heures 15, l’épreuve est terminée ! L’année est terminée ! Et quoi qu’il arrive, quoi qu’il advienne, la première année de médecine est finie définitivement pour moi !
Beaucoup d’amis nous attendent dehors. Quels moments !!! Quels soulagements !!! Fini, fini, fini…

Alors certes réjouissances et euphories sont de mise pour fêter tout ça et commencer à profiter des vacances… Savez-vous quelle est la différence entre le bonheur le plaisir ? le plaisir c’est l’instant, le bonheur quant à lui c’est la durée, il implique d’essence une période, un temps. Disons donc qu’à la fin de ce concours je suis dans un complet plaisir d’avoir fini mon année, mes années, mais ce n’est que provisoire et mitigé car je n’ai pas encore les résultats qui tomberont le 24 juin… Et là, là seulement, plaisir mais surtout bonheur on malheur pourront prendre toutes leurs significations !

Je goûte comme un met exquis aux premiers jours de mes vacances… Avec parcimonie ou de façon gloutonne peu importe, les vacances c’est bon, très bon, excellent !!!

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FINI !!! 23 mai 2008

Classé dans : Non classé — admin @ 18:23

enfin… je raconterai tout ce qu’il y a à raconter plus tard…. mais pour l’instant de bons sentiments m’accompagnent!!!

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J+1 22 mai 2008

Classé dans : Non classé — admin @ 17:52

Il y a un an j’écrivais presque la même chose….

SHS pas mal du tout, plutôt content de moi, la moyenne assuré j’espère, c’est ce que j’attendais…

Histologie, une petite formalité, facile pour moi mais facile pour tout le monde… (à part que j’ai mal lu entre IgA et IgE sur les réactions allergènes, une faute bête d’étourderie mais ce qui est fait est fait!)

La biophysique, difficile, point trop en “difficulté intellectuelle” mais en temps, il m’aurait fallu un bon quart d’heure de plus pour finir convenablement. Mais difficile pour tout le monde donc… ce n’est pas là que je gagnerai des points mais je ne pense pas en perdre non plus. Et ce soir, en rentrant chez moi, voir noté cette merveilleuse phrase “L’osmolarité totale du plasma est d’environ 300 mosm/l, mesuré sur une membrane STRICTEMENT SEMIPERMEABLE” m’a rassuré car m’étant repentit et encore trompé (pour ceux qui connaissent cette fameuse case de “repentir”) je suis allé en personne demander un procès verbal rédigé et signé par professeur Itti comme quoi je me repentais encore une fois… et j’ai eu raison de me bouger un peu, quoi que j’hesitais vraiment à embêter le monde… car ce n’était pas une membrane dialysante… (si je dois passer à une place près, ça se jour à LA question, au centième de point…)

Résultat des courses, si la nuit entre les deux jours de concours avait été une des pires de toute ma petite vie il y a un an, ce soir je pense ne pas avoir trop de mal à m’endormir, journée pas satisfaisante (au point de majorer quelconque épreuve)mais pas non plus désastreuse ni catastrophique. Encore une fois c’est un concours, je ne peut donc absolument rien pronostiquer, ce ne sont que sentiments pris à chaud sur le vif des fins d’épreuves…

PS : ah oui j’ai appris aujourd’hui que je dois être à lyon le 2 juillet, le problème c’est que mon billet d’avion est non échangeable non remboursable (et revenir d’Afrique du Sud ce n’est pas comme prendre le TGV pour venir de Paris…), 500€ à la poubelle ou être absent le jour de mes choix de fillière que je croiyais être le 7 juillet… (sachant que si je réussit ma présense est obligatoire…) pas simple donc ! Mais restons concentré sur le concours, encore la biocell, la physio et la bioch… de la matière et surtout des points…

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J-1, H-24 et à l’heure qu’il est… je suis un peu… pas normal… 21 mai 2008

Classé dans : Non classé — admin @ 10:13

Je suis allé chercher le code de la wifi de l’hotel d’en face pour la troisième fois, quelle aventure, l’hotesse d’acceuil est adorable. Quand enfreindre ses droit pour faire un bonne action la contraint à mimer une commande de chambre… et sur la fin elle me glisse ce code marqué sur un petit bout de papier avec un discret “je ne vous ai rien donné…” accompagné d’un complice sourir… Personne n’a fait de mal à personne, elle a été sympas et moi j’ai internet pour poster ce dernier message !!!

C’est fini – enfin !

Trop tard – tant mieux !

Plus que deux jours – mais quels jours !

Je stress – c’est normal !

Je vais jouer ma vie – c’est spécial !

Je connais tout pas coeur – il était temps !

Mes révisions se sont bien passées – ouf !!!

J’ai quand même un peu peur – encore un fois, c’est normal !

Je me repose – c’est ce qu’il y a de mieux à faire !

J’éspère – ça ne sert à rien !

Je suis en excellente forme – heureusement !

Je vais tout déchirer – j’en attends pas moins…

9 heures de concours en cumulé – c’est tellement peu !

Une semaine de plus m’aurait convenu – non – c’est pareil pour tout le monde !

Je relis quelques fiches – ça me réconforte !

Je cherche quelque chose que je ne sais pas – je n’en trouve pas !

Tout est joué – mon coeur se serre !

Je dois réussir, je n’ai pas le choix -ma gorge et mon ventre se serrent aussi !!!

Je suis confiant – tout mon travail m’offre ce joli cadeau !

Tout peut arriver – je le sais !

Je ne suis pas très “fluide” – c’est le terme qui corespont le mieux !

Le soleil brille – euhhh… c’est cool !

Chacun son tour – c’est le jeu de la vie ! (là je manquais d’inspiration!)

Dans 50 heures je suis en vacances – arrête d’y penser !

Grêve des transport en commun demain – ont-ils une petite idée de tout ce qu’ils provoquent ???

La SHS me fait trembler – j’aimerai tant savoir le sujet !

Dire que tout est déjà prêt sous coffre dans le bureau du doyen – un petit hold-up ?

En revanche je suis terriblement serein – le serai-je ce soir ?

A la même heure demain je serai en SHS et après demain en physiologie -je respire fort !

 

JE SUIS PRET – C’EST TOUT CE QUI COMPTE – SERA-CE SUFFISANT ?

 

L’avenir nous le dira…

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J-7, il est arrivé sans se presser… (Stress) 15 mai 2008

Classé dans : Non classé — admin @ 20:22

Je l’attendais, le voilà !

Sur le coup de 17 heures, ce soir, sans raison aucune le voilà qu’il arrive, un bon stress, le premier d’une toute petite famille je l’éspère, sans prévenir, sans précédent, à mon insu.
En quelques secondes, le ventre se serre de l’estomac jusqu’à la gorge, les pensées s’enchaînent, le cœur bat la chamade et tu le sens comme compressé par une force étrange…
Je cherche la pensée «déclanchante», je ne la trouve pas, cela vient de loin, de mon subconscient, car mon conscient lui est concentré sur mes fiches de biophysique et n’a pas le temps de penser à tout ça…

Je viens d’enchaîner encore une excellente journée, cinq annales de biophysique (en comptant 1 h 30 par annale) avec partout d’excellentes notes… De bons augures à une semaine du concours, cela ne vient que, en plus de tout le reste, me confirmer et m’encourager.

Alors pourquoi ce soir ? Je ne sais. Car franchement je n’ai point réellement encore de vraies raisons.

On essaie tant bien que mal de rien faire et d’espérer que ça parte tout seul mais ça reste et même si c’est un temps très court c’est assez désagréable ! Alors on s’écarte de sa table, s’étire, souffle deux ou trois fois (mais ces respirations sont hachées et toutes retenues par un état encore une fois étrange), on inspire profondément, on prend quelques de gorgées d’eau et c’est reparti… Cela n’aura duré que quelques secondes, mais quelles secondes !!! On appelle ça : le stress ! (et dire que c’est que de la chimie, des petites méchantes molécules…)

La réponse de mon voisin à mon état fut un réconfortant «t’inquiète» alors c’est ce que j’ai fait est ainsi me voila de nouveau travaillant convenablement… C’etait reparti avec l’aide d’une ou deux petites chansons, histoire de forcer mon esprit à penser à autre chose. L’intellect concentré sur mes fiches de biophysique et l’inconscient occupé sur la chanson… (Provenant du magnifique soundtrack de Grey’s anatomy ! Sur un grandiose solo de guitare à 1:30 de Portions for foxes…).

Le temps de quelques minutes, j’ai penché douloureusement du côté du scepticisme, car après avoir accumulé pendant toute cette journée de parfaites excellentes notes sur les annales, je me suis dit, “la biophysique ce n’est pas si dur que cela, c’est même plutôt facile…” Mais est-ce facile parce que c’est vraiment et réellement facile ? Dans ce cas tout le monde peut réussir et même mieux que moi… Où est-ce facile parce que je suis bon, vraiment bon, et que j’ai beaucoup beaucoup travaillé cette matière ? Dans cet autre cas, j’ai mes chances de presque majorer et pourquoi pas le faire…

Et nous étions à J-7 donc presque à chaque vue de l’heure, je ne pouvais m’empêcher de penser que dans exactement 7 fois 24 heures je serai en SHS puis en histologie puis pour finir la première journée de concours en biophysique…
Ou alors… En train de me «pisser dessus» (pour reprendre une expression crue mais assez courante et véridique…), en train de stresser comme un fou… en train de réussir comme un roi tous les problèmes de biophysique, de cocher sans aucun doute chaque QCM d’histologie, de trouver une phrase parfaite pour mon intro de dissertation…

Quelles révisions !!!

PS : Heureusement que moral et stress sont parfaitement dissociés, du moins chez moi, donc ces 10 petites minutes de «stress» passagères n’ont en rien porté atteinte au moral et à la motivation. Motivation et espoirs certains qui restent quant à eux à tout jamais encore pour une petite semaine excellent et inébranlables!!!

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J-8 l’apogée de toutes ses semblables ! 14 mai 2008

Classé dans : Non classé — admin @ 19:08

Tout va pour le mieux sauf que mon internet est cassé…

Je boss encore et encore.

Oscillant entre parfaite assurance de réussite et énormes doutes… un soir c’est l’un, un soir c’est l’autre… M’étant couché hier soir à 21 heures et endormis vers 23 heures je me suis logiquement reveillé ce matin à 5 heures 30, j’ai tenté de dormir mais ça n’était pas nécéssaire, j’étais en exellente forme… alors je me suis levé et j’ai commencé ma journée ainsi…

Et il est 20 heures 03, j’écris ce messages de la salle informatique du CHA, et je viens de passer la plus excellente et formidable journée de mes révisions… que de l’efficacité !!! donc ce soir disons que c’est plutôt sur le versant de la réussite que je fini ma journée.

Je pourrais tout mettre à la fin, mes examens terminés mais des articles en live c’est plus interactif, transcripteurs de réalités qui sont actuellement les miennes.

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J-9 dur dur 13 mai 2008

Classé dans : Non classé — admin @ 19:05

Ce soir j’ai fait et terminé la journée sur un problème de biologie cellulaire.
C’était dur ! Très dur !
Je ne sais plus, j’ai beau me dire que je suis «bon», que j’ai bossé des centaines voire des milliers d’heures, et que ces centaines d’heures ne seront pas inutiles.
Je ne suis pas si bon que ça !,
peut-être la fatigue ?, après une journée de 12 heures de boulot, on a le cerveau moins frais. Mais quand on fait presque un jackpot sur un QCM. ACE au lieu de BCD, ça fait mal ! En carré de plus ! Et à la vue de la correction on se trop vraiment bête pour rester poli ! C’est dur ! (Heureusement que ce n’était pas sur une annale).
Mais se rassurer avec des 20/20 en série en physiologie n’a pas de sens, avec le temps qu’il me reste que je bosse matières les plus dures.
Et pour me réconforter, rien !, si peut être mon frère qui passait son concours de polytechnique bien plus dur que ce que je fais en ce moment !
Je me dis juste que si je suis nul, et je suis nul ! Je suis peut-être juste un peu moins nul que les autres et que là où j’ai du mal les autres doivent en avoir aussi ! Et comme c’est un concours je passerai devant…
Mais à 10 jours du concours avoir tant de mal sur des formuler l’hypothèse que, démontrer que, indique que, infirme ceci ou cela, suggère que, font penser sans l’affirmer réellement que, propose les mécanismes de… Tant de propositions qui cumulées à une petite fatigue me déstabilisent, rappelons que la biologie cellulaire est en 5/0, cinq items justes ou rien !
Même si c’est que deux ou ris questions qui m’ont vraiment posé problème sur une bonne vingtaine, c’est trois de trop et je m’en fais peut-être une montagne pour rien ? quoi qu’il en soit, c’est relativement point agréable de finir la journée sur un échec ! (même si je l’ai réellement fini en sachant réciter les 10 citations que j’avais appris la veille avant de me coucher…)

Autre chose, je revois à partir de maintenant des cours que je ne reverrai plus, déjà l’histologie ou je ne relierais que mes fiches, puis la chimie et une bonne partie de la biomol, la physiologie…
Si un détail m’a échappé, c’est trop tard !
Alors j’ai peur d’oublier…
Mais non !, j’ai tellement bossé que même si j’oublie, je n’ai moins oublié que tous les autres est encore une fois, c’est ce qui suffit !
Bref à J-10 c’est dur ! Arriverai-je à toucher le Top 50 ? Le top 20 ? Le top 10 ? À majorer au moins une matière ? L’avenir nous le dira.
Je sais que je vais passer, ça, personne ne me le fera douter.
Mais j’ai envie de «bien» passer. Y arriverai-je ?
Au tennis, lors d’un match en trois sets gagnants, à égalité deux sets partout, set décisif donc. Savez-vous quand est-ce que l’on commence à perdre ? Lorsqu’on arrête d’attaquer, de frapper la balle sur chaque retour et qu’on se contente simplement de renvoyer. Et là, c’est un cercle vicieux, on commence à perdre jusqu’à en perdre le match ! Alors il faut toujours renvoyer et toujours taper car au bout d’un si long match autant ton adversaire que toi sont épuisés…
Une journée de boulot, c’est un peu pareil, au bout de 10 à 12 heures de travail, on se relâche et là on commence à perdre, alors que c’est bien là qu’il faudrait attaquer, et donner le dernier coup final pour finir la journée sur une bonne note, alors qu’en se laissant aller, on fini la journée sur un terrible problème de biologie cellulaire qui était dur, très dur et qui aurait pu être un petit plus facile avec une légère motivation et une concentration remise à niveau, reboosté pour la soirée!
Bref, tout ça a posteriori !
Une dernière chose à laquelle je pense, une question qui m’a traversé l’esprit deux ou trois fois cette journée écoulée, «ai-je fait tout mon possible pour réussir mon année ?»

Enfin voilà, j’oscille entre parfait assurance d’une réussite toute proche et assurée et un doute immense et accablant, un soir c’est l’un, un soir c’est l’autre. Ou plutôt deux voire trois soirs c’est l’un, un soir c’est l’autre. Mais je bosse encore un encore en m’appliquant à refaire les annales sur huit ans encore et encore m’habituer, me préparer, ne pas laisser passer aucun détail, histoire de réussir ma première année. Voilà tout !

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J-12 no problemo, RAS, tout baigne… 11 mai 2008

Classé dans : Non classé — admin @ 19:04

Il est 20 heures 52 et nous sommes le dimanche 11 mai à J-12 donc.

Je viens de finir de réviser définitivement mon histologie qui se résume en trois petites pages de dernières petites choses à relire, au dernier moment, derniers petits détails dans cette semaine qu’il me reste.
Et ce soir, je sais que je vais passer en deuxième année !
Sur mes lèvres un sourire incontestable se dessine.
Je m’imagine le 24 juin me sachant ma P1 réussit.
Quel immense plaisir !
Comment le sais-je ? Tout simplement parce que je suis facilement meilleur que 600 autres !
Je pense de plus en plus au concours, le soir