La deuxième année de médecine 18 octobre 2008
Si je devais la qualifier d’un seul adjectif, caractériser selon moi le mieux ce nouveau rythme de vie, englober cette toute nouvelle façon d’appréhender mes études, l’investir avec un mot qui prend tout son sens : la deuxième année de médecine est agréable ! Et ce n’est point sans réflexion, j’aurais aussi pu dire «différemment studieuse» ou encore mitigé entre un «constamment festive» et un «récréative à la demande», entremêlé de beaucoup de travail, une besogne laborieuse très voire trop présente !
Le point tout spécial est qu’on compare cette année avec la P1, autrement dit et pour ne pas amplifier la réalité, on compare la P2 avec l’année la plus difficile, la plus sombre, la plus morose, la plus dur autant physiquement que moralement… Il est alors excessivement aisé de percevoir cette nouvelle année comme excellente, tout est une question de relativité, d’échelle, ce n’est pas un cadre fade, le contraste y est frappant. Ainsi il m’est apparut plus qu’évident et c’est sans rien forcer ou chercher, que cette qualification d’ «agréable» était vraiment de circonstance.
Avant on se faisait mal pour remplir son cerveau, maintenant, c’est presque agréable de se le combler de matière un peu plus médicale…
La première année de médecine est une école de vie, de rigueur et de choix. Au jour d’aujourd’hui je ne regrette pas et presque en rien mon redoublement. Même si je ne suis que partiellement en mesure de pouvoir juger sur le bénéfice de cette seconde première année de médecine car il m’est impossible de me voir P2 passé bizuth et de comparer avec ce que je suis aujourd’hui. Tout vaut le coup ! Alors oui, je concèderais à beaucoup (entre autre aux actuels redoublants) que je tiens ces propos étant en deuxième année de médecine, à posteriori de beaucoup de difficultés, ayant passé ce cap non point facile d’accès.
Paragraphe au rapport concernant : voici quelques signes distinctifs des bonnes choses : elles sont toujours trop courtes, par ailleurs, elles sont aussi attirantes pendant qu’après et pour finir, on aimerait dans la plupart des cas les continuer, les refaire, revivre ces bons moments. Encore que tout est une question de jugement sur la définition et l’appréciation personnelle de la «bonté» d’une expérience…
Quoi qu’il en soit c’est un fait ! Ainsi, à refaire ma réussite, pourquoi pas ! Mais sans façon tout ce qui l’accompagne donc au final, revivre une première année de médecine, et je figure cela en terme de rythme de vie, tout simplement non ! J’y suis passé, c’était dur, très dur, je ne regrette pas, je suis passé. Je ne suis pas masochiste. Mais alors selon l’introduction de ce paragraphe, la simple conclusion serait que la première année de médecine n’est point une «bonne chose». Et paradoxalement si, c’est une expérience unique et formidable quand on se focalise sur son bénéfice. Résultat des courses je ne sais plus pourquoi j’en suis arrivé là puisque de tout façon, on en a pas le choix, il faut y passer ! Bilan et débriefing ne sont qu’inutilité et perte de temps mais inutilité assez intellectuelle…
Les cours sont plus agréables, plus médicaux. Pour ne donner qu’un simple exemple, on sait de mieux en mieux comment théoriquement sauver des vies ! C’est cool, même si ça fait parallèlement incontestablement flippe. Je connais mon cours de premiers secours, devant moi une personne tombe inanimé, que dois-je faire ? Que fais-je ?
La deuxième année de médecine c’est aussi être P2, un statut, un titre avec tout ce qui accompagne, qui transcende cet état particulier en tant que tel, autant par sa possession que par tout ce qui inclus cet avoir. En particulier vis-à-vis de mes pseudo-compères, parfois collègues, d’autres fois purs inconnus. Mais avant tout il s’agit de ces sub-contemporains, les petits comme on les appelle aussi, de ces «ce que j’étais et que je ne suis plus». Vous l’avez devinez, je parle des premières années. Et vous vous doutez que le paragraphe suivant porte sur mon proche rapport avec ces «autres» qui peuplent l’amphi voisin, préparant d’arrache pieds leur concours, tentant de le mériter.
Dans ma prépa, j’ai quelques bizuths à superviser, à aider. Fournir, prêter voire donner mes cours et mes fiches… Répondre aux questions de tout genre. Remotiver, Rassurer, Soutenir… Le juste et légitime retour d’un investissement dont j’avais précédemment fait le bénéfique usage. Mais cela est un autre point que j’approfondirai peut-être ultérieurement avec un intitulé qui pourrait prendre la forme d’ «accompagnement et rapport étudiant-étudiant au sein des études de Médecine». (Je suis aussi colleur de Bioch ! La classe !)
L’autre rapport que j’ai eu avec ces nouveaux cette dernière semaine fut le bizutage, opposé du précédent dans la forme mais point dans le fond. Tout différent de «mon bizutage», car cette fois là, de l’autre coté de la barrière : «Chef P2 intégrant les nouvelles recrues», le but premier étant de leur accorder gracieusement et gratuitement le meilleur souvenir possible de cette journée que nous avons rendu mémorable. Avec bien évidement, tous les dommages qui accompagnent ces quelques heures. Le second but, celui-ci plutôt pour les P2 et donc à fortiori pour moi, était de s’amuser aux maximum avec nos petits jouets, nos petits P1. Pour sûr ils en garderont d’excellents souvenirs, de toutes les couleurs à la mesure de ce qu’ils ont subit ! Mais croyez moi, c’est réciproque ! J’ai bouffé de la boue, je me suis quelque peu fait pourrir par mes P1 mais de façon plus que décimale comparé à ce qu’ils ont pris de ma part !
Alors oui, nous avons joué dans l’original et dans l’innovant mais en restant bien évidement dans les clichés, les traditions étaient de mise pour cette sympathique après midi d’octobre. Les grands classiques ne seraient se perdre, car toujours d’actualité et je dirais même plus, actuellement significatifs. Et quitte à les «trasher» comme on dit dans le jargon, autant prévoir des moyens conséquents et à la mesure de l’enjeu, l’occurrence n’est pas question de négligence et de fait à la va vite. Une organisation béton, du mortier d’animations, des engins d’exception à en casser la baraque. L’improvisation est la solution pour combler les moments sans action mais la préparation hors du commun que tous les deuxièmes années ont fourni à la réalisation de cette intégration compta pour beaucoup !
Il est vrai que dans ces moments, notre conscience personnelle habituellement très présente tend irrémédiablement à s’estomper au profit d’un pervers sens d’une étrange générosité. Celle d’un sens que je trouve assez naturel car présent à notre insu, ressurgissant de n’importe où, jamais entrainé mais déjà terriblement efficace. Derrière nos tenu de chirurgiens, blouses blanches, bleu ou vertes comblés d’accessoires de bloc, derrière ce magnifique déguisement, nous n’étions plus nous mais nous étions vénérables P2, deuxièmes années de médecine. Ainsi dans ce royal apparat, nous étions respectés de ce seul fait. L’habit ne fait pas le moine mais la tenu ne trombe pas. Très rapidement, T-shirt déjà plein de ketchup, de bétadine, de farine, d’oeufs, de substances diverses, de marqueur de tout genre le tout surmonté d’une petite tête de bizuth innocent contrastait radicalement avec cette autre classe, pourrisseuse, criarde, sûr d’elle et préparé pour cette peureuse après-midi d’un coté mais somptueuse et malicieusement orchestrée de l’autre.
Pour moi qui l’avais vécu en P1 que je fus, je peux vous l’assurer : c’est autre chose ! Différemment agréable ! C’est toi qui incline, toi qui courbe, toi qui instaure ta pseudo-dictature toute provisoire et incroyablement fugitive, juste le temps de quelques heures. C’est toi qui la gère, qui en profite, qui en abuse, qui en découvre les aspects cachés, tu tente le coup d’état, le jeu à la limite de l’acceptable, est-ce que ça va passer ou casser ?…Tous s’inclinent et tu goute à ce drôle de bonheur que l’on appel pouvoir ! Mais c’est justement la courte durée de ce volatil statut qui en a fait toute son intensité ! Le tout dans une excellente ambiance, joviale mais particulièrement salissante !
Bref un bizutage comme digne de ce nom !
(Cet article sera bien évidement complété par la suite au fur et à mesure de l’avancement de cette deuxième année. Mais n’ayant toujours pas de connection internet permanente, il ne m’ai point aisé de tenir régulièrement à jour mon blog…)
